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Appel de Cthulhu

Le Projet Dunkelheit

lundi 16 mai 2005, par Celui qui appelle dans les Ténèbres

Quelque part entre Hellraiser et la Secte sans Nom, ce scénario au coeur des ténèbres explore la peur dans sa forme la plus primitive, et donne une vision cauchemardesque des expériences nazies, qui auraient été menées pour maîtriser une technologie extra-terrestre.



Le Projet Dunkelheit


un scénario pour l’Appel de Cthulhu écrit par Geoffrey Guntz
Période 1920, France

où les investigateurs sont confrontés à l’ignoble logique nazie, où ils tentent d’empêcher l’avènement d’une effroyable créature du Mythe, et où ils plongent dans un savoir ancien et dangereux issu des profondeurs du Moyen-Age. La série des Hellraiser, par Clive Barker, constitue une bonne approche de l’histoire.


Résumé de l’intrigue :




En enquêtant sur une série de meurtres étranges, commis durant l’automne 1924, les investigateurs mettent à jour les travaux secrets d’un médecin autrichien apôtre de la psychanalyse. Le professeur Joseph Grünbaum travaille en particulier sur des patients réduits à néant par leur phobie ; il cherche en fait des âmes damnées à donner en pâture aux Sombres Séides, une race impitoyable venue d’un autre monde, vis à vis de laquelle son père Simon Grünbaum, mathématicien de la kabbale, a contracté une dette plusieurs décennies auparavant. S’attaquant à ses patients les plus atteints, le psychiatre leur rend visite en compagnie des démons dévoreurs d’angoisse, et efface les traces de ses liens avec les malheureux. L’affaire se complique lorsque le professeur Wolf, jouet de la force montante nazie, tente de détourner la puissance des Sombres Séides pour en faire l’arme absolue du futur Troisième Reich.

Historique :



Au neuvième siècle après Jésus-Christ, une secte juive portant le nom de kabbale se constitua, quelque part dans des cryptes obscures de Damas, en Syrie. Les éminents mathématiciens et démonologues qui la composaient rassemblèrent leur savoir dans un ouvrage rédigé sur des rouleaux de parchemin, la Parole très lumineuse. Leur mission était de combattre et d’emprisonner entre les dimensions du réel des forces maléfiques connues sous le nom de Sombres Séides ou Soldats de l’Ombre, descendues sur Terre mille ans plus tôt afin de se repaître de la peur des humains. Grand était leur courage et sept générations plus tard les démons tuaient leur dernier innocent.
Combattant divers fléaux à travers les âges, la kabbale survécut jusqu’au dix-neuvième siècle sous la forme de cercles philosophiques. Hélas, un membre ambitieux chercha à détourner le savoir millénaire, pensant acquérir des connaissances illimitées et accéder à des plaisirs tels qu’aucun humain n’en a jamais connu. Craignant de perdre son âme, il pactisa avec eux, et le monde plongea à nouveau dans l’horreur.
A l’époque du scénario, la Syrie est un pachalik sous mandat français depuis 1860 ; le pacha n’a aucune autorité et n’a qu’une fonction symbolique. Il y a eu beaucoup d’affrontements entre les autorités françaises et ottomanes pour le contrôle du territoire qui a été plusieurs fois envahi.

Les Sombres Séides, artisans du mal :



D’après la légende, ils auraient été créés par Satan lui-même et n’ont d’autre but que de provoquer la peur, dont ils se nourrissent, et ainsi accomplir leur Prophétie. Ce sont en réalité des créatures proches des humains, venues de dimensions obscures et adoratrices de Daoloth, Celui qui lève les Voiles, un Dieu Extérieur dont la forme est si obscène qu’elle provoque la folie. Craignant que leur maître ne se manifeste, et ne dévoile son aspect insupportable pour les acolytes humains, les Sombres Séides ne se déplacent que dans l’obscurité la plus totale, d’où leur nom.
Dans les ténèbres absolues, les Soldats de l’Ombre peuvent disparaître et réapparaître instantanément en tout point de la même zone obscure. S’il leur faut couvrir de plus grandes distances, ils peuvent comme le font certaines créatures du Mythe se glisser à travers les angles des dimensions, ce qui ne nécessite que deux surfaces formant entre elles un angle de moins de 90°. Quelle que soit la distance, un tel voyage prendra alors une trentaine de secondes. En revanche, les Soldats de l’Ombre contrairement à Yog-Sothoth ou aux Chiens de Tindalos ne peuvent par cette méthode voyager dans le temps.
Physiquement, les Sombres Séides sont de forme vaguement humanoïde. Ils ont pu être observés car dans les ténèbres ils apparaissent pour des raisons de constitution comme en pleine lumière, baignés d’un halo flou et dansant. Leurs petits yeux fixes et noirs comme le néant voient parfaitement dans l’obscurité. Leur peau est livide et granuleuse, d’aspect caoutchouteux, et comporte de nombreuses blessures ouvertes et sanglantes, témoins d’auto-mutilations fréquentes. Ils portent peu de vêtements, généralement un drap noir flottant ou rien du tout. Au milieu de l’abdomen, ces monstres possèdent une protubérance caractéristique, dont peut jaillir un long pseudopode visqueux rouge délavé, celui-là même qui entre dans le crâne des victimes quand ils se nourrissent ; en effet, la peur extrême stimule la sécrétion de diverses hormones, notamment l’adrénaline, dont ils sont friands.
Les Sombres Séides ont quelques pouvoirs ne nature magique. Tout d’abord, ils peuvent générer spontanément une substance noirâtre et pâteuse qui leur sert à colmater toutes les brèches par lesquelles de la lumière pourrait entrer dans une pièce, dessous de portes, interstices des volets, etc. Ensuite, ils disposent d’une forme limitée de télékinésie, qui leur permet de développer à distance la faible énergie nécessaire pour fermer une porte, soulever un verre... Enfin, ils sont capables de démultiplier les phobies des êtres humains jusqu’à les rendre insupportables et causer la folie, qui les mène à l’extase. Ils ne peuvent causer cette excitation qu’à des individus instables, cependant, si leur pouvoir augmente, ils deviennent capables de torturer une personne parfaitement saine d’esprit. Chaque victime leur rapporte un point de POU.
La Prophétie des Sombres Séides dit qu’il existe un moyen d’invoquer Daoloth leur maître de manière définitive, et que le rituel à accomplir leur apparaîtra par bribes sous forme de visions à chaque fois qu’ils détruisent un esprit ; l’adrénaline a sur le cerveau de ces monstres un effet hallucinogène, d’où leur impression de fantasmer tandis qu’ils se repaissent d’un innocent. Plus ils susciteront la peur dans la race humaine, plus ils auront d’éléments pour accomplir la cérémonie de leur Prophétie, qu’ils nomment l’Invocation Finale.

Sombres Séides, les Maîtres de la Peur
FOR 4D6 CON 5D6 TAI 2D6+6 INT 6D6 POU 4D6 DEX 3D6
Armes : Domination 35+POU%, la victime tente un jet de POU contre POU sur la table de résistance, en cas d’échec elle succombe à ses angoisses et n’est plus capable de se défendre.
Trompe 100%, sur victime immobilisée, perte de 2D6 PV, 2 FOR et 2 CON par rd.
Griffes 60% 1D8 pts d. + bd.
Armure : quelle que soit l’attaque dont ils sont la cible, ils ne subiront qu’un point de dommages, qu’ils accueilleront avec délectation. Pour eux la douleur est raffinement. Un empalement signifiera que l’arme employée leur inflige des dégâts normaux.

Implication des personnages-joueurs :



Etant donné qu’il commence par une enquête sur une série de meurtre, ce scénario est taillé pour des investigateurs représentants de la loi, ou bien détectives engagés par les familles des victimes. Par ailleurs, un médecin légiste serait le bienvenu. L’implication d’autres professions est plus délicate ; un journaliste sera envoyé pour couvrir l’événement, un spécialiste du comportement humain (anthropologue, psychiatre, psychologue...) sera concerné en tant que collègue de Joseph Grünbaum dont le comportement a récemment changé et qui voit ses patients décéder les uns après les autres ; un spécialiste du passé (bibliothécaire, professeur d’histoire, archéologue...) interviendra lorsque, faisant depuis quelques temps des recherches sur la kabbale, il en entendra parler dans un journal qui relate les crimes, et sera alors libre d’avertir la police sur ce qu’il sait de la société secrète, ou de mener sa propre enquête pour tâcher d’en apprendre davantage. Tout autre investigateur sera concerné par des liens directs, familiaux ou amicaux, avec une victime, et enquêtera pour faire la lumière à titre personnel.

