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Livre des cinq anneaux

Arts Floraux et Paysagisme

jeudi 13 novembre 2014, par Mageax

Cet article est une présentation simplifiée des différents arts floraux traditionnels rokugani (L5R)

1- Ikebana
2- Bonsai
3- Teien

Ikebana (生け花)

L’ikebana ("fleurs vivantes") ou kado (華道/花道, "la voie des fleurs") est l’art de la composition florale visant à réaliser une création harmonieuse à la fois esthétiquement et spirituellement.
Un ikebana est similaire à un haiku au sens où les deux utilisent des moyens limités pour évoquer une réalité plus grande. Le Clan de la Grue attribue l’invention de l’ikebana à Dame Doji et cet art est largement apprécié et pratiqué à travers le clan. Même si les soldats les plus endurcis des Daidoji ne le pratiquent pas, la plupart d’entre eux en possèdent chez eux pour marquer des occasions spéciales et veillent à ce que leurs filles soit formées à cet art. Parmi les courtisans Doji et les artisans Kakita, il est considéré comme une nécessité d’avoir une connaissance conséquente de l’ikebana et à travers les années, de nombreux Asahina ont publié des ouvrages expliquant comment l’art de l’ikebana peut promouvoir l’harmonie spirituelle.
La plus grande partie du reste de l’Empire suit la direction donnée par le Clan de la Grue, les clans du Lion, du Phénix et du Scorpion produisant de grands maîtres de cet art. Les Yoritomo du Clan de la Mante le trouvent souvent trop minimaliste pour leur goût tandis que les Moshi se délectent de son élégance naturelle. Les Kitsune, que ce soit avant ou après avoir rejoint le Clan de la Mante, apprécient l’ikebana et sa connexion avec la beauté de la nature. Bien que les Dragons et les Licornes n’aient que peu d’intérêt dans l’ikebana, le Clan du Crabe est le seul à ouvertement exprimer son dédain envers cet art, le considérant comme un exemple parfait du gaspillage frivole que l’on trouve sur les terres Grue.
L’ikebana est largement méconnu parmi les heimin, mais moines et geisha l’étudient fréquemment, bien que pour des motifs très différents.

La composition florale crée une harmonie de construction linéaire, de rythme et de couleurs, mettant en valeur aussi bien la fleur elle-même que les tiges, les feuilles, les branches et même le vase. La structure complète de l’arrangement floral est axée sur trois points principaux symbolisant le ciel, la terre et l’humanité à travers les trois piliers : asymétrie, espace et profondeur.

Les fleurs peuvent alors être arrangées en "tatebana" (c’est à dire verticalement, avec une fleur haute et deux plus basses) ou en "moribana" (c’est à dire horizontalement dans un plat ou un panier). De même, le formalisme de l’arrangement lui donne sont cachet et chaque ikebana, expression de l’esprit qui l’a fait, tend vers l’un des pôles que sont "shin" (strict, imposant, traditionnel, symétrique) et "so" (léger, spontané, asymétrique, imprévu, libre), ou "gyô" (entre shin et so).

Deux notions sont souvent citées pour exprimer l’essence de l’ikebana :
- Le fûryû qui implique simplicité, discrétion et l’amour d’une beauté naturelle, sans ostentation. Le fûryû se détourne de l’exhibition et manifeste une sérénité. Le Tao tient une place importante dans le développement de cet esprit.
- Le wabi c’est le raffinement dans la simplicité, l’élégance rustique, la noblesse sans sophistication, la beauté réduite ou plutôt ramenée à sa simplicité essentielle. Une simple fleur parfaitement disposée dans un vase discret peut l’exprimer.

Les Styles

Voici les principaux styles d’ikebana. Ils se différencient par leurs proportions, elles-mêmes souvent liées aux dimensions du vase. Par exemple pour le style Nageire, il existe trois formes définies en fonction de leurs proportions : la hauteur du Shin est généralement 1,5 fois la hauteur du vase plus sa largeur, celle du Soe se situe entre deux tiers et trois quarts de la hauteur du Shin et celle de Tai est comprise entre un tiers et la moitié de la hauteur du Shin.

