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 Connaissance

Anatomie d’une épée médiévale

mercredi 15 juin 2005, par JyP

Généralités

L’épée médiévale est fondamentalement une lame de métal conçue pour 3 fonctions : couper, parfois trouer, et parer. Très peu d’épées assurent ces fonctions de manière également satisfaisante, et le fait de parer est plutôt une fonctionnalité secondaire (au contraire de ce que montrent la plupart des films).

La plupart des épées médiévales ont des lames larges et droites à double tranchant, avec une extrémité pincée ou effilée, et une hampe cruciforme et droite. La longueur de la lame varie, mais seulement de quelques centimètres.

La lame

Longueur

La longueur dépend en fait de la taille du porteur : celui-ci doit pouvoir toucher ses adversaires lorsqu’il est à cheval et eux au sol, ou inversement. Contre un adversaire muni d’un bouclier, l’épée doit pouvoir atteindre les jambes, la tête et le bras armé. Enfin, plus prosaïquement, il faut pouvoir porter l’épée au côté, de la hanche à la cheville.

Poids

Une épée doit être assez légère pour être transportée et utilisée grosso modo toute la journée en combat. Elle doit être bien balancée, et maniable pour s’en servir de manière efficace. Au contraire de la plupart des films et téléfilms, où les répliques pèsent de 5 à 10 kilos.

Lourde, la lame possède une inertie qui permet des coupes plus fortes, au prix d’une maniabilité réduite (ce qui est crucial lorsque l’on tente de toucher).

Largeur

Une lame doit être suffisamment large pour permettre de l’aiguiser, de meuler les entailles causées par un usage fréquent. De fait, la technologie moyenâgeuse impose une largeur minimale pour que la lame puisse à la fois infliger des coups puissants et garder un minimum de tranchant.

Tranchant

Si le tranchant est fin, les coupures sont plus efficaces, mais il faut l’aiguiser et le réparer plus souvent. Des tranchants avec un angle plus obtus coupent moins bien, mais peuvent permettre d’avoir une lame plus forte, plus apte à parer.

Le tranchant d’une épée médiévale ressemble plus celui d’un burin qu’un couteau de boucher moderne. La lame doit être bien trempée et le tranchant doit être entretenu pour rester bien poli. Tout artefact ou protubérance sur le poli de la lame accrochera à coup sûr. Avec une lame moins bien trempée, un tranchant ne mordra pas dans une cotte de mailles ou même du cuir épais. Un tranchant peut être très effilé mais encore trop mou.

Epaisseur

Cela joue fortement sur le poids bien sûr ;) Entre les deux tranchants, la partie centrale de la lame. Ici, une multitude de possibilités : il suffit de "couper" la lame sur son épaisseur pour le visualiser. Avec une forme en amande, par exemple, la partie centrale n’est pas vraiment délimitée par rapport aux tranchants. Un losange, idem, mais on distingue au moins la délimitation des deux tranchants. Mais ceux-ci ne doivent pas forcément se rejoindre : la partie centrale peut être plate (une forme d’hexagone aplati), voire légèrement concave.

Dans ce cas, on parle du creux de la lame, qui permet d’alléger l’épée sans réduire sa longueur ou sa surface de tranchant. Cela permet également d’ajouter de la rigidité et de la force sans rajouter du poids ou baisser la flexibilité.

Il existe une variété considérable de creux. Ils peuvent être sur une seule face de la lame ou les deux, être profonds et étroits ou peu accentués et larges, se retrouver sur toute la longueur de la lame ou au contraire seulement prêt de la base. Si le creux est profond, cela permet d’alléger la lame sur la moitié inférieure, mais on l’arrête à la moitié pour garder de la rigidité sur la moitié supérieure. Il est également d’avoir plusieurs creux parallèles sur une même face de la lame. Le creux est parfois perçu, par ignorance, comme un sillon permettant au sang de s’écouler.

Au lieu de creuser la lame, il est possible de la renforcer, ce qui améliore la rigidité des lames les plus minces, ou celles utilisées pour combattre des armures de plates.

Solidité

Même si les épées sont prévues pour l’éviter, elles peuvent toutes casser. En tapant trop fort sur le plat de la lame, celle-ci peut se tordre jusqu’au point de rupture. En frappant sur le tranchant sur un point abîmé ou sur un artefact de forge interne, la lame peut craquer et se fissurer. Comme la plupart des lames, après 900, étaient faites en soudant un noyau de fer mou entre deux écailles d’acier, il peut y avoir une petite couture vers le centre de la lame, qui peut faire casser celle-ci si le tranchant est trop endommagé.

