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Prophecy

Ashen

samedi 16 juin 2007, par azathoth

Récit : Cette nouvelle nous raconte la vie d’une jeune mnésique, ces érudits capables de mémoriser de grandes quantités d’informations sans pouvoir y avoir accès. Ashen fait partie d’une organisation de "commerçant" et nous dépends son quotidien.

Ashen jeta un coup d’œil à la maison devant laquelle il se tenait. Elle n’avait pas beaucoup changé en cinq ans, à peine si on y voyait la patine du temps. Enfin, ceci s’expliquait quand on connaissait comme lui, la richesse de son employeur. Le Seigneur Ent n’était pas du genre à employer le premier architecte venu. On avait laissé entendre à Ashen que les membres de l’équipe qui avait construit ce palais avaient pu rentrer chez eux riches pour plusieurs générations grâce à leur travail. On avait utilisé tant la magie que les sciences Humanistes afin de bâtir ce “havre indestructible”, il y avait de cela bien longtemps. Pour Ashen, ce n’était que l’expression de la démesure de son employeur, peut-être qu’il ne serait plus là pour le voir mais il était sûr que comme toute chose, elle s’effondrerait tôt au tard, détruite par les hommes ou rongée par le temps.

Le bruit d’une porte qu’on ouvrait tira Ashen de sa rêverie. Il reconnut le portier, Mern, dans l’organisation du Seigneur Ent depuis que celui-ci s’était lancé dans les “affaires”, comme il aimait à le dire. Mern était plus qu’un simple portier, ancien membre de la caste des Artisans, il avait commencé comme faussaire, il copiait des pièces appartenant aux riches du Griff, puis les monte-en-l’air étaient chargés de remplacer les originaux par les faux pour revendre leurs prises soit à Griff même, soit dans une autre grande ville dans laquelle on était certain de trouver un acquéreur. Parfois, c’était sur commande que les voleurs agissaient. Mern avait maintenant une soixantaine d’année. A trente ans, Ashen n’était même pas né quand l’Organisation s’était montée autour d’un jeune voleur nommé Ent, qui avait de bonnes idées et une grande envie de les mettre en application. Cela s’était avéré payant. Si Mern n’était pas parti en retraite méritée comme beaucoup d’autres anciens avant lui, c’était surtout parce que personne ne l’attendait quelque part mais aussi parce qu’il ne voulait rien faire d’autre. De plus, sa connaissance de l’Organisation le rendait irremplaçable dans son rôle de portier car il savait précisément qui venait frapper à la porte et pourquoi, et si il ne le savait pas, il savait se débrouiller pour éconduire les gêneurs. En cas de coup dur, trois Combattants se tenaient prêts à mettre à mal les importuns.
Il entendit un toussotement. Arrête de rêver, se morigéna-t-il. Il salua Mern en entrant :
— Désolé, j’oublie toujours que tes vieux os ne supportent pas le froid.
— Bah, j’ai pris l’habitude avec toi de l’irrespect de la jeunesse actuelle envers les anciens. Si j’avais, ne serait-ce que dix ans de moins, tu n’aurais pas osé, je t’aurais botté le cul et après tu m’aurait donné du monsieur.
— Monsieur Mern, vous savez bien que j’ai beaucoup de respect pour vous. La preuve, je ne vous ai pas dit que dix ans de plus, dix ans de moins, ça ne fait pas beaucoup de différence par rapport à votre âge vénérable.
Ashen esquiva, de justesse, un coup de pied vicieux du vieil homme en éclatant de rire. Il serra Mern, qui s’était lui aussi mis à rire, dans ses bras.
— Viens, lui dit celui-ci en refermant la porte, le Seigneur t’attend pour savoir comment s’est déroulé ton voyage.
Ashen suivit Mern dans les couloirs et escaliers qui menaient au bureau du Seigneur Ent. Il salua les cerbères se trouvant dans une salle à côté de l’entrée. Il leur dirait bonjour plus amplement tout à l’heure, en partageant un verre. En passant, il remarqua deux nouveaux tableaux, sans doute acquis pendant son voyage. Il sourit, la peinture était un des péchés mignons du Seigneur et il dilapidait parfois des sommes faramineuses dans des œuvres qu’Ashen ne comprenait pas la majeure partie du temps.
Arrivé devant la porte du bureau, Mern frappa puis entra sans attendre de réponse.
— Seigneur, Ashen est revenu et est prêt à vous faire son rapport.
— Bien. Merci de l’avoir amené. Qu’il entre et laisse-nous je te prie, répondit une voix rendue rauque par l’abus d’alcool et de tabac, autres péchés mignons du Seigneur, avec une touche de gentillesse due à une longue complicité.
Mern fit signe à Ashen de rentrer puis sortit en fermant la porte.
— Bonsoir Seigneur, je suis heureux de vous revoir, fit Ashen en s’inclinant.
— Bonsoir Ashen. Sert-toi un verre et assieds-toi.
Le Seigneur était assis dans un fauteuil à l’air confortable, derrière son bureau sur lequel se trouvait des lettres, un verre de liqueur de Baies de Kroryn et un livre, sans doute le recueil de poèmes de Linre Erode, un auteur mort depuis une dizaine d’années et dont l’œuvre triste avait touché Ashen par sa justesse. C’était le Seigneur Ent qui lui avait prêté ce livre pendant une convalescence due à une mission difficile. Ashen s’était rendu compte que Erode avait su mettre en mots ce que lui, Ashen, ressentait depuis qu’il avait quitté la voie classique d’un Mémoire. Non, plutôt ce pourquoi il l’avait quittée. L’envie de vivre sa propre vie, quelqu’en soit l’issue. Bien sûr, son travail actuel était celui d’un Mémoire, mais il se sentait plus libre que ses collègues qui transportaient en eux une somme de connaissances incommensurable. Lui monnayait ses services fort cher, après tout il garantissait que les renseignements qu’il transportait était inviolables même par lui, seuls les destinataires connaissaient les mots qui leurs permettaient d’avoir accès à ces informations, et ces mots comme les destinataires changeaient tout le temps. Il n’y avait qu’une constante dans la vie d’Ashen depuis cinq ans, l’Organisation. Il était le messager personnel du Seigneur Ent, qui l’avait engagé depuis qu’il avait su que les talents d’Ashen étaient sur le marché. Ashen n’avait jamais eu à s’en plaindre, son statut dans l’Organisation lui offrait toute sorte d’à-côtés agréables et la paye était excellente.