Rikka (立花)
Utilisé comme décoration pour les cérémonies et les fêtes. Le style rikka reflète la splendeur de la nature et l’expose. Les vases du style rikka mesures entre 20 et 30cm de haut et possèdent une embouchure évasée. Les matériaux forment un groupe compact, s’élèvent du centre du vase et donnent à la composition une forme triangulaire caractéristique. On utilise sept ou (plus rarement) neuf branches dans cette composition. C’est un style extrêmement codifié : le Sendenshö, ouvrage de référence en matière d’ikebana traditionnel, codifie cinquante-trois bouquets pour chaque occasion de la vie : mariage, majorité d’un garçon, départ d’un guerrier...

Seika (活花) ou Shōka (生花)
Version épurée du style rikka, il n’utilise que trois branches asymétriques dans sa composition. Le résultat doit restituer la pousse de ce végétal telle que dans la nature. D’apparence très simple, il est l’une des forme d’ikebana les plus complexes à mettre en oeuvre car il faut une connaissance intime des "Shussho", ou caractéristiques propres à chaque plante. Le vase du Shoka est plus qu’un simple contenant puisqu’il représente la source de vie, la base de la composition étant comparée à une étendue d’eau. Il est généralement symétrique et évasé à l’embouchure. Vu de face, les branches doivent former une ligne verticale unique sur les 6-8 premiers centimètres

Nageire (投げ入れ, "jeté")
Mettant en avant la spontanéité et l’intuitif, le style nageire est souvent réalisé en moribana (horizontalement dans un plat ou un panier) en donnant l’impression d’avoir été jeté dans le contenant, renforçant l’impression de "naturel" dans l’arrangement. Lorsqu’il est composé dans un vase à la vertical (tatebana), le bouquet est alors incliné ou en cascade aucun artifice n’est utilisé pour faire tenir les fleurs. Ce style est souvent utilisé dans les cérémonies du thé les moins formelles.

Chabana (茶花, "fleurs de thé")
Utilisé lors des cérémonies du thé. Dans ce style, les fleurs sont arrangées dans un vase aussi naturellement que possible et quels que soient les matériaux utilisés. Les vases utilisés sont généralement cylindriques et haut possédant souvent une ouverture étroite. Dans cet esprit minimaliste, les chabana sont souvent constitués d’une fleur unique.

Exemples de Symbolisme en Ikebana
¤ Le bourgeon et le bouton symbolisent l’avenir, le futur.
¤ La fleur ouverte évoque l’épanouissement.
¤ Le lichen fait référence au passé.
¤ Le pin est le symbole de la longévité. Les aiguilles de pin allant toujours de paire c’est aussi le symbole des époux.
¤ Le bambou se courbe un moment sous le poids de la neige mais se redresse toujours. Il représente la vitalité mais aussi la prospérité de par son développement rapide.
¤ Les fleurs de pêcher représentent la féminité.
¤ Le chrysanthème blanc évoque rivières et ruisseaux.
¤ Le prunier fleurit même par temps froid. C’est donc le symbole de la force vitale.
¤ Les branches de pin symbolisent les rochers et les pierres.
¤ L’asymétrie renvoie vers l’idée de mouvement et de vie.

"Je m’attends à ce que le soleil se lève demain à l’ouest et à ce que des feuilles d’orme teintées d’or reviennent se percher sur leurs branches, car aujourd’hui j’ai vu l’ikebana d’une Matsu. Une Matsu ! Et pas n’importe quelle épouse de seigneur qui se serait jointe à la famille par mariage. Matsu Tae est un bushi qui s’est prise d’une passion pour l’art car, m’a-t-elle expliqué, il lui permet de se libérer l’esprit et de se concentrer avant la bataille. Si c’est véritablement le cas, je me réjouis de ne devoir jamais l’affronter au combat ; le simple fait de la voir tailler des fleurs était terrifiant. En tout cas, ses arrangements étaient plutôt bien faits. Takauji les a critiqués durement, relevant les erreurs qu’elle avait commises mais je crois qu’il s’est mépris à leur sujet (comme d’habitude). Je crois que ses erreurs avaient été commises délibérément. Chacun de ses arrangements n’en comportait qu’une et elle n’a jamais commis deux fois la même. Ce n’est pas ce que l’on observe quand une personne ne sait pas ce qu’elle fait. C’est plutôt ainsi qu’une personne explore les limites du bon goût. Qu’il est malheureux qu’on ne puisse la faire entrer à l’académie. Peut-être pourra-t-elle passer l’hiver dans la cour de Shiba ? Eux sauront peut-être quoi faire d’elle."
- Extrait du livre de chevet de Doji Barahime

