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Rokugan 2000

Episode XXV

L’Oeil de la Tempête

L’Empire de Diamant, par Rich Wulf - traduit par Daidoji Kyome

jeudi 22 juillet 2010, par Captain Bug, Daidoji Kyome, Rich Wulf

L’Empire de Diamant Episode XXV, par Rich Wulf - traduit par Daidoji Kyome

Le Président Amijdal se considérait comme un homme patient, mais il y avait certains moments où il n’appréciait pas de devoir attendre. Et c’était précisément l’un de ces moments. Maximilian Charest était actuellement en réunion avec le Général Carter et trois de ses conseillers militaires les plus hauts gradés, analysant la situation de Rokugan, mais il avait l’esprit totalement ailleurs. Il y avait une seule personne dans le monde qui pouvait lui dire les mots qui lui permettraient de se reposer l’esprit - lui dire que l’Empereur était mort.

On frappa brutalement à la porte. Les conseillers en uniformes jetèrent un coup d’œil derrière eux, soudainement interrompus. Le Général Carter ne sembla pas l’avoir remarqué ou s’en soucier puisqu’il continuait de dépouiller les rapports satellites des mouvements de troupes dans Rokugan.

"Entrez," dit le Président, qui était impatient de recevoir le messager.

La porte s’ouvrit et un officier de sécurité en uniforme noir entra dans la pièce. Il salua le Président et puis se remit au garde-à-vous, derrière la porte. "Le Commandant souhaite parler avec vous, Président Charest," annonça-t-il.

Le Président acquiesça, croisant les mains au-dessus de son large bureau en acajou. "Bien," répondit-il. "Messieurs, si vous voulez nous excuser, le Général Carter et moi devons répondre à cet appel."

"Le Commandant ?" L’Amiral Pivens semblait troublé. "Quel Commandant ? Le Commandant qui ?"

"Amiral, je ne vous pose pas de questions, à vous," le Président fit un léger sourire. "Maintenant, s’il vous plaît, j’ai seulement besoin d’un moment, puis nous pourrons de nouveau nous occuper de vos soucis."

Les trois conseillers acquiescèrent et se levèrent rapidement. Alors qu’ils quittaient la pièce, Carter resta assis, observant le Président impassiblement. Bien que son visage ne reflète rien, le vieux Général attendait sans aucun doute l’appel du Commandant Senpet avec la même impatience que Maximilian lui-même.

"Ligne quatre, accès sécurisé, monsieur," dit le messager lorsque les trois officiers eurent disparus. Le Président acquiesça en s’emparant du téléphone. Le messager les salua et sortit promptement du bureau, refermant la porte derrière lui.

"Un nouveau jour se lève," dit Charest, en appuyant sur le bouton de l’interphone pour que Carter puisse entendre lui aussi. Le Président se sentait un peu stupide de prononcer ce salut codé, mais c’était nécessaire.

"Le soleil ne se couche jamais," répondit Athmose, en donnant la réponse préalablement décidée.

"Salutations, cher ami," dit le Président.

"C’est moi," répondit simplement Athmose. Bien que la ligne soit sécurisée, il savait qu’il valait mieux ne pas se présenter par son nom. Sa mission était trop importante, trop secrète.

"Quel est le statut de votre mission ?" Demanda Maximilian. Les médias et les services secrets avaient déjà donné au Président une bonne estimation de ce qu’allait être la réponse, mais il espérait que l’officier Senpet expérimenté pourrait apporter un peu plus de lumière sur la situation.

"Annulée," répondit-il. "Comme vous le savez probablement, les évènements ont pris une tournure pour le moins mauvaise. Nous nous sommes repliés à bonne distance et nous observons les évènements."

"Et au sujet de votre cible ?" Demanda le Général Carter.

"Localisation actuelle et état de santé inconnus," répondit Athmose. "Toutefois, nous pensons qu’il est responsable du récent dérangement."

"Ainsi, la menace a été écartée ?" Demanda Maximilian, le regard fixé sur Carter. Le regard du général n’était pas encourageant. Tout comme Charest, il avait été suffisamment longtemps soldat pour acquérir un sens du danger, et cet instinct leur disait à tous les deux que les problèmes de Rokugan ne faisaient que commencer.

"Négatif," répondit Athmose, confirmant les inquiétudes de Maximilian. "Le danger que représente la cible actuellement est inconnu. La situation a changé bien au-delà de ma capacité à prévoir ce qui va se passer ensuite. Je pense que la meilleure chose à faire maintenant est d’attendre et de collecter des renseignements."