Premiers éléments d’enquête :



L’action se déroule exclusivement en Alsace et dans l’Allemagne proche, cependant, étant donné la nature extrêmement dérangeante de l’affaire, il n’est pas impossible que l’on fasse appel à des enquêteurs de la capitale, si les investigateurs en sont originaires.
Le 11 octobre 1924, le facteur Gérald Tharvish découvre au cours de sa tournée dans le village de Lügel, à quelques minutes en automobile à l’Est de Colmar, le corps sans vie de Joseph Julawski, un paisible retraité des chemins de fer originaire de Russie. Le vieil homme n’étant pas comme à son habitude dans la chaise à bascule de son perron, le facteur a décidé d’entrer lui remettre son courrier en main propre, et a eu la vision la plus épouvantable de sa carrière. Il s’évanouit sur-le-champ, se remet quelque quinze minutes plus tard, enfourche sa bicyclette et retourne directement à Colmar prévenir les autorités du macabre incident. Sa description horrifiante convainc facilement la police locale que l’affaire dépasse ses compétences, et c’est alors que les investigateurs peuvent entrer en scène.
Lügel comporte à peine quatre-vingts habitants qui se connaissent tous plus ou moins les uns les autres. Coincé entre deux vallées viticoles, avec des sols d’un vert tendre et un ciel toujours bleu, il est difficile de croire que ce village peut être le théâtre de faits divers épouvantables. Les quelques mots entendus sur Julawski seront les mêmes auprès de tous les villageois. Le vieux avait développé une peur paranoïaque et craignait par-dessus tout qu’on empoisonne sa nourriture, c’est pourquoi il ne participait jamais aux repas communaux ; personne ne lui en voulait pour cela et ça faisait rire plus qu’autre chose. Sa voisine, qui s’occupait de sa comptabilité, témoignera qu’il était bien organisé et rangeait tous ses papiers importants dans un carton jaune sous son lit. Lorsque la police mettra la main sur ce carton, elle constatera qu’il a été fouillé et que son contenu a été remis en vrac et froissé. Les agents n’ont pu relever aucune empreinte concluante. Le seul autre objet qui a intéressé les enquêteurs est une petite boîte de médicaments cylindrique qui porte l’étiquette Kirdex et contient une douzaine de gélules blanches, à l’origine quarante. Un jet en Pharmacologie révélera que ces médicaments servent à apaiser les déments, et surtout qu’ils ne peuvent être distribués que sur ordonnance en bonne est due forme ; pourtant, aucune ordonnance ne sera trouvée dans le carton à papiers ou ailleurs.
Joseph Julawski n’avait plus guère de famille, et la police commandera une autopsie sans se heurter à qui que ce soit. L’idéal serait qu’un personnage-joueur s’en charge ; il appartiendra alors au Gardien de déterminer combien de jets en Médecine, Trouver Objet Caché, Chimie et Pharmacologie sont nécessaires pour saisir tous les détails qui entourent la mort du sujet. Cependant, si aucun investigateur n’a les compétences requises, un médecin nommé par la police s’en chargera, mais il faudra déterminer aléatoirement quels sont les éléments qui lui échappent s’il y en a. Toute personne autre qu’un légiste voyant le cadavre de Julawski perdra 1/1D8 SAN. Le rapport donné ici est le plus complet que l’on puisse faire.


Rapport officiel d’autopsie, Colmar, oct. 1924
Individu de race blanche, âge 71 ans, sexe masculin, formellement identifié comme étant Joseph Julawski, né à Ghottborch, Russie Occidentale, le 26 mars 1853.
Le corps a été découvert gisant sur le dos, yeux exorbités et bouche ouverte, comme en proie à la terreur, le 11 oct. 1924 à 11h06. On estime l’heure de la mort à 02h00, ce même jour.
Une blessure béante s’ouvre d’un flanc à l’autre, par laquelle l’intestin a été tiré et purgé à la chaux vive. Un seau de cette substance, ainsi qu’un bidon d’eau de Javel, ont été trouvé à proximité du corps. D’après la couche de chair enfoncée sous les ongles, et les lacérations autour de cette blessure, il semble que le sujet se la soit faite de ses propres mains, même si on l’imagine difficilement survivre pour ensuite nettoyer ses boyaux à la chaux.
Le visage est couvert de brûlures chimiques, et tout l’oesophage est dans le même état. Le sujet aurait avalé en grande quantité un mélange d’eau de Javel et de vinaigre de vin.
Le coeur en mauvais état paraît avoir encaissé une décharge électrique de forte intensité, une émotion qui l’a tout simplement pulvérisé ; cependant, le coeur cessait déjà de fonctionner bien avant la mort cérébrale et le sujet s’est auto-mutilé ensuite.
Enfin, des marques d’origine inconnue, ressemblant à de petites moisissures, apparaissent à l’intérieur des narines et tout le long des sinus. Un hématome important tache le fond de la cavité nasale.
La cause de la mort est l’accumulation de toutes ses blessures et la perte considérable de sang qui en a résulté. Il s’agit selon toute vraisemblance [?] d’un cas de suicide particulièrement violent.
Après analyse chimique, il s’avère que la substance noire découverte en grande quantité sur les lieux du drame est un mélange de Carbone, de Sélénium et de Tantale pulvérisés, un mélange jamais constaté auparavant.



La substance noire évoquée est celle produite spontanément par les Sombres Séides. Il en a été trouvé dans tous les interstices du salon, où se trouvait Julawski, de sorte que lorsque le facteur l’a vu la seule source lumineuse était la porte qu’il venait d’ouvrir.
Les taches apparaissant sur l’intérieur des narines sont dues à une nécrose des cellules lors du contact avec le mucus des tentacules utilisés par les Soldats de l’Ombre pour se nourrir.
Pour le moment, les investigateurs n’auront aucune autre piste. L’affaire pourrait être classée sans suite, mais quelques jours plus tard aura lieu un second suicide dans des conditions semblables.
On notera juste la déposition d’un villageois qui "croit avoir vu" une berline noire, immatriculée en Allemagne, rôder dans le quartier le jour de l’incident, vers sept heures du matin, à son bord deux hommes (pas de description).
Avec les éléments actuels, il est également possible d’enquêter à partir du Kirdex : il y a peu de pharmacies dans le coin, et toutes seront formelles ; ce médicament n’a pu être prescrit qu’en deux endroits, au Sanatorium Saint-Julien (une maison de fous où les soins sont minimes) et au cabinet de Psychanalyse de Colmar, qui compte trois ou quatre praticiens (le professeur Grünbaum, le docteur Sievert, le professeur Wolf et peut-être un investigateur). Julawski est un patient de Grünbaum, qui n’est pas tenu de remettre aux autorités son dossier médical cependant (il peut invoquer le secret professionnel).

Un schéma criminel incompréhensible :



Dans la nuit du 15 au 16 octobre, la police criminelle de Colmar reçoit un appel, vers 04h00. Il provient d’un locataire affolé d’un immeuble des beaux quartiers, qui dit avoir entendu des bruits curieux et des cris de dément dans l’appartement du dessus, au troisième étage. Lui-même est actuellement dans la conciergerie, qui dispose d’un téléphone. L’appartement est celui de Thérèse Langont, une quinquagénaire acariâtre qui vit seule et dont les voisins diront tous qu’elle était "toquée". La pauvre était arachnophobe à l’extrême, et avait déjà séjourné plusieurs mois au Sanatorium Saint-Julien, un fait que les locataires de l’immeuble ont appris par des ragots et ont soigneusement noté, sans connaître la raison exacte de cet internement.
Policier ou investigateur, la première personne qui arrivera sur les lieux trouvera la porte de la chambre légèrement coincée, du fait de la substance noire qui est au-dessous, et une fois ouverte il y aura un profond appel d’air à l’intérieur, comme si la pression y était différente (les Sombres Séides ont quitté la pièce par des moyens surnaturels et Grünbaum n’est pas entré avec eux, occupé à fouiller les papiers de madame Langont). La vision du corps mutilé qui gît à terre provoque une perte de 1/1D8 SAN, excepté au légiste.