Flexibilité

La flexibilité est une caractéristique cruciale de l’acier d’une bonne épée. Celle-ci doit être résistante aux chocs répétés, flexible de telle manière qu’en frappant le bord d’un bouclier elle puisse se courber, se tordre, et revenir à l’état initial par la suite.

Evidemment, plus une lame est solide, moins elle est flexible, et il existe des épées de différentes trempes. Une bonne lame est capable de se tordre d’au moins 8 centimètres (en partant de la pointe) et de revenir à la position initiale, et ce de manière répétée. Les lames des vikings étaient connues pour pouvoir se tordre de 15 centimètres voire plus.

Pointe

Beaucoup d’épées médiévales n’ont pas de pointes prévues pour trouer, car elles misent plus sur leurs tranchants. Les épées médiévales plus tardives ont des pointes plus épaisses spécifiquement prévues pour percer les jointures des armures de plates.

Les épées dont la fonction est de trancher ont des lames larges habituellement sans pointe (pointe ronde ou non aiguisée). Celles qui peuvent lacérer et trouer tendent à avoir des lames plus minces.

Bref, cela est surtout une question de préférence personnelle. Il est intéressant de noter que quelles qu’ai été les armures en face, cela ne semble pas avoir eu une incidence notable sur les pointes des épées.

Du côté de la poignée

La racine de la lame : le tang

Il s’agit de la partie brute de la lame, non polie, qui passe à travers la garde, sert de base pour la poignée, et auquel se rattache le pommeau. Généralement, lorsque la lame rejoint la garde, la partie visible est plus large que la partie cachée, il arrive même que la lame soit plus épaisse à cet endroit pour en améliorer la force.

Le tang doit être assez large pour soutenir des effets de torsions brusques sans casser, mais pas trop sous peine d’altérer l’équilibre et le poids de l’épée. Le métal est également moins trempé, pour absorber les chocs et vibrations. De fait, le tang peut venir ou non de la même pièce de métal que la lame, et le plus souvent il suffisait de battre le métal une fois la garde passée, pour que le tout tienne d’un bloc.

La garde

Une garde simple, cruciforme, est commune : une épée de famille peut voir bien des poignées et gardes différentes, en conservant toujours la même lame. Si aucune source iconographique ne montre la garde étant utilisée pour parer directement une lame, on peut la voir utilisée pour piéger et immobiliser les armes adverses.

En fait, l’utilité principale de la garde est de stopper la main, d’éviter qu’elle se retrouve sur la lame, lorsque l’épée est utilisée pour trouer. L’utilité secondaire est de protéger la prise à l’épée quand celle-ci percute un bouclier (entre l’extrémité de la garde et le pommeau, tout l’espace interne est protégé), et c’est seulement en troisième position qu’on retrouve la fonction de protection de la main face aux armes adverses.

Les grosses coques spécifiques à la Renaissance n’ont pu voir le jour que pour des armes principalement prévues pour trouer, où le poids relatif de la garde n’était pas un obstacle, et où il n’y avait pas des besoins de maniabilité pour changer de tranchant, ou pour immobiliser les armes adverses. En bref, ces coques sont bien moins intéressantes sur une lame prévue pour trancher.

La poignée

Pour faire une poignée, au-dessus du tang, il est possible d’utiliser du bois, de la corne ou de l’os, mais ces matériaux peuvent être glissants dans une paume en sueur. Des anneaux de métal, de cuir ou du fil de fer était donc utilisés pour une meilleure prise, surtout en conjonction avec des gants de cuirs ou des gantelets de fer. La prise peut également être couverte de lin, velours, ou corde, avec une sous-couche de cuir.

Sur une épée prévue pour couper ou faire des estafilades, la prise n’est habituellement pas ronde, mais plutôt ovale, assez plate. Par contre, une épée prévue pour trouer a plutôt une prise ronde, à cause de la prise spécifique à ce type d’arme (comme des rapières). Enfin, les épées bâtardes ou à deux mains plus récentes pouvaient avoir des poignées octogonales, ou carrées aux angles arrondis.