La Cérémonie des Fleurs
A l’instar de la cérémonie du thé, l’ikebana n’est pas seulement une pratique personnelle mais également une forme de communication sociale. Comme pour celle-ci, la cérémonie des fleurs se déroule entre un hôte et son invité.
Dans un premier temps, l’invité se recueille devant la niche (tokonoma) où sont placés la composition florale et le tableau (kakemono) préparés par son hôte. Puis il porte toute son attention sur la composition pour s’imprégner de l’esprit qui a inspiré sa réalisation.
Dans un second temps, le maître de maison invite son hôte à confectionner lui-même un bouquet. Il lui fournit le matériel pour cela et se retire. L’hôte s’agenouille alors et, assis sur ses talons, examine les végétaux et la coupe qu’on lui a confiés. En les regardant, il laisse naître en lui une inspiration qui va guider son travail. Celui-ci dure le temps qu’il faut.
Dans un dernier temps, le maître de maison invite ses hôtes et sa famille à venir admirer l’œuvre. Tout le monde se met en demi-cercle autour des deux bouquets et les contemple en silence en essayant de communier à ce que leurs auteurs ont voulu exprimer.

Kusamono (草物)
Littéralement "chose d’herbe", le kusamono est une présentation en pot d’herbes ou de fleurs sauvages exposée en solitaire. Il est souvent exposé dans le tokonoma (petite niche dans une maison).
On parle de shitakusa ou « plantes d’accompagnement » lorsque le kusamono est placé en accompagnement d’un bonsaï et qu’il n’est donc pas l’objet principal de l’exposition. Ils sont alors souvent un indicateur de saison. Ils peuvent aussi mettre en valeur un aspect du bonsaï. Une plante gracile et haute mettra en valeur la rudesse d’un tronc solide et une plante trapue et ramassée sur elle-même mettra en valeur l’élégance d’un tronc fin et gracieux.

Bonsai (盆栽)

Un bonsai est un arbre ou une plante dans un pot. Ce mot signifie littéralement une plante (généralement un arbre ou un arbuste) cultivée sur un plateau ou dans un pot (盆 bon signifiant coupe ou plateau et 栽 sai, plante).

Cet arbre est miniaturisé par des techniques de taille particulières, et en ligaturant ses branches. On le rempote régulièrement afin de tailler ses racines internes ainsi que celles qui joignent la surface du pot (le nebari), afin d’en faire une œuvre d’art esthétique ressemblant à l’arbre dans la nature.
La culture est plus délicate que pour un arbre plus grand : le pot à bonsaï étant de petite taille, la terre va s’assécher très rapidement et demander des soins constants, en été par exemple, où plusieurs arrosages quotidiens sont nécessaires.
Les bonsaïs sont habituellement groupés en trois catégories, selon leur dimensions, on les classe souvent d’après « le nombre de mains » qu’il faut pour les transporter, ainsi :
- Mame ou Shôhin : bonsaï à une main (jusqu’à 13 cm pour les Mame, et jusqu’à 23 cm pour les Shôhin), souvent très fascinant pour l’amateur ; on parle souvent de « mini-bonsaï ». Cette taille restreint de manière importante le nombre des variétés qui sont susceptibles d’être travaillées en mame : de trop grandes feuilles qui seraient difficilement réductibles donneraient à l’arbre une disproportion inesthétique (quelques variétés répandues : Buxus, Lonicera nitida, Acer palmatum, Pinus pentaphylla, Ulmus parvifolia, Juniperus chinensis, et Serissa, Carmona, Portulacaria).
- Kotate-mochi ou Komono : bonsaï à deux mains, de 15 à 60 cm, jusqu’à 130 cm, puis Chūmono jusqu’à 60 cm, est sans doute le plus répandu parmi les amateurs ; sa taille permet de travailler sa structure et sa ramification avec beaucoup plus de finesse, et ainsi donne plus de liberté créatrice au bonsaïka (pratiquant de l’art du bonsaï). À peu près toutes les variétés conviennent à cette catégorie.
- Ômono : bonsaï à quatre mains (il faut en effet deux personnes pour porter ces grands bonsaïs), de 60 cm à 1,20 m voire plus, était autrefois un signe de la prospérité du propriétaire ; aujourd’hui, il reste un bonsaï imposant, et souvent vénérable par son âge.