Rapport officiel d’autopsie, second dans l’affaire dite des suicides extraordinaires, Colmar, oct. 1924
Individu de race blanche, 52 ans, sexe féminin, formellement identifié comme étant Thérèse Langont, née à Colmar, le 19 décembre 1871.
Le corps a été trouvé à 04h46, soit quelques dizaines de minutes après son décès. Le visage était figé dans un rictus d’horreur indescriptible.
Le cuir chevelu du sujet, qui l’a grossièrement taillé en larges bandes de ses propres ongles, est en lambeaux, tandis que des touffes de cheveux très importantes ont été arrachées.
Le sujet a également lacéré toutes les grandes surfaces dermiques de son corps, les cuisses, les bras et le ventre, à tel point que ses ongles sont presque tous retournés. Il semble s’être gratté sans relâche, déchiquetant l’épiderme puis le derme sur près d’un centimètre. L’humérus droit a même été mis à nu.
Bien que la victime se soit infligée seule ces blessures, plusieurs points concordants avec l’autopsie précédente font penser qu’une personne l’a "aidée" à commettre son acte, à savoir :
1)Les taches identiques sur la paroi sinusoïdale.
2)Le coeur détruit par un choc quelques minutes avant la mort.
3)La même substance chimique noire retrouvée sur les lieux du drame.


On ne trouvera chez madame Langont aucun document relatif à sa santé, pour la bonne raison que le professeur Grünbaum a pris soin de les faire disparaître. Si on s’adresse à lui directement, il ne pourra toutefois pas nier qu’il la comptait parmi ses patients, et il risque alors d’avoir de gros ennuis. Madame Langont ne laisse pas grand chose d’exploitable si ce n’est un journal de cuir intitulé « Un Enfer au Quotidien » qui raconte la lente évolution de sa maladie mentale, et comment elle en était arrivée à passer des nuits blanches à fixer le plafond pour être sûre qu’aucune araignée ne la piquerait durant son sommeil, et comment elle devait inspecter une chaise sous tous les angles avant de pouvoir s’y asseoir. Elle comptait mettre prochainement un terme à sa vie, ce qui ne va pas aider les investigateurs dans la thèse criminelle.
Les investigateurs n’auront pas beaucoup le temps de se retourner car le troisième crime survient immédiatement, en pleine journée, à quelques rues de là. A 15h58 très précisément, l’officier de police Rodolphe Parvis remarque dans la rue où il marche la fenêtre d’une cave qui surplombe légèrement le trottoir ; une substance noire et opaque la recouvre, et connaissant les détails de l’affaire dite des suicides extraordinaires il décide d’entrer dans la maison par tous les moyens. Dans l’encadrement de la porte il est violemment bousculé par un homme à forte carrure qui sort précipitamment, un appareil photo en bandoulière. L’officier n’a pas le temps de distinguer le visage de son agresseur avant de prendre un coup de poing qui lui casse le nez ; il parvient juste à arracher un bouton de manchette du mystérieux photographe, qui porte un pardessus épais en laine noire, un chapeau commun et des bottes militaires. Le bouton en question est doré, gravé d’un aigle stylisé à deux têtes et du nom de ville « Saarbrücken ». Se relevant trop tard pour poursuivre l’homme, l’officier Parvis décide de pénétrer dans la maison et y découvre dans la cave le corps de monsieur Jean Thavel, cordonnier, dans un état épouvantable, dont la vue coûte 1/1D8 SAN sauf au légiste. Thavel vit seul depuis la mort de sa femme, dans une maison contiguë à celle de sa soeur, qui viendra immanquablement harceler la police dès qu’elle verra un peu d’agitation devant sa fenêtre. Elle racontera alors l’histoire qui a bouleversé son frère et lui donnait des crises de démence depuis quelques mois :
« Anaïs, la femme de Jean, était de faible constitution, toujours sujette aux infections et aux maux de tous les genres, frêle et d’une pâleur mortelle. Au printemps 1921, tandis qu’elle marchait dans le jardin de ses cousins à Strasbourg, elle s’est faite piquer par une guêpe et s’est effondrée. Le médecin de famille est venu tout de suite et l’a déclarée morte sur-le-champ. On l’a beaucoup pleurée et ce pendant presque un an. En janvier de cette année, Jean est tombé en rangeant son grenier sur un portrait de femme, l’arrière-grand-mère daïs, et a reconnu à son doigt la bague avec laquelle celle-ci s’était faite enterrer. Pensant alors qu’elle valait grand prix, il a commandé à la ville une ouverture du tombeau, et quoi que le curé lui ait vivement déconseillé, il l’a obtenu. Pensez bien que les braves gars des pompes funèbres s’étaient servis, et jamais on a mis la main sur sa bague, mais on a trouvé la matelassure du cercueil toute déchirée, le squelette avait les bras en l’air et des doigts manquants, et on a retrouvé ces doigts dans la cage thoracique. Le gardien du cimetière qui avait déjà connu ça nous a déclaré qu’on avait probablement enterré la malheureuse vivante, et que c’était des choses qui arrivaient. Mais Jean en a été tout bouleversé et il a depuis eu une peur panique qu’on l’enterre vivant, c’est pourquoi il buvait pour se donner des bonnes couleurs, et ne dormait jamais plus de vingt ou trente minutes. »



Rapport officiel d’autopsie, troisième dans l’affaire dite des suicides extraordinaires, Colmar, oct. 1924
Individu de race blanche, sexe masculin, 47 ans, formellement identifié comme étant Jean Thavel, né à Mulhouse, le 15 juin 1877.
Le corps a été retrouvé à 17h56 par l’agent de police monsieur Parvis, la mort étant survenu apparemment deux heures plus tôt.
Les analyses révèlent toutes les traces caractéristiques de cette affaire, à savoir la présence sous la porte de la cave et dans l’ouverture sur rue d’une substance carbonée au Sélénium et au Tantale, le coeur détruit par une émotion de vive violence et une nécrose des tissus de la muqueuse nasale.
La victime aurait tenté de creuser un trou de ses propres mains dans la terre dure de sa cave, avec une frénésie qui lui a arraché les ongles, déchiré la peau des doigts et finalement légèrement usé l’os au niveau de la dernière phalange de l’annulaire, du majeur et de l’index. Le sujet s’est également infligé de nombreuses morsures au niveau des avant-bras, on notera qu’il manque environ cent grammes de chair sur le gauche, retrouvés dans l’estomac.
C’est l’arrêt cardiaque qui serait à l’origine du décès cette fois, malgré tout le sujet a pu pendant encore quelques dizaines de minutes fournir un effort de grande intensité ; en effet, bien que la terre soit dure comme de la craie, on l’a retrouvé enfoncé de plus de trente centimètres dans le sol.



Encore une fois, Thavel était un patient du professeur Joseph Grünbaum, et à présent un indice décisif doit conduire les investigateurs à celui-ci. Ce peut être un flacon de Kirdex, ou bien une carte de visite glissée dans l’agenda personnel de la victime et qui aurait ainsi échappé à la fouille méthodique de son bourreau pour effacer ses traces.

Le Cabinet de Psychanalyse de Colmar  :



Comme en atteste la plaque de cuivre dans le hall d’entrée, ce cabinet a été fondé par Joseph Grünbaum le 3 sept. 1919 alors qu’il revenait d’un long séjour à l’université de Vienne ; il est le fruit d’un travail de la plus haute importance effectué en collaboration avec le très respectable monsieur Sigmund Freud.
Les confrères de Grünbaum sont arrivés plus tard et n’ont pas suivi de formation particulière à la psychanalyse ; ils ont tous deux été internes dans l’asile de fou et ont des méthodes peu orthodoxes. Ils traitent moins de patients et essentiellement des cas bénins, toutefois leurs autres postes respectifs, médecin militaire pour le professeur Wolf et soigneur de sportifs pour le docteur Sievert, achèvent d’occuper leur temps.
La bâtisse elle-même, flanquée de deux maisons typiques à colombages, semble avoir été ajoutée là par quelque architecte dément, et originaire d’Arkham si l’on se fie aux pierres d’un bleu sombre, au toit en croupe luisant de reflets maléfiques et aux lueurs verdâtres et mystérieuses qui s’échappent des fentes qui meurtrissent la porte d’entrée et tous les volets pleins. Il s’agit donc d’un endroit lugubre et peu accueillant. Pourtant, le professeur Grünbaum y vit, dans un appartement séparé des cabinets par une cour intérieure bordée de murs de béton gris sale et au centre de laquelle on trouve un jardinet, carré d’herbe jaunie et trop haute pour qu’on ne puisse y imaginer une vipère tapie dans l’ombre.
Les trois médecins ont les même horaires c’est-à-dire du lundi au jeudi de 7h30 à 12h00 puis de 13h30 à 19h00 ; le reste du temps ils se trouvent à leur domicile, soit sur place pour Grünbaum, en ville pour Sievert et à l’hôtel pour Wolf, qui rentre à sa propriété du Saarland tous les week-ends. A la discrétion du Gardien, des jets en Baratin et en Persuasion seront nécessaires pour mener à bien les interrogatoires, de même que des jets en Trouver Objet Caché détermineront une perquisition efficace. L’ensemble des informations que l’on peut collecter est décrit ci-dessous.