"Avez-vous les moyens de le faire ?" Demanda le Président, indécis. Athmose et ses hommes étaient relativement peu familiers avec Rokugan. Comme soldats, ils étaient excellents. Comme espions, ils ne valaient pas grand chose.

"Nous avons pris contact avec un mouvement clandestin," répondit Athmose. "Nous avons déjà quelques réponses, bien que les données soient toujours très embrouillées pour l’instant."

"Je vois," répondit Maximilian.

"Je vais essayer de reprendre contact dès que la situation évolue," répondit Athmose.

"Nous vous souhaitons bonne chance, cher ami," répondit Maximilian.

"Je pense que nous allons en avoir besoin," répondit Athmose. Le Commandant Senpet coupa la communication, et le Président raccrocha lentement le téléphone.

"Ce n’était pas encourageant," dit simplement le Général Carter.

"Vous attendiez-vous à ce que ça le soit ?" Répondit Maximilian. "Nous savions lorsque nous avons vu les rapports sur la destruction d’Otosan Uchi que quelque chose d’étrange était en train de se passer. Maintenant, nous devons attendre et voir comment les choses évoluent."

"La déclaration de guerre est toujours d’actualité, Max," dit le Général Carter. "Nous pourrions déplacer nos armées et régler ça."

"Et peut-être faire empirer une situation déjà grave, Bill ?" Répondit le Président. "Vous avez vu ce qui est arrivé à la cité. Les Rokugani ont eu du mal à détruire cette créature, et pourtant ils savent ce qu’ils font. Si nous y allons et que nous les attaquons, qu’arrivera-t-il lorsque le prochain oni fera son apparition ?"

"Et qu’arrivera-t-il aux Amijdal s’ils envoient le prochain oni ici ?" Répondit le Général Carter.

Le Président Charest prit une profonde inspiration. "J’aimerais vraiment connaître cette réponse, Bill. J’aimerais vraiment."


La cité d’Otosan Uchi était jonchée des décombres des immeubles qui s’étaient effondrés. Dans un quartier bien spécifique, un centre commercial et un petit immeuble de bureaux se dressaient jadis. Maintenant les deux bâtiments ainsi que l’autoroute qui passait au-dessus d’eux n’étaient plus que des souvenirs. A présent, les bâtiments ne pouvaient même plus être reconnus par quelqu’un qui avait habité ou travaillé là-bas. Il n’y avait plus rien.

Presque plus rien.

Un grattement résonna à la base d’un tas de décombres, un grattement qui avait lentement gagné en volume lors des quarante dernières heures. Lentement, ce grattement s’était changement en martèlement rythmé. La surface de la pile de décombres se mit à trembler, légèrement au début, puis de plus en plus fort. Après un moment, une plaque de pierre brisée de la taille d’une petite voiture se mit à bouger, à cause de quelque chose en dessous.

Finalement, la pierre céda et Kaibutsu apparut à la surface.

"Mal," dit Kaibutsu, en se frottant la tête. Une de ses cornes avait été cassée et une large contusion colorait le côté de son visage. "Avoir très mal," acquiesça-t-il. L’ogre se retourna et donna un coup de pied dans le tas de gravats, ce qui lui fit encore plus mal.

L’estomac de l’ogre gargouilla. Il n’avait plus mangé depuis deux jours, depuis qu’il avait été enterré vivant. Il lui semblait toutefois que sa diversion avait fonctionné. Il ne voyait plus le moindre ogre ou gobelin nulle part. Les endroits où ils se trouvaient étaient recouverts de rochers brisés. Apparemment, ils n’avaient pas réussi à survivre ou à creuser jusqu’à la surface comme Kaibutsu l’avait fait.

"Ah," cria Kaibutsu. "Kaibutsu gagné."

"Ah," ajouta Kaibutsu. "Kaibutsu champion !"

L’ogre sauta sur un grand tas de gravats et leva les bras triomphalement. Il imagina les acclamations d’une foule qui n’était pas là, les louanges d’amis et d’admirateurs qu’il n’aurait jamais. Après quelques instants, il se lassa de faire semblant et sauta sur la route.

"Oh zut," il haussa les épaules. "Je peux rêver, hein ?"