Il existe une classification des différents styles de bonsaïs en fonction de la forme qui leur est donnée.
Bien souvent un bonsaï fait partie de plusieurs styles distincts, il n’existe aucune loi rigide dans la création d’un bonsaï du point de vue esthétique.
La création des styles renvoie constamment aux formes des arbres dans la nature ; les sensei conseillent d’ailleurs de ne pas s’inspirer de la forme d’autres bonsaïs, mais directement des arbres dans la nature. Le bonsaï ne cherche pas le mimétisme avec la nature, mais l’évocation en miniature de la puissance de l’arbre : il doit posséder l’essence d’un grand arbre.
Quelques exemples de styles parmi les plus significatifs :

Chokan
Tronc droit formel. Très apprécié des puristes, la ligne que dessine le tronc est difficile à obtenir, il doit en effet être conique tout en restant parfaitement droit.

Tachiki (ou Moyogi)
Tronc droit informel. Le tronc révèle quelques courbes, il est parfois le résultat d’un Chokkan raté ; néanmoins, l’arbre peut être très esthétique.

Shakan
Tronc incliné, comme penché par le vent.

Kengai
Tronc en cascade, il retombe en dessous du pot. De nombreux arbres poussant à flanc de montagnes donnent l’impression de « tomber dans le vide ».

Bankan
Tronc tortueux s’enroulant sur lui-même en torsade. Il s’inspire des arbres qui ont eu des difficultés dans leur croissance.

Bunjingi
dit "style du lettré", du fait que ses créateurs étaient des personnages de l’aristocratie : ce style se distingue fortement des autres : le tronc mince reste dénudé sur une grande partie avant de montrer quelques masses de feuillages uniquement dans la partie aérienne. L’ensemble donne une impression de légèreté et une grande élégance.

Hôkidachi
En forme de balai, le tronc droit distribue tout le feuillage à partir du même point (situé au tiers ou à la moitié de l’arbre). Le feuillage se répand de part et d’autre dessinant un rond ou un ovale. Le Zelkova carpinifolia (ou Zelkova serrata) est l’arbre représentatif de ce style dans la nature, ainsi on le traite souvent en bonsaï, sa ramification fine met en valeur ce style en hiver.

Fukinagashi
Battu par le vent, à la différence du Shakan, les branches et le tronc expriment un même mouvement. C’est le seul style pour lequel on admet que les branches croisent le tronc.

Ishitsuki
L’arbre (ou les arbres) est planté dans la roche (celle-ci contient de la terre). Ce style représente les îlots rocheux qui bordent les côtes de Rokugan.

Ikadabuki
Tronc en radeau, l’arbre, couché par terre crée de nouveaux troncs avec ses branches. Représente un arbre tombé qui repart sur ses branches pour en faire ses nouveaux troncs, situation facilement observable dans les forets de feuillus.

Les bonsaïs peuvent atteindre un âge très respectable. Le plus vieux bonsaï connu serait un Pin Blanc, datant de l’an 700, et toujours visible à Otosan Uchi.
Au fil des années, les techniques ont évolué, ce qui permet à l’amateur de changer la hauteur et la direction de la croissance de l’arbre, et dans certains cas de nanifier le feuillage de la même façon que l’arbre. Aujourd’hui, la culture des bonsaïs est un art : de la sculpture vivante. Il y a certaines formes classiques et traditionnelles que l’on peut trouver et suivre, mais la règle de base pour les bonsaïs personnels est « si tu aimes ce à quoi il ressemble, c’est un beau bonsaï ».
Durant les exposition de bonsai, ils sont très souvent associés à un kusamono (voir plus haut) ou à une suiseki (水石, pierre naturellement travaillée par l’eau).
On pense souvent que les bonsaïs sont obtenus à partir d’arbres spécifiques à cet art. Il est vrai que certains arbres sont plus couramment utilisés, notamment les essences d’arbres à petites feuilles à l’état naturel et qui seront donc plus simple à nanifier que les autres, mais un bonsaï peut être créé à partir de n’importe quelle essence d’arbre ou de buisson. Les essences les plus classiques sont les pins noirs (Pinus thunbergii), les pins à cinq aiguilles (Pinus parviflora), les genévriers (Juniperus chinensis var. Sargentii), et les érables.
En général, on utilise des variétés à petites feuilles, fleurs et fruits. Il est à noter que si certaines techniques permettent de réduire la taille des feuilles (défoliation et autres), celle des fleurs et des fruits n’est jamais modifiable.