Le témoignage du docteur Bastien Sievert.
Le docteur Sievert n’est pas du tout impliqué dans l’affaire que suivent les investigateurs. C’est un petit bonhomme rondouillard, avec le teint pâle et des joues rouges et un nez tombant chaussé de petites lunettes à monture d’or. Il ne connaît pour ainsi dire pas les travaux de ses collègues, et ne les fréquente que très peu. Il se contente en fait d’occuper un cabinet dans le bâtiment. D’après ce qu’il sait, Grünbaum serait notoirement religieux et se rend à la synagogue au moins une fois par semaine ; il observe également le jour du shabbat et ne travaille jamais le vendredi. Wolf est plutôt un personnage antipathique qui ne répond que rarement aux saluts et semble légèrement obsédé par son travail.

Fouille du cabinet de Sievert.
Sievert n’a rien à cacher et pourvu qu’ils aient l’aval d’un supérieur des forces de l’ordre les investigateurs pourront perquisitionner son cabinet en sa présence, sans quoi ils devront agir illégalement. La porte n’ont pas de verrous et se ferme à l’aide d’une clé des plus simples. On trouvera des dossiers concernant des débiles légers, un album de photographies représentant tous les sportifs célèbres ou anonymes que Sievert a soigné, et, dans un tiroir du bureau, une enveloppe de grand format soigneusement refermée portant les marques de l’US. Air Mail ; elle contient un magazine bas de gamme de science-fiction, à savoir le numéro de Pine Conesd’octobre 1919, qui entre autres récits fantaisistes contient la nouvelle Beyond the Wall of Sleep, par H.P. Lovecraft (en anglais, +1% en Mythe de Cthulhu, +1% en Occultisme, perte de 0/1 SAN, pas de sortilèges). Bien qu’il soit un scientifique, Sievert s’intéresse aux récits fantastiques et se prend même parfois à croire en certaines nouvelles comme en des témoignages du futur.

Domicile de Sievert.
Rien à signaler de ce côté. Sievert y vit avec sa femme Jeannette et leurs deux enfants.

Le témoignage du professeur Claudius Wolf.
Wolf est tout à fait ce dont il a l’air, un homme froid et sinistre. Il doit se trouver trop grand car il marche toujours courbé vers l’avant, les bras ankylosés le long de ses flancs maigres. Ses cheveux très courts sont gris, avec des tempes blanches comme ses sourcils broussailleux. Son regard bleu magnétique est vague et vide d’émotion. Il porte souvent une blouse blanche par dessus des costumes trois pièces beiges ou gris de bonne facture.
Wolf est peu enclin à discuter, il est pourtant profondément impliqué dans l’affaire : c’est sa voiture qui a été aperçue à Lügel par un témoin, et l’homme qui prenait des photos sur le troisième lieu de crime travaillait pour lui. Il se méfie de Grünbaum parce que celui-ci est juif, et si on l’oriente dans ce sens il n’hésitera pas à exposer ses opinions antisémites. C’est cette méfiance qui l’a incité à espionner son collègue depuis des années, et Grünbaum est bien trop distrait et absorbé par son travail pour s’en rendre compte. Ainsi, il s’est emparé de documents anciens et a fait des recherches sur l’historique de la kabbale. Il a appris ensuite l’existence et la réalité des Soldats de l’Ombre, et y a vu une arme d’intérêt militaire primordial. Affilié à Hitler, qui croupit actuellement en cellule, il est chargé de faire un rapport sur le potentiel destructeur de ces choses, d’où les photographies. D’un point de vue pratique, Wolf ne dira absolument rien de tout ça, à moins qu’on ne lui arrache les ongles un par un, et se bornera à dire que ses travaux sont capitaux et ne souffrent ni retard ni interruption.

Fouille du cabinet de Wolf.
Le matin aux alentours de 7h30, Wolf arrive au cabinet à bord d’e berline noire immatriculée en Allemagne (Saarland), et dont le chauffeur porte des vêtements militaires. C’est cet homme qui a agressé l’agent Parvis, il n’a cependant pas la bêtise de continuer à porter sa veste dont il manque un bouton et il est impossible de le confondre. Wolf reçoit l’aide de militaires grâce à ses relations : médecin dans l’armée allemande, il parle de ses idées antisémites et attire des recrues pour son service personnel et des groupes paramilitaires desservant Hitler. Il quitte son cabinet après 20h00, toujours dans ce véhicule.
Wolf s’opposera catégoriquement à la fouille de ses affaires, prétextant le respect de ses patients. Il faudra fracturer la porte de son laboratoire personnel. A l’intérieur de son grand secrétaire, un bloc métallique à six tiroirs tous fermés à clé, on trouve une pile de tracts couverts de slogans nationalistes et racistes. Une boîte en carton renferme une croix de fer et un diplôme d’honneur de valeureux combattant obtenu le 10 mars 1917. Il y a également un guide touristique, en Allemand, des auberges du Saarland, dont une page est marquée par une carte postale vierge qui figure une vieille ferme en pierre devant laquelle courent des oies. La page comporte un plan routier de la frontière franco-allemande, avec un point rouge sur un petit village près de Saarbrücken, Bakerlai. Le guide donne à propos du village le paragraphe suivant (une fois traduit) :
Bakerlai, Saarland : laissez-vous tenter par le fleuron de la cuisine locale, à la plus grande table de l’est allemand, le Veau Gras. Vous y mangerez d’excellentes saucisses grillées, des légumes toujours frais, de bons œufs des fermes avoisinantes, vous y goûterez les meilleurs vins français, et serez toujours servi avec le sourire. Bien sûr, les tenanciers monsieur Thomas Wolf et sa femme, de l’illustre famille de Bakerlai, ne manqueront pas de venir accueillir vos impressions.
Thomas est le frère de Claudius. Il est également partisan des théories nazies. Ils vivent tous les deux dans le grand manoir familial, leur défunt père étant un riche exploitant de houille.
Le secrétaire renferme encore un certain nombre d’ouvrages de d’anatomie humaine, embryonnaire et animale, un livre effrayant en Allemand intitulé "Les Expériences Interdites" qui va très loin dans l’horreur médicale, et les dossiers de ses patients. Le bureau comporte quelques papiers sans importance en cours de traitement, un lourd cendrier en fonte, un sous-main en cuir épais, un nécessaire de correspondance, un buste de Nietzsche en pierre de quinze centimètres. Dans le tiroir central fermé à clé, on trouve une liasse de pages couvertes d’une écriture en pattes de mouches, en Allemand toujours. Il s’agit de notes de Wolf sur ses recherches sur la kabbale, qui parlent de confirmation de complot juif millénaire, d’une secte de fous dangereux, de créatures de cauchemar vivant de peur et de ténèbres dont la réalité n’est plus à démontrer ; ni le mot kabbale ni le mot Sombres Séides n’est jamais cité. La conclusion dit que l’implication du Projet Dunkelheit est à la lueur de ces faits en marche et inéluctable. Enfin, on trouvera une lettre de papier épais portant le cachet de cire rouge de la forteresse de Munich :
26-09-1924 Ainsi dont Herr Professor vous avez fini par obtenir la preuve de ce que vous avanciez... Vous allez rendre un fier service à la nation allemande, en nous donnant l’opportunité d’écraser nos ennemis une fois que j’aurai mené notre parti au pouvoir. Cette arme, telle que vous me l’avez décrite, balayera tout ce qui a été fait avant, et bien loin sera le Diktat lorsque nous aurons remporté mille batailles. Il nous faut maintenant nous approprier cette arme, et cela par tous les moyens. Les S.A. pourront très certainement vous fournir les quelques hommes dont vous auriez besoin.
Quant à moi j’ai terminé de dicter à monsieur Hess les éléments de mon ouvrage de référence, qui nous permettra de rallier à notre cause tous les influençables que compte ce beau pays. Puisque ma détention est sur le point de se terminer, je vous suggère de préparer le protocole dont nous avons discuté, je viendrai dès ma libération écouter votre exposé, dans votre propriété de Bakerlai. Amicalement, Adolf Hitler.

Hitler n’est pas extrêmement connu à l’époque en dehors des frontières allemandes, et ce nom n’évoquera quelque chose que pour les investigateurs s’intéressant à l’actualité géopolitique.