Kaibutsu regarda autour de lui à la recherche d’un signe d’Inago Sekkou, bien qu’il sache qu’il n’en trouverait aucun. Son ami était trop rapide et malin pour rester dans le coin, de plus il devait probablement croire que Kaibutsu était mort. En fait, Kaibutsu aurait dû mourir. Il s’était attendu à mourir. Bien sûr, cet endroit était une cachette du Clan de la Sauterelle - c’est pour ça que Kaibutsu et Sekkou étaient venus ici à l’origine. Un coup de chance avait permis à l’ogre de retrouver l’entrée de l’immeuble de bureau, qu’il avait reconnut comme étant une ancienne entrée des Tunnels Sauterelles.

Et cet endroit spécifique était une entrée d’un dépôt de munitions Sauterelle.

Les ogres ne savaient pas ça. Ils ne savaient également pas qu’il y avait un abri anti-bombardement dans le centre commercial de l’autre côté de la rue.

L’ogre sourit. "Kaibutsu discret."

Son estomac gargouilla encore. L’ogre arriva à la conclusion que peu importe son talent pour la discrétion, il avait besoin de trouver quelque chose à manger. Il avança d’un pas lourd dans la rue, à la recherche d’une épicerie ou d’un restaurant. Il tomba sur une épicerie abandonnée et entra à l’intérieur. Le magasin était obscur et personne n’était à l’intérieur. La plupart des étagères avaient été pillées et les portes vitrées des frigos étaient brisées, avec des motifs semblables à des toiles d’araignées.

"Tout cassé," dit Kaibutsu. Il avança précautionneusement au milieu des débris pour ne pas écraser de nourriture sous ses bottes.

Après quelques minutes de recherche, l’ogre récupéra trois boites de conserves de pêches et une boite de sardines dans l’arrière-boutique. Il ramassa également quelques paquets de chewing-gum sur le sol et une bouteille de trois litres de limonade qu’il avait remarquée. Il découvrit également deux bretzels durcis dans le four à micro-ondes, qu’il récupéra également. Il emporta tous ses trésors à l’avant du magasin, les déposa sur le comptoir et attendit quelques minutes.

"Ohé ?" Dit Kaibutsu plaintivement, espérant que quelqu’un viendrait pour le servir.

"Ohé ?" Il prit un billet dans sa poche. "J’ai des sous ! Veux acheter nourriture."

Les épaules de l’ogre s’affaissèrent lorsqu’il réalisa que personne ne viendrait. Il ne serait pas capable de payer sa nourriture. Il se retourna pour ramener celle-ci sur les étagères où il l’avait trouvée.

"Kaibutsu faim," gémit l’ogre en reposa les pêches en boite sur l’étagère, redressant un présentoir qui était tombé par terre par la même occasion. "Kaibutsu aimer pêches, aussi."

Brutalement, l’ogre réalisa quelque chose. Il n’avait pas besoin de payer le commerçant, et il n’avait pas besoin de laisser la nourriture ici. Au lieu de ça, il prit un stylo sur le comptoir, et écrivit rapidement une note pour s’excuser d’avoir pris la nourriture. En suite, il laissa son billet de cinq hyakurai sur la caisse enregistreuse et il ressortit.

"Mmmm," dit Kaibutsu, en plantant ses crocs dans la boite de pêche et en inclinant la boite pour boire le jus. "Bonnes pêches."

Il déballa chacun des chewing-gums l’un après l’autre, et les mit tous en bouche en même temps. L’ogre s’assit sur une pierre et se mit à mâcher en soupirant de satisfaction. Buvant une autre gorgée de jus de pêche, il regarda la cité autour de lui.

"Oni parti," conclut-il. "Cité cassée. Triste. Otosan Uchi jolie. Kaibutsu triste pour la cité. Espère tout le monde va bien."

L’ogre retira la boule de chewing-gum de sa bouche et la remplaça par un bretzel entier. Le bretzel était dur - presque aussi dur que la boite de pêches, et l’ogre arriva à grand peine à le mâcher même en le ramollissant avec de la limonade. L’ogre lança un regard dubitatif à l’autre bretzel, puis le jeta contre un mur de l’autre côté de la rue. Il laissa une marque.

"Ick," dit Kaibutsu, en se tournant vers la boite de sardine. Il prit prudemment la clé sur le côté de la boite. Après avoir passé quelques instants à essayer de comprendre comment l’ouvrir, il abandonna et mordit dedans. Il avala les poissons et passa sa langue sur ses lèvres, puis il se mit à réfléchir à ce qu’il pouvait faire.