Teien (庭園, Jardin)

Initié par Dame Doji dans son jardin de fleurs (devenu plus tard les Jardins Fantastiques des Terres Doji), le paysagisme est un art qui se retrouve aussi bien dans les demeures privées, dans les parcs des villes que dans les lieux historiques. L’aménagement de jardins est un art important et respecté, partageant des codes esthétiques avec la calligraphie et le lavis. Le jardin rokugani cherche à interpréter et idéaliser la nature en limitant les artifices.
Le jardin classique rokugani essaye de recréer l’apparence d’un paysage naturel sur une petite échelle (bien que ceux des terres Grue puissent avoir des proportions impressionnantes) et incluent généralement une caractéristique aquatique sous la forme d’un petit cours d’eau ou d’un étang. Ce type de jardin est particulièrement apprécié du Clan de la Grue pour son évocation de la beauté simple de la nature, sans parler du fait qu’ils offrent un cadre idéal pour les fêtes et autres rencontres sociales. Les samourai ou riches marchands qui souhaitent avoir un jardin classique mais qui ne peuvent se permettre de creuser un cour d’eau ou un étang artificiel suggèrent souvent cet élément par des cailloux de différentes formes pour signifier le lit du cours d’eau.

Les Jardins Fantastiques Doji

La composition d’un jardin suit trois grands principes : la reproduction de la nature en miniature, le symbolisme et la capture de paysages.
La miniaturisation a pour but la représentation de scènes différentes (montagnes, lacs, rivières, mer) dans un espace restreint ; en plus d’une réduction de taille, elle opère sur une réduction de la complexité — la simplicité est une caractéristique importante dans la plupart des styles.
La perspective est liée au principe de miniaturisation : en jouant sur la taille des éléments proches et lointains (par exemple, en plaçant de grands arbres au premier plan et des arbres plus petits à distance), il est possible de donner l’illusion d’espace à certaines zones du jardin.
La perspective du jardin rokugani repose sur le « principe des trois profondeurs » de la peinture traditionnelle, avec un premier plan, un plan intermédiaire, et un plan lointain. Les vides entre plans sont occupés par des plans d’eau, de mousse, ou de sable.

Le symbolisme sert au travail de simplification. Parmi les représentations symboliques les plus fréquentes, un gros rocher isolé figure une montagne célèbre (comme le Mt Sengen, ou un mont important des terres alentours mais non visible depuis le jardin). Deux îles ou deux pierres côte à côte, une basse et aplatie, l’autre élevée, représentent une tortue et une grue, qui elles-mêmes symbolisent la longévité et le bonheur. Des groupes de rochers peuvent représenter Shinsei et ses disciples : huit figures représentent alors Shinsei entouré des Tonnerres.
Ce symbolisme se raffine avec le temps : les premières îles « grue et tortue » ont des formes évidentes, qui sont de plus en plus suggérées au fil des générations. L’influence du shinseisme ajoute le symbolisme de la partie pour le tout, et mène à un niveau extrême d’abstraction.
Enfin, l’emprunt de paysage utilise des éléments distants extérieurs au jardin (bâtiments, collines, mer) dans sa composition scénique ; elle agit de concert avec les limites imposées du jardin pour l’insérer dans un contexte plus large.