Fouille de la chambre de Wolf.
La chambre d’hôtel ne contient pas beaucoup plus que le mobilier fourni, Wolf étant peu regardant sur le luxe et le confort. La penderie contient ses costumes de la semaine, le buffet une bouteille de Cognac, et il laisse en général près de son lit une trousse de premier secours.
La propriété du Saarland a son paragraphe consacré ci-après.

Le témoignage du professeur Joseph Grünbaum.
Si on fait une quelconque allusion à son implication dans une affaire de meurtre, le médecin courtaud, chauve et bedonnant, doté d’une longue barbe coupée en carré, virera au pourpre : « Mais comment osez-vous émettre de telles allégations ?! Vous faites pression sur moi parce que je suis juif ; ne croyez-vous pas que j’ai assez de soucis avec mon cher collègue ? » Il sera alors difficile d’obtenir sa coopération.
Si au contraire on se présente à lui de manière neutre, il fera un long discours pompeux sur la psychanalyse et ses vertus, l’importance de son travail (écouter sans interruption pendant une demi-heure permet d’augmenter son score de psychanalyse de 2%). Pour lui, rien d’anormal ou de suspect ne se déroule dans le cabinet.

Fouille du cabinet de Grünbaum.
Le professeur dispose d’un microphone et d’une installation qui lui permet d’enregistrer tous ses entretiens avec ses patients sur des cylindres de cire. Il interdit formellement qu’on fouille son cabinet s’il n’est pas présent, et s’il l’est il ne laissera personne écouter ses archives. Il faudra donc contourner son interdiction. Il y a soixante-huit cylindres, tous portent une étiquette avec le nom du patient. Ici sont retranscrits les entretiens des patients morts dans l’affaire :
[pour l’ambiance, le Gardien peut demander à des acolytes d’enregistrer ces passages sur cassette à l’aide d’un magnétophone pour ensuite les faire écouter directement aux joueurs]

Entretien avec monsieur Julawski, 11 janvier 1924 :
"J’ai comme des frissons qui parcourent mon échine, j’ai l’impression... l’impression que cette nourriture qu’ils me donnent n’est pas tout à fait saine, comme si une minuscule mais terriblement dangereuse bactérie s’était glissée, voyez, et je ne peux absolument pas manger cela.

- Il vous faut pourtant bien vous nourrir, monsieur Julawski.

- Alors vous aussi, professeur, vous êtes de leur côté ? Vous croyez que je vais avaler votre poison sans réagir ? J’aime mieux mourir par mes propres moyens, ça ira plus vite ! Tenez, si vous me faites avaler cette nourriture immonde, je vous jure que je suis capable de m’arracher les tripes, et des les récurer jusqu’à ce que mort s’en suive ! Vous avez compris !? Avez-vous compris ?"

Entretien avec madame Langont, 3 mars 1924 :
« J’ai peur professeur, j’ai peur de ce qui pourrait m’arriver.

- Il ne vous arrivera rien ici, Thérèse, il n’a aucune araignée, voyez vous-même.

- C’est que, les gens, ils ne comprennent pas, ils ne soupçonnent pas la malignité diabolique de ces bestioles, mais moi, moi je sais. Elles peuvent se cacher partout, et elles veulent nous mordre pour injecter leur affreuse humeur paralysante, qui vous faire pourrir debout.

- Songez à la taille minuscule des spécimens de nos régions, que vous arriverait-il si un de ces arachnides marchait sur votre peau ?

- Ce qui m’arriverait ? Ce qui m’arriverait ? Mais je meurs d’horreur rien que d’y penser... Non... c’est impossible... je dois penser à autre chose... Au secours, je sens leurs pattes qui cavalent sous ma robe ! Mon Dieu ! Il faut que je gratte, gratte, gratte pour ôter ces saletés ! »

Entretien avec monsieur Thavel, 16 juin 1924 :
« Ah, monsieur, imaginez que ça m’arrive, à moi ! Qu’est-ce que je pourrais bien faire, perdu seul au fond de cette fosse immonde, avec au-dessus six pieds de terre qui empêcheraient les secours de m’entendre... Maudite soit cette terre qui avale notre chair et précipite sa putréfaction, Anaïs était si jeune !

- Calmez-vous ; de tels cas, de telles erreurs de diagnostic sont extrêmement rares, il n’a aucune chance pour que ce destin tragique soit le vôtre.

- Mais qu’est-ce que vous en savez, vous ! Jésus-Christ, Marie, Joseph, comment sortir de ce piège terrible ? Je vais creuser, creuser avec toute ma peine et tout mon courage, je n’en serai pas réduit à dévorer mes mains comme l’a fait cette pauvre enfant... »

Les cylindres sont complétés par des dossiers médicaux manuscrits ; dans ceux des victimes, les ordonnances froissées et autres pièces dérobées à leur domicile ont été rajoutées récemment. Il y a là de quoi faire arrêter Grünbaum, et si les investigateurs décident de le livrer à la police, il sera jeté en prison en attendant son jugement. Il sera alors très simple d’obtenir le droit de perquisition de son appartement.
Le professeur possède sur ses rayonnages une importante collection de livres de médecine, tous les ouvrages de Sigmund Freud, mais également des volumes plus douteux, comme "Pratique de l’hypnose" ou bien "Le sens caché des rêves" ; quelques livres purement occultes s’y mêlent également, comme "Zohar" (cf. Livre des Règles p. 60) dans une édition ancienne, en hébreu, de dix volumes in octavo sous couverture de peau avec fermoirs en argent.
A un mur pend un étrange tableau, qui met mal à l’aise toute personne le contemplant : il représente une pyramide translucide sur fond étoilé, à l’intérieur de laquelle semblent tournoyer des brumes épaisses et déchaînées ; au milieu de la tourmente, on distingue en ce concentrant un œil immense et unique, injecté de sang, à la pupille dorée. Le tableau n’est pas signé, il est l’oeuvre d’un mystique de la kabbale qui en a fait cadeau à son père ; officiellement, il l’a eu à une brocante.

Fouille de l’appartement de Grünbaum.
La porte au fond la courette n’est pas bien difficile à forcer, elle n’a qu’une simple serrure ronde. La peinture blanche qui la recouvrait a viré au gris sale, de nombreuses écailles manquent, les échardes sont légions ; tout le panneau central a été remplacé par un vitrail de mauvais goût, richement coloré, figurant un labyrinthe.
L’intérieur est petit et inconfortable, mais propre et bien tenu. Un candélabre à sept branches orne le manteau de la cheminée, et plusieurs des cadres au mur figurent des symboles ésotériques mêlés de pictogrammes hébreux. La Torah, dans une édition de prix et très volumineuse, trône sur une table basse de bois qui lui semble réservée. Parmi les photos, on peut voir Joseph et son père Simon, vêtus de shorts et de chemises de flanelle, avec un désert en arrière plan, une photo de Freud serrant la main de Grünbaum fils, et une photo de Jacob Goldstein serrant la main de Grünbaum père. Goldstein est le rabbin de la synagogue de Colmar, c’est un grand érudit expert en langues bibliques et bibliophile. Il porte l’habit noir et le chapeau traditionnel de sa fonction, est assez corpulent, avec des bajoues tombantes et des gros favoris poivre et sel.
L’appartement compte une chambre exiguë, un coin salon-cuisine, et une salle de bains avec WC. Un couloir étroit dessert ces différentes parties, la chambre étant au fond. Les objets intéressants se trouvent tous dans le salon, sur les trois étagères qui sont presque entièrement recouvertes de livres. Un jet en Bibliothèque permettra de déceler la nature particulière de trois d’entre eux, intitulés Notre Eveil Mathématique vol. I, II & III qui ont été imprimés à compte d’auteur, en Syrie, et paraissent rares. Ce livre a été écrit par "Simon Grünbaum, Jacob Goldstein et collaborateurs", en français, le portrait des auteurs principaux ornant la page de garde ; un jet en Idée permettra de reconnaître les hommes d’une photo qui se trouve dans l’appartement. Ce manuel traite d’hyper-géométrie et raconte comment l’exploration intérieure ou l’hypnose régressive permettent d’accéder à ce savoir qui est en chacun de nous mais sommeille dans l’inconscient. Dans la préface, Grünbaum déclare que l’avenir de l’humanité ne pourra se faire sans la maîtrise des voyages inter-dimensionnels, et que le seul moyen de comprendre leurs mécanismes est d’observer attentivement les créatures qui l’utilisent, les Soldats de l’Ombre. Le chapitre final est consacré à Daoloth, entité apparemment représentative du phénomène, qui incarne au sens mathématique du terme la perfection et est à l’origine et à la fin du chaos des interstices dimensionnels (+10% en Occultisme, +5% en Mythe de Cthulhu, +3% en Mathématiques, perte de SAN 1d4/3d6, pas de sortilèges). Sur une autre étagère, une boîte en carton contient de nombreuses lettres, la plupart étant adressées de Goldstein-Grande synagogue de Colmar à Grünbaum père. Extraits :

"05-10-20.Simon, je crois qu’il est temps pour nous d’abandonner notre projet, avant que tout ceci ne vire au cauchemar. Tu sais de quoi les Soldats de l’Ombre sont capables, tu sais qui ils sont, tu as lu comme moi le verset 133-8 du Talmud. Ce sont des monstres de l’enfer, et de simples humains comme nous ne peuvent tenter de percer leurs secrets obscurs."