Il sortit de ses pensées pour embrasser le reste du bureau du regard, quelques tableaux, un tapis venant de l’empire Zûl, trois fauteuils supplémentaires autour du bureau, une bibliothèque. Un long placard bas occupait tout un mur, il recelait d’archives de l’Organisation, dessus il y avait un cruchon de liqueur et des verres de cristal posés sur un plateau d’argent. C’était vers eux qu’il se dirigea. Il se servit un verre puis remis le cruchon en place. Il avala une gorgée et savoura les flammes qui descendaient dans sa gorge. Ce n’était pas pour rien que les Baies de Kroryn portaient ce nom, en plus d’être de la couleur de la lave dont était issu le Grand Dragon du Feu, l’alcool qui en était tiré, une fois avalé, vous donnait l’impression que de la lave vous coulait dans le gosier et se répandait dans votre corps. L’idéal pour les soirées d’hiver comme celle-ci, encore plus si, comme c’était le cas dans le bureau, un feu ronflait dans une cheminée. Celle-ci était placée en face du meuble. Ashen alla vers elle pour y déposer une bûche qu’il prit sur la pile disposée à proximité. Ceci fait, il s’assit dans un des fauteuils. Il prit une autre gorgée pour se réchauffer un peu plus en attendant que le Seigneur prenne la parole.