Le shakkei (借景, « paysages empruntés » ou « emprunt du paysage ») est une technique utilisée pour donner l’impression d’un jardin aux dimensions infinies. Des arbres ou buissons dissimulent les limites réelles du jardin, et des éléments distants (naturels comme des montagnes, ou construits comme des temples ou des pagodes) sont « capturés » dans la composition du jardin.
Le shakkei recourt à quatre plans de composition distincts :
- l’avant-plan joue un rôle relativement mineur,
- le second plan utilise des éléments soigneusement positionnés pour lier le jardin aux paysages distants, et entraîner le regard vers ceux-ci,
- le troisième plan est constitué par les limites du jardin (arbres, haies, murs) qui dissimulent les structures environnantes non désirées et créent le cadre qui permet de voir ces paysages lointains ; ces limites doivent être irrégulières et discrètes pour renforcer le lien (et ne pas causer de rupture voyante) entre le jardin et le paysage,
- le paysage emprunté lui-même constitue le quatrième plan.
Ainsi, les montagnes situées au-delà du jardin semblent lui appartenir, et on pense pouvoir s’y rendre par les multiples chemins qui se perdent derrière les rochers.

Le jardin est souvent organisé autour d’un bâtiment (comme une résidence ou un temple) depuis lequel il est destiné à être vu. Au-delà de l’architecture propre au bâtiment, on retrouve la plupart des éléments suivants dans de nombreux jardins :

• des rochers, choisis pour leur forme, leur taille, leur couleur et leur texture.
Les rochers jouent un rôle essentiel dans les jardins, issu de leur rôle d’abri des kami. Ainsi, le Sakuteiki s’ouvre sur le titre : Ishi wo taten koto ("L’Art de disposer les pierres"). Les rochers apportent une forte note « organique » au dessein d’ensemble. Ils sont regroupés, à la manière de sculptures, à des fins d’illustration et de transition (entre une maison et son jardin, par exemple). Les compositions comportent souvent 2, 3, 5 ou 7 éléments.
Les roches sédimentaires (suisei-gan) sont lisses et arrondies ; elles sont placées au bord des plans d’eau, ou servent de pierres de gué. Les roches magmatiques (kasei-gan) sont d’aspect plus brut ; elles servent elles aussi de pierres de gué, mais surtout d’accents forts. Elles symbolisent souvent des montagnes. Les roches métamorphiques sont les plus dures et les plus résistantes ; on les trouve près des chutes d’eau et des torrents.
Dans l’esprit du wabi, les rochers sont sélectionnés en fonction de leur forme et de leur texture, et transportés dans leur état d’origine (leur position naturelle est même souvent conservée dans le jardin), mais certaines pierres peuvent être taillées (kiriishi), puis utilisées comme tabliers de pont, comme bassins d’eau, ou comme lanternes. Il s’agit le plus souvent de roches sédimentaires, les plus simples à tailler.

• de l’eau : mares, rivières, chutes ; dans le cas d’un lac central on y trouve souvent une île, et un pont ou des pierres de gué menant à l’île ; les étendues d’eau contiennent fréquemment des carpes koï ; les fontaines bien qu’existantes sont relativement rares.
L’eau joue un rôle purificateur dans la vénération des kami, et un rôle esthétique dès les premiers jardins. Les plans d’eau sont souvent dessinés en forme d’idéogrammes, et presque toujours de manière irrégulière et asymétrique. La plupart sont alimentés par des cours d’eau naturels, certains utilisent des canalisations. Les cours d’eau sont eux aussi aménagés : pour représenter des torrents, ils sont étroits, tortueux, et leur lit est couvert de pierres ; pour représenter des rivières côtières, ils sont larges, presque droits, et bordés d’herbes sauvages ou de fleurs.
À l’endroit où un cours d’eau se jette dans un plan d’eau, on trouve une petite chute d’eau, marquée par une formation de rochers. La disposition des rochers et des filets d’eau suit une classification millénaire introduite dans le Sakuteiki. Le visiteur peut franchir les étendues d’eau à l’aide d’une multitude de ponts. Les plus simples sont une succession de pierres de gué, les plus élaborés sont sculptés en bois (parfois peint) ou en pierre.