"01-02-21.J’ai compris à la virulance de ta dernière lettre combien tu étais déterminé et je crains pour ta vie comme pour celle de milliers d’innocents. Je sais comme ces connaissances sont importantes pour toi, mais on t’a enseigné la même parole que moi à Damas, et tu sais bien que les démons ne donnent jamais rien sans une lourde contrepartie, toujours bien supérieure à ce qu’ils offrent."

"13-02-21.Ainsi donc tu as commis l’irréparable... tu t’es servi de la parole des sages pour les faire venir parmi nous ! Ils te demanderont d’abord un crime de sang, pour les payer de leur voyage, puis un autre, puis un autre, et à la fin ils te tueront. Je t’aurai prévenu, que ton âme entachée puisse un jour trouver la paix."

Au fond la boîte, une manchette de journal découpée fait état du décès de Simon Grünbaum, victime d’une crise cardiaque, le 29-12-22 ; ses yeux que le croque-mort n’a jamais pu coudre étaient comme révulsés par la terreur. Une dernière lettre de Goldstein, adressée au fils cette fois, l’accompagne :

"Viens le plus vite possible me rejoindre à la synagogue, je te parlerai du terrible héritage qui est le tien ; en effet ton père t’a laissé le plus pénible des fardeaux. J’espère que tu sauras prendre les décisions qui s’imposent."

Sur la dernière étagère, entre deux rayonnages de livres sur la foudre, le magnétisme et la lumière, se trouve un curieux objet rutilant. Il ressemble beaucoup à un sextant en or, dont la surface serait gravée de milliers de symboles cabalistiques. A l’aide des incantations appropriées, c’est cet objet qui permet d’appeler les Soldats de l’Ombre dans notre dimension ; ces formules ne sont cependant pas à portée. Le sextant peut être détruit facilement, cependant il en apparaîtra un autre ailleurs dans le monde, et ça ne fera pas partir les trois Soldats de l’Ombre invoqués par Simon Grünbaum depuis des années.

La grande synagogue de Colmar :



La synagogue en elle-même n’a pas beaucoup de renseignements à fournir aux investigateurs. En revanche, ils apprendront beaucoup de Goldstein, dont la petite maison carrée jouxte l’édifice. Cet homme, tout comme Simon Grünbaum, est né en Syrie ; il a suivi une formation théologique judaïque extrêmement sévère et n’a pas tardé à intégrer le collège secret de la kabbale, dont il fut un membre éminent. Il est venu en France en 1919, en même temps que son ami Grünbaum. Celui-ci voulait fuir son pays parce qu’il avait trompé la confiance du doyen de la kabbale, pour utiliser les démons à des fins personnelles. Goldstein racontera très bien tout ça et beaucoup d’autres choses, à condition que les investigateurs réussissent un jet en Persuasion à -10%.
Goldstein s’est un peu brouillé avec Simon Grünbaum, puis avec son fils. Le père avait à l’origine convoqué trois Soldats de l’Ombre pour apprendre les secrets des hyperdimensions ; hélas, ceux-ci ne se montrèrent pas coopératifs, et au lieu de les renvoyer tant qu’ils n’avaient pas acquis trop de pouvoir, il leur consacra quelques sacrifices d’innocents, espérant apprendre de nouveaux secrets. Voyant qu’il ne reculait devant rien, les démons prétendirent avoir perdu la mémoire et pouvoir la retrouver dans le sang. Un jour qu’ils se repaissaient devant lui, Simon eu une vision effroyable de formes géométriques tournoyantes, et il pensa que les Sombres Séides lui avaient transmis leurs pensées, et que ceci était une image du rituel de leur dieu Daoloth. Il devint obsédé par cette idée et se creva les yeux par peur de voir la divinité en suivant le sillage des créatures. Les Soldats de l’Ombre ont fini par l’assassiner quand il ne leur ramenait plus suffisamment de gibier. Alors, en tant que fléau transgénérationnel, ils se sont adressé à son fils Joseph. Celui-ci avait les moyens de leur fournir facilement des gens au bord de la folie, il fit cependant avec les créatures un marché : pendant des mois ils les étudieraient pour faciliter sa compréhension de la peur et ainsi fournir des réponses à ses interrogations personnelles, et peut-être mieux soigner à l’avenir les patients atteints de phobies diverses. Son étude des monstres terminée, il leur a récemment donné la permission de s’attaquer aux premières âmes tourmentées, et les investigateurs connaissent la suite. Joseph possède un objet ressemblant à un sextant, trouvé par son père lors d’une fouille en Syrie, qui permet d’offrir aux Sombres Séides une ouverture vers notre dimension, dans laquelle ils peuvent séjourner à loisir. Pour les congédier, il faut soit les vaincre physiquement, soit les contraindre à voyager dans d’autres lieux en utilisant des rituels hypergéométriques ou en leur faisant toucher leur dieu Daoloth.

Parmi la collection de livre de Goldstein, on trouve une édition syrienne très ancienne du Talmud, avec des passages qui n’ont jamais été traduits ni interprétés. Le verset 133-8 (en arabe) dit ceci :
"Le plus malheureux des juifs leva ses moignons dévorés par la lèpre vers le visage de Satan, et lui dit :

- J’implore ta pitié démon ! Toutes les inventions de Dieu servent à quelque chose, mais les tiennes, à quoi servent-elles ? Tu nous fais vivre dans la crainte, tu nous fais souffrir le martyre... Pourquoi la peur et la douleur ?

- Misérable mortel, puisque tu y tiens, ton malheur ne sera plus vain ; les Sombres Séides auxquels je donne naissance sur-le-champ s’en repaîtront, et ta crainte comme ta douleur serviront à leur subsistance...
"

Il y a également quelques ouvrages d’ésotérisme sans grand intérêt, mais parmi ceux-ci se trouve un abrégé de la Parole Très Lumineuse, dans l’introduction de laquelle on trouve un bref historique de la kabbale et ses motivations, suivie d’un chapitre sur les Sombres Séides et le moyen de les invoquer dans notre dimension à l’aide du sextant, ainsi que les moyens de les faire partir... (+7% en Occultisme, +2% en Mythe de Cthulhu, Sorts INTx3 le seul sort étant Conjurer un Sombre Séide)Des investigateurs fous ou trop intrépides utiliseront peut-être leurs connaissances pour invoquer un Soldat de l’Ombre, il ne leur restera alors qu’à assumer leurs responsabilités.

Conjurer un Sombre Séide : ce sort consomme 12 pts de magies et 2d8 pts de santé mentale, sans compter ce que la vue des créatures invoquées fait perdre. Le sorcier doit tenir le sextant bien haut et le regarder fixement, il doit aussi se trouver seul dans une pièce où l’obscurité est parfaite. Les gestes et les paroles prononcés prennent environ 5 min, après quoi le sorcier distinguera une porte rectangulaire auréolée par des rayons dorés se découper sur un mur. Des symboles ésotériques en lettres de feu ornent cette porte. Ensuite, elle s’efface pour laisser place à un long couloir légèrement phosphorescent, apparemment en bois, dont les murs sont totalement penchés, torturés et asymétriques. Une procession de 1d4 Sombres Séides arrive par ce couloir, et lorsqu’ils pénètrent dans la pièce le mur se reforme. Toute personne qui tentera de franchir le seuil magique se retrouvera bloquée en enfer, où les Sombres Séides la tortureront pour l’éternité. Les créatures exigent immédiatement un pacte du sorcier, des victimes contre de la connaissance ou du pouvoir. Un même sorcier ne peut tenir un tel pacte qu’une seule fois dans sa vie ; s’il tente une nouvelle invocation, les Sombres Séides se jetteront sur lui sans écouter ses propositions.