Nous en venons donc à la longueur des poignées : une poignée longue permet de manier plus facilement le poids excédentaire d’une lame large, et d’utiliser une seconde main, ce qui peut être nécessaire face aux armures les plus lourdes. Ces poignées peuvent avoir une protubérance au milieu de la prise, permettant de faciliter leur usage à une main ou deux mains. D’autres prises sont spécifiquement conçues pour un usage à deux mains uniquement. A noter que pour la prise dite "à une main et demi", la protubérance est habituellement plus proche du pommeau que de la garde.

Le pommeau

Le rôle du pommeau est avant tout d’empêcher la main de glisser de la poignée, et il sert également de contrepoids. Il permet de bloquer le tang, de lier ensemble la garde et la lame. Un pommeau de mauvaise taille rend une épée mal balancée et malaisée à utiliser.

Il existe une très grande variété de pommeaux, certains étant spécifiques aux épées à une main et plus confortables contre la paume, d’autres plus appropriés pour des lames larges. Ils peuvent être prévus pour être agrippés par la main ou non, voire pour fonctionner avec des gantelets d’armures.

Ricasso et annelets : en route vers la Renaissance

En décrivant une épée médiévale, j’ai sciemment laissé en dehors de la description les différentes prises possibles pour tenir une épée : diverses techniques y sont rattachées, comme le fait de laisser glisser sa main vers le pommeau lors d’une frappe, pour augmenter la puissance du coup au risque d’un désarmement.

Une des techniques consiste justement à mettre l’index par-dessus la garde, à la base de la lame. Cela permet d’avoir plus de précision lorsque l’arme est utilisée pour trouer, avec le désavantage d’exposer le doigt aux attaques adverses, et de diminuer la force des attaques tranchantes.

Les épées conçues pour trouer peuvent donc favoriser cette technique, principalement par les biais suivants :
- ne pas aiguiser la partie de la lame la plus proche de la garde, pour éviter de se couper le doigt. Cette partie de la lame est alors appelée ricasso,
- mettre en place des anneaux rattachés à la garde, qui permettent de placer l’index sur la lame en le protégeant. Ces anneaux peuvent se situer du côté du plat de la lame, ou au contraire au niveau des tranchants.

Cette technique a bien entendu beaucoup gagné en popularité à l’approche de la Renaissance, mais elle était connue tout au long du moyen-âge. La plupart des épées bâtardes ou épées à deux mains de la fin du quinzième siècle portaient ces anneaux.


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Les commentaires sur cet article

2014-01-02 16:53:41 - Lord Doom

En fait, toutes les parties de l’épée servent à tuer et pas uniquement la lame.
- le pommeau sert à défoncer le crâne au corps à corps
- le quillon à perforer la gorge
et ce dernier est également très utile lors de la prise de fer (de lame), notamment dans l’école d’escrime allemande

enfin, les lames n’ont pas besoin d’être aiguisées. Par expérience, une lame d’une épée bâtarde (ou une main et demi) perfore et tranche sans peine la chair.
Les épées ont commencée à être vraiment aiguisées sur les 20 premiers centimètres avec l’école italienne.

2008-12-15 00:51:37 - Orion

Un article de bonne qualité mais comprenant quelques erreurs, notamment de vocabulaire.

La partie de la lame qui se trouve à l’intérieur de la poignée se nomme la soie.
La partie par laquelle on saisit l’épée est la fusée.
Le terme poignée désigne l’ensemble garde + fusée + pommeau.
Le dit pommeau, souvent une pièce de métal massive, sert aussi d’arme contondante, à ne pas négliger.
Enfin, il est dommage de ne pas mentionner les trois parties de la lame que sont le faible, le moyen et le fort, qui sont respectivement le tiers supérieur, médian et inférieur de la lame (si la pointe est en haut). Ils sont ainsi appelés en raison de la pression que peut exercer le bras à cet endroit en tenant l’épée normalement : en effet, on aura bien plus de puissance sur la partie de la lame la plus proche de soi (le "fort") que sur la partie vers la pointe (le "faible"). Les plus sceptiques pourront facilement s’en convaincre en testant avec n’importe quel objet pouvant être tenu comme une épée : demandez à quelqu’un de tenir la "pointe" et de résister à votre appui, il n’aura aucune difficulté. En revanche, en tenant la "lame" près de votre main, il sera emporté par votre pression.

En résumé, je trouve dommage de se référer à un seul ouvrage, en anglais qui plus est, alors que les documents sur le sujet abondent, y compris dans notre langue de Molière.

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