• des éléments décoratifs : lanternes (traditionnellement de pierre), pagodes, statues, bassins d’eau, shishi-odoshi (mécanismes faisant du bruit pour écarter les chevreuils ou les sangliers),
Les lanternes sont apparues avec les jardins de thé (voir plus loin). Elles sont utilisées pour éclairer le jardin de nuit, et pour le décorer de jour. Les premières lanternes étaient en bronze, les plus courantes sont en pierre, certaines sont en bois. Il existe des dizaines de styles différents, avec différents niveaux de complexité et de formalisme. Un autre élément apparu avec les jardins de thé est le bassin d’eau (tsukubai), creusé dans une pierre, tout près du sol. Il est alimenté en eau par une conduite en bambou appelée kakei. Dans les jardins d’agrément, ces bassins peuvent être en bronze comme en pierre, ils sont plus hauts, et l’eau permet de refléter le ciel ou des arbres environnants.
Quelques jardins comprennent des petites pagodes, purement décoratives. Elles se trouvent au bord des étendues d’eau (où elles se reflètent), ou au sommet de collines artificielles. On trouve parfois également des statues. Dans les jardins des temples, elles sont le plus souvent en bronze ; dans les jardins d’agrément, elles sont plutôt en pierre.

• des chemins de terre, de gravier, ou de pierres : De nombreux jardins comportent des chemins en terre battue, qui peuvent être recouverts de graviers, de pierres plates ou de dalles. Outre leur aspect pratique, ils participent à la composition du jardin : d’une part, l’agencement plus ou moins régulier de pierres elle-mêmes plus ou moins régulières suggère différents niveaux de formalisme ; d’autre part, en guidant le visiteur, ils offrent des points de vue choisis par le paysagiste ; enfin le « pas japonais » (passe-pied en pierre imaginé par les maîtres de la cérémonie du thé pour relier le pavillon du thé en traversant le jardin sans salir son kimono) permet de circuler à travers la pelouse, les parterres ou les massifs d’arbustes en suggérant une "vitesse de circulation".

• une bordure comme une haie, une palissade ou un mur de facture traditionnelle : les jardins rokugani sont systématiquement clos, bien que différents points de passage puissent être prévus.

• un salon de thé ou un pavillon

• du sable ou du gravier, sur lequel sont dessinés des motifs. (voir le paragraphe "Karesansui")

Ces éléments peuvent être réels ou symboliques : dans un jardin sec, l’eau est représentée par des graviers.

Chaniwa, le jardin de thé
La pratique et le développement de la cérémonie du thé a provoqué la construction de nombreuses maisons de thé et salles de thé. On y accède par un « chemin de rosée » (roji, allusion à un sûtra parlant d’un tel chemin où l’on renaît après avoir échappé aux désirs matériels), d’où l’autre nom, rojiniwa, donné à ces jardins (sotorojiniwa correspond au « jardin extérieur » qui mène de l’entrée au pavillon d’attente).
La conception de ce chemin de pierres (tobi-ishi, 飛石) obéit à des règles complexes et strictes : il mène aux différents lieux de la cérémonie, qui nécessitent chacun des pierres appropriées pour y arriver, ce qui dicte l’emplacement et l’espacement des autres pierres. Leur forme suggère de plus la marche à suivre : les petites pierres indiquent un chemin à suivre sans s’arrêter, les grandes pierres sont des plates-formes propices à l’observation du jardin. (Sen no Rikyū conseille une proportion de trois cinquièmes pour la marche, et deux cinquièmes pour l’observation.) Sur le chemin, on découvre ainsi quelques lanternes, un bassin d’ablution (tsukubai) et quelques arbres qui forment autant de petites scènes propices au détachement et à la méditation, qui sera poursuivie lors de la cérémonie. Un second jardin est parfois visible depuis la salle de thé elle-même, il est alors très simple et réservé, et doit exprimer les idéaux de wabi et sabi (« rusticité » et « tranquillité »).
Les jardins de thé sont issus des jardins contemplatifs des temples zen, mais on y marche au lieu d’y rester immobile. Historiquement, il s’agit des premiers jardins explicitement conçus pour être vus en marchant.

Kaiyūshiki teien
Un kaiyūshiki teien est un jardin de promenade, organisé autour d’un lac, à découvrir le long d’un sentier qui en fait le tour. Il utilise le principe de miegakure (見隠, « cacher et révéler ») pour dévoiler différentes scènes à partir du sentier, et fait souvent appel au shakkei pour intégrer les panoramas distants à ces scènes.