La vieille propriété de Bakerlai, Saarland :



D’après les indices trouvés dans le bureau du professeur Wolf, son manoir renferme une arme terrifiante capable de mettre la France en échec lors d’une prochaine guerre. A une époque où l’on ne parle que de réconciliation et de paix, cette révélation plongerait le gouvernement français dans la panique, et si les investigateurs font part de leur découverte aux autorités, ils obtiendront de l’aide et probablement une prime pour poursuivre l’enquête outre Rhin.
Bakerlai est un village peu peuplé entouré de champs de betteraves et desservi par une vieille route de terre d’où émergent ça et là quelques pavés vieux de cinq siècles, couverts de lichen. Rien ne retient l’attention dans ce décor grisâtre si ce n’est un grand manoir perdu au-delà des fermes, attenant à un restaurant dont parle la brochure trouvée parmi les affaires de Wolf. Ce manoir a été érigé au seizième siècle par Wilhelm Von Helsen, un noble réputé cruel qui y enfermait ses épouses successives pour mieux chasser ses maîtresses dans la campagne environnante. Le style est tout à fait sinistre, de grandes pierres de taille totalement noircies par les ans supportent de lourdes sculptures représentant tantôt des enfants en pleurs, tantôt des squelettes encapuchonnés, épée au flanc. Le mur d’enceinte usé fait dans les trois mètres de haut, mais n’est pas très difficile à franchir du fait des nombreuses pierres décelées qui offrent de bonnes prises. La herse est à l’inverse totalement impossible à escalader, elle est constituée de baguettes métalliques rouillées surmontées de pointes acérées, atteignant quatre mètres cinquante. Des rosiers épineux ont été forgés sur le métal et courent tout le long de la herse. L’enceinte mesure cinq-cents mètres par sept-cent soixante. On trouve à l’intérieur un parc planté de ceps de vigne mal entretenus et envahis par les ronces, et au milieu le manoir même, presque invisible la nuit tant il est sombre. De l’intérieur, on distingue trois parties, une centrale basse et deux plus hautes semblables à des tours, surmontées par des toits d’ardoise en forme de chapiteau, avec un large bord plat et octogonal.
De huit heures à vingt-et-une heures, deux gardes stationnent à la herse, prêts à l’ouvrir au passage d’une automobile ; la nuit, un garde unique accompagné d’une meute de chiens patrouille à l’intérieur. Tous ces agents auront la même réaction : si on ne peut leur produire une autorisation signée par l’un des frères Wolf, ils refusent catégoriquement l’accès à la propriété, utilisant au besoin la violence qu’il y ait ou non des forces de police présentes.

Garde du portail 1
FOR 14 CON 10 TAI 16 INT 9 POU 7 DEX 13 APP 10 EDU 11 SAN 35 PV 13 Bd +1D4
Armes : Matraque 45% 1D4+Bd
Revolver cal. 45 55% 1D8

Garde du portail 2
FOR 15 CON 12 TAI 15 INT 8 POU 10 DEX 11 APP 9 EDU 10 SAN 50 PV 14 Bd +1D4
Armes : Poing 60% 1D2+Bd
Revolver cal. 45 50% 1D8
Armure : Veste en cuir épais (2)

Maître chiens
FOR 11 CON 14 TAI 13 INT 10 POU 8 DEX 8 APP 7 EDU 9 SAN 40 PV 14 Bd +0
Armes : Coup de pied 50% 1D4+Bd
Barre de fer 60% 1D6+Bd
Matériel : Laisses, lampe-torche, sifflet à chiens, clefs d’une porte dérobée du manoir.

Chiens Dobermann x4
FOR 5-6-6-7 CON 8-8-8-9 TAI 7-8-8-10 DEX 15-15-16-17 PV 8-8-8-10
Armes : Mâchoires 35% 1D4
Compétences : Bondir par surprise 80% Flairer 98% Suivre une Piste 95% Trouver Objet Caché 80% Haïr les Chats 90% Se Laisser Amadouer par de la Viande 75%

Le bâtiment possède deux entrées, une porte principale très imposante, en bois tropical, à double-battant, et une porte dérobée sur le côté d’une des tours ; cette dernière est blindée et résitera à toute tentative d’ouverture sans les clefs. Toutes les fenêtres (environ quatre par pièce) sont étroites et munies de barreaux métalliques avec des roses sculptées semblables à celles du portail. La grande porte débouche sur un hall d’où on peut rejoindre le vestibule, la salle de bal, la salle à manger, les cuisines, la bibliothèque, et l’escalier qui monte à l’unique étage. Il n’y a à ce niveau aucun accès aux tours. La porte dérobée s’ouvre sur une petite pièce sale et inconfortable où le garde vient parfois se reposer et où les chiens dorment le jour dans une cage commune. Cette pièce n’a pas d’autre ouverture sur le manoir, si ce n’est un accès vers la chaudière en sous-sol, à partir duquel on peut gagner la salle de bain de l’étage par une échelle dangereuse. L’étage central comporte les bains, les latrines, le fumoir, la salle de billard, et deux halls avec chacun accès vers une tour.
Dans une tour habitent le professeur Wolf et sa femme, au-dessus du chenil. Il y a également un débarras et une grande pièce avec des tables, des chaises, un projecteur et des armoires métalliques tout le long du mur ; c’est cette salle qui acceuille des réunions du parti national-socialiste. Il y a enfin un laboratoire dans lequel Wolf fait des expériences sur cobayes animaux vivants, et un petit bureau, le tout étant réparti sur trois niveaux en plus du chenil.
L’autre tour est celle de son frère Thomas, sa femme et ses quatre enfants, elle fait quatre étages également, desservis par un escalier en colimaçon, mais à part des chambres ne contient rien d’autre qu’une penderie, un garde-manger, un débarras et une cave à vins.

Tous les éléments que les investigateurs recherchent se trouvent dans la salle de réunion du parti et dans le bureau. On trouve dans ce dernier un vieux secrétaire en bois, un pupitre et son nécessaire d’écriture, et une armoire croulant sous des dossiers jaunis. Posé au centre du pupitre, un document de deux-cents pages au moins, plus récent à en juger par la teinte du papier, sous chemise en cuir, porte sur la couverture le titre : Das Dunkelheit Projekt, surmonté de deux aigles impériaux dorés imprimés à chaud et du sigle du parti national-socialiste (N.S.D.A.P.). Entre la couverture et la première page sont glissées deux lettres de Hitler, sur du papier qui porte le sceau de la forteresse de Munich. Extraits :

(Non daté) Cher professeur, il devient évident que l’arme que vous avez découverte sera l’instrument de la victoire de notre grande nation. Nous ne devons cependant pas prendre de risques quant à son utilisation : je préconise une série de tests scientifiques sur cobayes humains [...]. Puisque les Juifs sont à l’honneur de cette découverte, il me semble normal que les mêmes Juifs en subissent de plein fouet les conséquences, j’ai donc décidé la construction de bases militaires, une d’abord, une demi-douzaine ensuite, dans lesquelles ces Juifs seraient parqués en attendant d’être confrontés au fléau en question. En leur infligeant les traitements les plus dégradants et les plus pénibles possibles, nous sommes certains que vos Soldats de l’Ombre se régaleront et nous ferons la démonstration de leurs facultés maximales. Courage, nous sommes près de savourer notre succès. A.H.

(Non daté) Professeur, ces Juifs m’étonneront toujours [...]. Figurez-vous qu’un certain monsieur Albert Einstein, appartenant lui aussi à la juiverie, a récemment publié ses travaux sur ce qu’il appelle l’Arme du Chaos. D’après nos informateurs, c’est un membre influent de l’actuelle kabbale qui sévit au Moyen-Orient, et je me demande si son travail a un rapport avec le vôtre. Arrangez-vous pour envoyer l’un de vos gorilles décérébrés là-bas, je VEUX savoir de quoi il en retourne. A.H.