Le Seigneur Ent était en train de rallumer sa pipe, une œuvre d’art comme il se devait pour un homme de sa trempe. L’opération accomplie, il se tourna vers Ashen. Ses yeux noirs et perçants étaient entourés par un visage rendu pâle pour n’avoir pas beaucoup fréquenté le soleil, lui-même encadré par des cheveux bruns striés de blanc coupés au bol. La bouche était fine et le nez droit. Ces traits, pris séparément, pouvait être les canons de la beauté aristocratique, n’arrivaient pas à s’harmoniser et le résultat était assez dérangeant. On disait souvent que le manque de beauté pouvait conduire à la recherche du pouvoir, cette sagesse populaire avait dû vouloir s’incarner dans le Seigneur. Car le pouvoir, il l’avait, il régnait sans partage sur un empire criminel qui étendait ses ramifications dans tout le Royaume de Kor. Bien sur, il s’était limité dans ses activités, il n’aurait jamais pu s’occuper de tous les crimes pouvant être commis. Il s’était contenté des crimes liés à l’art. A ses yeux, ils étaient les seuls dignes d’être accomplis. C’était un milieu où les vols, extorsions et autres malhonnêtées devaient se faire avec distinction. C’était dans ce but que seuls les meilleurs de leur branche étaient recrutés. L’Organisation représentaient en quelque sorte l’élite des malandrins. Pour cela, le Seigneur avait était été désigné Prince Voleur par la Caste des Commerçants, et les cinq bagues qui brillaient à sa main droite marquaient son rang. Ashen lui, portait une chaînette triple en argent qui portait un saphir taillé enchâssé dans une monture de métal noir, elle représentait son statut d’Erudit dans la Caste des Erudits. Les motifs tatoués sur le côté gauche de son crâne rasé le désignaient comme étant un Mémoire.
— Comment s’est déroulé ton voyage ?
La voix du Seigneur surpris Ashen mais il se reprit vite, pour répondre :
— Comme je m’y attendais, Seigneur. Une petite escarmouche en arrivant à Sylwin Azurel mais rien de bien méchant. Le message est arrivé à bon port. Vos ordres vont être exécutés avec la plus grande diligence m’a t’on fait transmettre.
— Très bien. En quoi consistait cette escarmouche ?
— Une bande de corrompus a attaqué la péniche sur laquelle j’étais mais les Protecteurs du marchand à qui elle appartenait les ont mis en fuite. Ils semblaient heureux de ce divertissement.
— Pas de complications à Sylwin Azurel ?
— Aucune. De toute manière je n’y suis pas resté longtemps et le trajet de retour a été calme.
— Parfait. Nous nous verrons demain dans l’après-midi. Je te souhaite une bonne nuit, Ashen.
— Merci Seigneur. Que les rayons de Khyméra vous donne le repos.
— Ha ! Ha ! En ce moment ce sont plutôt les rayons de Shar qui me le prennent, mais nous en reparlerons demain.
Il riait mais le ton était lugubre. Ashen leva un œil sur le Seigneur et nota des différences avec ses souvenirs, des cernes violacés entouraient ses yeux et il lui semblait plus maigre. Des soucis avec une bande concurrente sans doute. Le Seigneur aimait à s’occuper personnellement de ce genre de choses pour montrer qu’il était toujours là et aussi dangereux qu’au premier jour voire plus. Ashen balaya ses inquiétudes, tout serait bientôt fini et les choses rentreraient dans l’ordre, comme d’habitude.
L’entretien était terminé. Ashen vida son verre, se leva et alla le reposer sur le plateau. Il s’inclina devant le Seigneur et sortit.

La lumière entrait à flots dans la chambre d’Ashen. Il cligna des yeux, essayant en vain de chasser le sommeil. Il avait sans doute trop dormi et sa gueule de bois, même diffuse, n’arrangeait rien. Enfin, la décoction de café que préparait Morfal, le cuisinier du Seigneur, et une bassine d’eau le retaperait en un rien de temps. Il leva les yeux, tentant de discerner la personne qui avait tiré les rideaux mais celle-ci était partie. Mern avait dû envoyer un domestique le réveiller mais sa réputation de tueur sanguinaire au réveil avait fait fuir celui-ci.
— Il a eu raison, pensa Ashen tout haut, même l’Inquisiteur le plus calme soutiendrait que cette lumière est l’œuvre du Fataliste le plus corrompu qu’il ait jamais rencontré et il s’empresserait de mettre un terme à la vie du fautif.