Hanashi Niwa : le Jardin-histoire
Les Hanashi Niwa ou Jardins-Histoire sont l’une des plus fabuleuses créations de Rokugan. Le premier à créer de tels jardins fut un shugenja Agasha mais les autres clans se mirent rapidement à cette pratique (principalement les Lions et les Grues). Les jardins-histoire sont des labyrinthes dont les corridors ne sont pas linéaires. En entrant dans le dédale, on ne peut que remarquer comment chaque branche tordue, chaque fleur éclose et chaque pierre lisse a été placé là délibérément. Chaque jardin est dévoué à une histoire particulière qui est racontée aux visiteurs tandis qu’ils parcourent les méandres du labyrinthe. L’un des jardins-histoire les plus impressionnants de Rokugan est certainement celui situé à Shiro Mirumoto qui raconte la vie de Mirumoto jusu’à ce qu’il entre dans l’Outremonde le Jour des Tonnerres.

Karesansui (枯山水, "Monts et eaux sèches")
C’est durant le règne de Hantei IX qu’un moine Togashi reprit la suggestion de l’eau par sa représentation sous la forme de cailloux en poussant cette logique à l’extrême et en créant un jardin entièrement fait de rochers, de cailloux et de sable. Ce nouveau style de jardin, appelé justement Jardin Sec ou Jardin de Pierres, se répandit rapidement à travers l’Empire, les Grues consacrant une partie de leur jardin classique pour cette nouvelle forme et les Crabes l’accueillant de tout leur coeur. Chaque château Crabe contient un jardin de pierres et il est courant de trouver de tels jardins près des baraquements le long du Mur, chacun d’eux entretenu par le bushi de garde. La Fraternité de Shinsei apprécie également les jardins secs qu’ils considèrent comme des aides à la méditation et à la sérénité spirituelle.

Un jardin sec est composé de sable, rochers, graviers et de mousse, en général sans autres plantes. L’eau est suggérée par le sable (砂, suna) ou les graviers (jari), où sont dessinés au râteau des motifs de vagues.
Ces motifs sont quotidiennement redessinés ; les motifs ondulants tracés sur le sable donnent une impression de mouvement, et offrent un contraste net avec les rochers, statiques.

Notes

Références : Emerald Empire ; l5r.wikia.com ; buddhachannel.tv ; clickjapan.org ; ikebanabyjunko.co.uk ; Wikipedia


Encadrement arrondi
Les commentaires sur cet article

2015-01-13 23:00:32 - Razorbill

Oh ! C’est parfait, merci beaucoup ! :D

2014-12-15 16:26:06 - rodi

De rien ! C’est normal

2014-12-14 20:42:00 - Mageax

Merci infiniment Rodi !^^

2014-12-14 18:28:48 - rodi

Le pdf n’apparait pas car il n’a pas de titre. Je vais faire ça de suite

2014-12-14 13:55:54 - Mageax

Merci Mystery Man !
Malheureusement, même en faisant "Ajouter un Document" à mon article, je n’arrive pas à faire apparaître votre pdf et je ne vois pas d’autre option pour le faire :/
En attendant il faudra passer par votre lien pour télécharger le pdf.

2014-12-09 23:56:18 - Mystery Man From Outerspace

Bonjour.

En attendant de maîtriser l’interface du site, je mets à votre disposition le PDF que j’ai réalisé à partir de votre article :

https://dl.dropboxusercontent.com/u/53559398/Arts_Floraux_et_Paysagisme.pdf

2014-12-09 11:04:47 - Mageax

Merci pour ce commentaire plein d’entrain^^
Malheureusement j’ignore comment convertir un article de ce site en pdf en gardant la mise en page et tout et tout.
Si un bon samaritain pouvait m’aider je lui en saurais gré.

2014-11-27 12:06:03 - Razorbill

J’adore ! Voilà un excellent moyen d’amener ses joueurs à considérer les impacts sociaux immatériels, un bon parallèle à la cérémonie du thé !

Serait-il possible d’en avoir une version PDF ?

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