Le document lui-même comporte surtout des plans et des croquis. Il s’agit d’ébauches pour l’édification des camps de concentration, avec des laboratoires d’expériences sur l’homme, des cellules à peine plus humaines que des cages, des chambres de torture, des fours crématoires, et des chambres à gaz. Certaines illustrations détaillent l’utilisation de certains instruments de chirurgie pour obtenir une douleur maximale, et bien qu’il ne s’agisse que de dessins, ils perturbent profondément un esprit sain. Consulter Das Dunkelheit Projekt coûte 1d4/3d6 pts de SAN, donne +2% en Histoire (moderne), et cause certainement d’affreux cauchemars pendant toute une vie.
Il faut maintenant décider que faire d’un tel document. Alerter l’opinion publique n’est peut-être pas une bonne solution, le potentiel d’horreur étant tellement énorme que les gens auront du mal à le croire. Prévenir des autorités gouvernementales semblera plus judicieux. Si les autorités allemandes sont prévenues, des agents secrets de la République de Weimar s’arrangeront pour subtiliser les documents et les faire disparaître, afin que l’Allemagne ne passe pas pour une nation de barbares ; Hitler est déjà considéré comme un fou dangereux, mais on suppose au gouvernement qu’il n’aura jamais l’envergure nécessaire pour accéder au pouvoir et mettre en oeuvre ses plans machiavéliques. Hélas la crise économique de 1929 lui donnera indirectement cette opportunité, et les preuves de sa folie auront depuis longtemps été détruites. Si les autorités françaises sont mises au courant, alors la réaction sera à peu près semblable : une telle cruauté sera niée, le dossier confisqué et jeté dans un coffre haute-sécurité de l’état. Jeté mais pas détruit... En cette période en tout cas, la France veut tout sauf une guerre. Quant à le brûler en espérant empêcher les nazis de sévir, c’est peine perdue. Il existe déjà une copie qui se trouve au siège du parti.
Les dossiers jaunis qui encombrent l’armoire ne sont d’aucune utilité pour les investigateurs : ils concernent des expériences abandonnées ou terminées il y a très longtemps, et même si elles sont d’une cruauté exceptionnelle elles sont menées sur des animaux, ce qui à l’époque n’est pas condamnable.
Dans la salle de réunion, pour peu qu’on arrive à forcer la serrure des armoires en fer, on trouvera tous les dossiers médicaux des militaires que Wolf a soigné, ce qui revient à la liste des membres du parti dont le professeur est proche. Parmi ces dossiers, il y a celui de l’homme qui a agressé l’agent Parvis. En bas de première page, les dossiers comportent un tampon rouge figurant un aigle impérial et le sigle du parti, avec la mention : "Recruté le —/—/—".
Il y a également pas mal d’oeuvres littéraires, tout Nietzsche, Saurel, mais aussi Sade, Goethe, Dante. On trouve des essais univesitaires sur la prétendue inégalité des races, ou encore la théorie du complot des Juifs, sous le titre "La Faute des Déicides". Enfin, on trouve tout en bas, emballé dans des chiffons, un manuscrit dont la première page est titrée : Albert Einstein - mes conclusions sur le chaos atomique ; en voici un résumé :

"J’ai eu la chance inouïe de pouvoir plonger dans la science ancienne de la Parole Très Lumineuse, lorsque j’étudiais à Damas. Je fus alors fasciné par les descriptions et les théories qui fusaient à propos de Daoloth, Celui Qui Lève Les Voiles, le point zéro de toutes les dimensions. Avec le peu de moyens scientifiques de l’époque, les sages parviennent à établir des schémas physiques que je n’ai pu mettre en lumière que très récemment. La formidable effervescence de Daoloth m’a permis de comprendre diverses mécanismes de transformation de la matière, et ainsi achever mes théories sur l’arme atomique. Hélas, je me rends compte à présent que mes travaux seront exploités pour commettre l’irréparable, aussi j’entreprends dès aujourd’hui de tout détruire."

Dénouement :



A présent tous les éléments du scénario sont en place, il reste à lui donner une fin digne de ce nom. Les trois Soldats de l’Ombre invoqués par Simon Grünbaum rôdent toujours, quelque part. Si Joseph a été livré à la justice, il aura été décidé au cours d’un procès expéditif qu’il s’est rendu coupable de manipulation mentale sur ses patients, les poussant au suicide, ce qui lui coûtera dix-neuf ans de prison. Sinon, il tâchera de se faire oublier et ne prendra plus aucun patient, restant cloîtré chez lui. Dans les deux cas, il n’est plus en mesure de fournir des proies aux Sombres Séides, et quelques jours plus tard, on le trouvera mort, les yeux révulsés et le nez en sang, dans une pièce où aucune lumière ne pouvait pénétrer...
Ayant tué le père et le fils, les Soldats de l’Ombre se tourneront vers Goldstein, qui à une époque était proche spirituellement de Simon Grünbaum. Cependant, celui-ci se pendra plutôt que de leur offrir des sacrifices, et les créatures se trouveront livrées à elles-mêmes, c’est-à-dire encore plus nuisibles et avides.
Wolf n’a commis aucun crime sur le territoire français, et ne sera pas poursuivi par la justice allemande pour avoir écrit Das Dunkelheit Projekt, puisque les autorités nient l’existence du document. L’ignoble professeur s’en tirera donc impunément.
Les investigateurs ont exploré toutes les pistes, ils voudront sans doute se reposer quelques temps, et oublier ce qu’ils ont vu en Allemagne. Au cours d’une nuit, leur existence va basculer, car ce sont les Sombres Séides qui viendront à eux. Ils émergent à peine de leur sommeil et sont tous réunis, couchés à même le plancher, dans une pièce très sombre d’environ 50m2 sans aucune ouverture vers le dehors ; une lumière blafarde et malsaine semble pourtant se diffuser entre les lattes du sol. Les murs sont obliques et font des angles saugrenus, des couloir penchés aux contours incertains plongent dans toutes les directions. Un bruit est omniprésent, un grincement qui fait penser que le bois travaille sans arrêt, comme une entité vivante. Il arrive que le plancher se soulève brusquement et retombe avec des craquements sinistres. Les personnages qui ratent leur test de Santé Mentale sont pris de panique et ils rampent sur le sol en vociférant comme des possédés. Après une vingtaine de minutes passées dans cet enfer, les Soldats de l’Ombre font une entrée en scène, la tête baissée tous les trois, en procession lente. La lumière est maintenant totalement asphyxiée, et l’on ne distingue que les corps blanchâtres des démons qui s’avancent, ceints de bandelettes brumeuses et floues. Ils parlent chacun leur tour, faisant vibrer l’air de leur voix râpeuses et métalliques :


- Enfin nous avons parachevé le rituel, après deux mille années de recherche...

- ...l’invocation du seigneur Daoloth va pouvoir se réaliser...

- ...car ainsi parle la prophétie.

- Neuf-cent quatre-vingt dix-neuf images...

- ...racontent de quelle manière Celui Qui Lève Les Voiles...

- ...pourra traverser les interstices du temps et rejoindre ses enfants.

- Quelle ironie du sort...

- ...c’est la mort de Joseph Grünbaum...

- ...qui nous a fourni la clef ultime.

- VOUS serez les témoins de son avénement...

- ...et nous ferons de vous ses adorateurs...

- ...telle est la volonté de Celui Qui Lève Les Voiles."

Ils se mettent alors à exécuter dans les airs une série de gestes cabalistiques. S’ils sont gênés ou interrompus, ils n’hésiteront pas à tuer. Après quelques secondes, ils cessent leur gestuelle, et rien ne semble avoir changé dans la pièce, si ce n’est la sensation d’une nouvelle présence, ou plutôt, d’une myriade de présences en conflit, accompagnées de courants d’air froid et d’un bruit curieux et mécanique, comme un métronome. Tout personnage qui aura plus de 40% en Anthropologie, en Occultisme ou en Psychanalyse ressentira trois sentiments émanents de ces présences : l’hostilité, la tristesse et surtout la folie totale, un chaos de pensées et d’énergies psychiques. Les investigateurs auront peut-être du matériel sur eux, et ceux qui seraient tentés de faire de la lumière se retrouveront en face de Daoloth, une masse infernale de sphères et de cylindres tantôt brillants tantôt dépolis, ce qui leur coûtera 1d10/1d100 SAN, avec perte supplémentaire de 1d10 par round d’exposition. Toute chose qui touche le dieu extérieur se trouve happée et transportée dans une autre dimension. Les Soldats de l’Ombre, inconscients du danger, ne tarderont d’ailleurs pas à pénétrer la masse en fusion, ne laissant aucune trace. Ensuite, une planche sera arrachée du sol et projetée dans le vortex, d’après le bruit. Les personnages n’y voient rien et n’arrêtent pas de se cogner entre eux, mais ils sentent par contre que le sol est en train de se disloquer, absorbé par la présence mystérieuse. Enfin, le sol craque et ils font une chute de quelques mètres sur le sol de pierre de la synagogue. Le plafond béant et totalement déformé vomit des bourrasques glacées et des débris volent dans toutes les directions. Tandis que le bâtiment s’écroule, ils s’efforcent d’échapper au cataclysme. Il appartient au Gardien de décider de leurs chances de s’en tirer vivant. Une fois à l’extérieur, la synagogue s’effondra ou plutôt implosera avec un bruit à déchirer les tympans, puis une pluie de gravats s’abattra sur le quartier.


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