Il s’étira puis rejeta les draps et se leva prestement. Une douce odeur lui chatouilla les narines et se rendit compte que Mern avait fait amener un déjeuner. Un bol de café, un morceau de pain et une assiette de harengs fumés étaient posés sur un plateau, lui-même posé sur la table de sa chambre. Une bassine d’eau et un nécessaire de toilette étaient disposés sur un guéridon et un miroir était suspendu au-dessus. Ashen se dit qu’il n’aurait pas craché sur un bon bain, il ressentait presque la crasse qu’il avait accumulé depuis le dernier mais ça serait pour plus tard. Il préférait s’offrir une entrée aux thermes de la ville plutôt que de se plonger dans une cuve et en ressortir tout de suite à cause du manque de temps. Une toilette sommaire suffirait ce matin. Il contempla longuement sa figure dans le miroir. Le dicton sur la beauté qu’il avait appliqué au Seigneur la veille, pouvait aussi bien s’exprimer à son propos pour expliquer son parcours dans l’Organisation. Un visage taillé, maladroitement, à la serpe, un menton manquant de conviction, des oreilles un peu décollées, des yeux bleus que l’on disait dérangeants. Il n’était pas beau mais pas laid non plus et on ne pouvait savoir si son crâne rasé améliorait ou dépréciait l’ensemble. De plus, son corps musclé et bruni par les voyages rattrapait assez bien le reste. Qu’importe, il gagnait bien sa vie et occupait un poste de confiance dans l’Organisation, ce qui lui valait un certain respect. S’il n’était pas un grand séducteur, il pouvait recourir aux services des Courtisanes. Il avait bien entendu dire qu’elles officiaient parfois comme espionnes mais il n’avait pas accès aux informations qu’il pouvait détenir, alors le Seigneur ne pouvait raisonnablement lui interdire ce vice.

Se détachant de son reflet, il s’aspergea d’eau froide le visage. Il se savonna, se rinça et se rasa rapidement. Tout en s’habillant de vêtement propres trouvés dans son armoire, une chemise de toile résistante de couleur écru, complétée par un pantalon et une côte de cuir brun et usé il s’approcha de la fenêtre afin de contempler Griff à la clarté du soleil. La maison du Seigneur ayant été construit sur une petite colline située dans le quartier intérieur, Ashen avait de sa chambre une vue splendide sur les trois autres cercles et les murailles les séparant. Il pouvait voir la Grande Arène, située, comme toute les institutions de Griff, dans le quartier intérieur, ainsi que la muraille de plusieurs dizaines de mètres qui protégeait la cité des attaques des nomades du désert Zûl. Le deuxième cercle était dévolu aux entrepôts commerciaux et aux comptoirs marchands. Le troisième et le quatrième abritaient le reste des Griffiens : les ingénieurs Humanistes, les mages Fatalistes, les Elus draconniques et encore bien d’autres d’horizons et d’opinions différents s’entraidant pour défendre et faire prospérer Griff, cette ville de contraste qui, d’après le proverbe, retenait une partie de l’âme de toute personne y séjournant.

S’arrachant de force à ce paisible spectacle, il s’assit tranquillement à la table et sacrifia avec appétit au déjeuner. A la fin, le sommeil la gueule de bois n’était qu’un souvenir. Il prit un bâtonnet de bois mâché et s’appliqua à le mastiquer pendant quelques minutes, tout en repensant à la soirée qu’il avait passée avec ceux des gardes qui avaient terminé leur journée et prenaient un verre en attendant d’aller se reposer. Il avait voyagé avec quelques-uns et, autour d’un pichet de bière, la discussion avait viré vers leurs souvenirs communs. Enfin, surtout ceux que l’on n’avait pas envie de se rappeler mais qui faisaient rire tout le monde. Il avait bu trois bières et avait prétexté la fatigue due au voyage pour aller se coucher. Ayant réduit en pulpe son bâtonnet, il cracha dans un petit bol destiné à cet usage et se rinça la bouche avec de l’eau. Il était habillé de frais, était plus ou moins propre et avait une haleine fraîche due au goût de menthe et d’orange du bois mâcher, bref il était fin prêt pour rencontrer le Seigneur aujourd’hui.
Comme par un caprice des Etoiles, c’est ce moment que choisit Mern pour entrer, accompagné d’un serviteur qui alla droit à la table, prit le plateau et ressortit sans dire un mot. Ashen se leva, sachant ce que Mern allait lui dire :
— Bonjour Ashen, as-tu passé une bonne nuit ?
— La meilleur depuis pas mal de temps, et toi Mern, tes articulations usées t’ont-elles laissé tranquille pendant ton sommeil ?
Mern ne répondit pas mais eut un sourire.
— Le Seigneur t’attend dans le musée.
— Merci Mern, je m’y rends tout de suite.
Ashen laissa Mern et s’engagea dans une succession de couloirs pour ce rendre dans cette salle où le Seigneur exposait les plus belles des œuvres qu’il avait acquises. C’était aussi la salle que le Seigneur préférait pour donner à Ashen ses instructions et les messages qu’il aurait à transporter. Il l’attendait, assis dans un fauteuil. Un autre fauteuil était situé juste en face. Une petite table, sur laquelle reposait un flacon de liqueur et un verre, les séparait. Le Seigneur avait l’air plus pâle que la veille et vu l’état de ses cernes, il ne devait pas avoir dormi. Ashen ne laissa rien transparaître de son inquiétude et s’assit.

— Bonjour Seigneur, vous avez une nouvelle mission pour moi ?
— En effet Ashen. Peut-être même que ce sera la dernière. Non, ne m’interromps pas. Comme tu as dû le remarquer, je ne suis pas au meilleur de ma forme. Un mal m’a atteint et nul n’y peut rien. J’ai pourtant fait appel à tout ce qui ce fait de mieux en matière de soin mais cette maladie résiste à tout. Elle s’est brusquement aggravée cette nuit et elle peut m’emporter d’un moment à l’autre. C’est pourquoi je vais t’expliquer rapidement ce que je veux que tu fasses. Ce message sera en quelque sorte mon testament, je veux que tu te rendes à Férune et que tu ailles chez Maître Anselmo. Tu le connais, tu as déjà eu à faire à lui. Un messager est parti ce matin pour lui remettre la clé de ta mémoire. Donc, dès que tu seras sorti de ta transe, peu importe ce qui ce passe, tu partiras. Désolé, mais je ne peux pas te laisser perdre du temps. Mern est au courant et s’occupe déjà de préparer tes affaires. Avec elles, tu trouveras de l’argent pour les frais de ton voyage ainsi que ce que je te dois pour tes services. Un navire t’attendra au port pour t’emmener à Oforia, ensuite tu connais le chemin. Le navire est déjà payé et j’ai rendu un service aux dragons d’Ozyr pour être certain que tu arriverais à bon port. Il est très important que tu remplisses cette mission, après tu pourras faire ce que tu veux en fonction de ce qui sera arrivé. Après tout, je peux très bien miraculeusement guérir pendant ton absence. As-tu bien compris ?
Cette longue réplique et tout ce qu’elle impliquait avait assommé Ashen. Il ne pouvait y réfléchir maintenant mais il le pourrait à loisir pendant le voyage.
— Oui Seigneur, je comprends.
— Bien. Mets-toi en transe, qu’on en finisse rapidement et n’oublie pas, tu pars tout de suite après ton réveil.
— Oui Seigneur.
Les Mémoires utilisaient une transe qui leurs permettaient d’apprendre rapidement une grosse somme de connaissances. Comme ils ne pouvaient appréhender tout à fait cet afflux soudain, quand ils sortaient de la transe, ils n’avaient plus aucune idée de ce qu’ils avaient appris. On avait raison de dire “heureux sont les ignorants”, car si les Mémoires avaient eu conscience de leur savoir, ils seraient devenus fous devant son immensité. Un système de mots-clés et de questions permettait à l’employeur du Mémoire de connaître ce que celui-ci savait. C’était pourquoi Ashen était devenu un messager précieux pour l’Organisation. Il ne pouvait révéler les messages qu’il transportait, car il ne les savait pas, et il ne connaissait pas plus le mot-clé qui aurait permis à son tortionnaire potentiel d’y avoir accès.
Jetant un dernier regard au Seigneur, Ashen eut peur que celui-ci ne meurt avant d’avoir terminé son message. S’il ne signifiait pas la fin de la transe, Ashen n’en sortirait pas. Il se reprit, le Seigneur avait dû prévoir ce cas de figure et quelqu’un devait être prêt à le ramener à la réalité, sans doute Mern. Ashen se détendit et ferma les yeux. Il visualisa les figures qu’ils avaient mémorisées pendant son apprentissage et qui lui permettaient de s’abandonner à la transe idiot savant. Ce fut bientôt le noir complet et Ashen s’oublia...

... puis se rappela celui qu’il était. Quand il ouvrit les yeux, il vit l’homme pour lequel il avait travaillé pendant cinq années. Il avait l’air de s’être endormi sur son fauteuil. Le Seigneur était mort.

Une nouvelle de Yannick

P.-S.

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