Il ne pouvait pas trouver Sekkou. Sekkou devait se cacher, maintenant, et Kaibutsu n’était pas aussi intelligent que Sekkou. C’est dommage, parce que Sekkou était son meilleur ami. Kaibutsu espéra le retrouver un jour.

Il pensa ensuite à Jiro, mais il avait encore moins d’idée où trouver Jiro. Jiro était probablement avec ses amis samurais, maintenant, et ses amis samurais auraient peur de Kaibutsu. C’était stupide d’aller chercher ce genre d’ennuis.

Non. Pour le meilleur et pour le pire, Kaibutsu était seul.

Mais où pouvait-il aller ? Que pouvait-il faire ?

Et puis l’ogre le sentit encore. Cet appel familier dans son esprit qu’il avait ressentit deux nuits auparavant, l’appel d’un esprit semblable. Il sentit quelque chose aller vers le nord, puis vers l’ouest. Très loin au Nord-Ouest, mais c’était là-bas. Quelque chose de très gros s’y déroulait.

"Bon," conclut l’ogre en vidant la deuxième boite de pêches dans sa bouche. "Suppose que Kaibutsu aller là, maintenant."

Ceci étant dit, l’ogre remit la boule de chewing-gum dans sa bouche. Il se releva, glissa la dernière boite de pêches dans sa poche pour plus tard, et il quitta la rue avec son énorme bouteille de limonade en main.


"Hiruma Tanaki, deuxième enfant du cousin du daimyo Hiruma…"

Zin s’assit dans le jardin du Temple des Eléments, les yeux plongés dans les profondeurs de l’eau d’une mare verte. Les mots du Kashrak résonnaient dans son esprit.

"Je peux te faire redevenir la personne que tu étais jadis. Je peux t’aider…"

Zin se souvenait des derniers instants du Naga corrompu, lorsqu’il avait tenté de lui parler. Elle l’avait tué sans hésitation. Qu’avait-il voulu dire ? Un dernier cri de défi ? Une excuse ? Un indice sur son passé ? Ou était-ce simplement une autre incantation ? Elle ne le saurait probablement jamais…

"Zin, tu vas bien ?" Demanda Sumi, s’approchant d’elle avec une expression soucieuse. Elle venait du temple.

Zin releva les yeux et fit un petit sourire. Elle pencha la tête sur le côté, son regard gêné par les épais bandages qui couvraient son œil gauche. Sa magie des perles avait sauvé son œil droit du poison du Kashrak, mais le gauche ne pourrait plus jamais voir.

La jeune championne du Phénix portait la même armure de plastacier qu’elle avait porté lors de la destruction d’Otosan Uchi, avec Ofushikai glissée sous sa ceinture. Ses cheveux étaient noués en une queue de cheval désordonnée, et son visage rond était couvert de poussière et de saletés. A l’autre extrémité du jardin, Shiba Mojo les observait sans intervenir. Il se contentait de garder un œil attentif sur sa championne.

"Tu as l’air d’avoir été très occupée," dit Zin, se relevant et prenant les mains de Sumi dans les siennes.

Sumi sourit, embarrassée par le geste de la Naga, mais elle se laissa faire. "Il y a toujours des survivants dans de nombreux immeubles," répondit-elle. "Les Maîtres et moi avons plus de travail que nous ne pouvons arriver à faire. Matsu Gohei est toujours dehors en train de chercher. Je te jure, cet homme est comme une machine. La bataille est peut-être terminée, mais c’est presque comme si nous avions perdu…" La voix de Sumi déclina.

"Je connais ce sentiment," répondit Zin. "Kashrak a disparu, mais j’ai échoué à obéir aux ordres de la Qamar. La Lame de l’Œil Blafard a été perdue." Zin retira une de ses mains pour la poser sur la Lame de l’Œil Brillant, l’arme qu’elle avait utilisée pour ôter la vie du Kashrak.

Sumi plissa le front. "Qu’est-ce que ça signifie ?"

Zin hocha la tête. "Je ne sais pas. L’Akasha a été purifié, ça je le sais. Je sens que mon peuple commence à se réveiller. Mais est-ce que le Kashrak est vraiment mort ? Je ne sais pas." Zin lâcha les mains de Sumi et s’écarta, posant encore son regard sur la surface de la mare, les bras serrés autour de son corps.

"Son corps a été détruit dans l’explosion qui a consumé le cercle d’invocation de Munashi, Zin," fit Sumi. "Les équipes de Quêteurs ont fouillé le coin. Ils ont trouvé un corps qui n’était plus identifiable mais qui pourrait être celui du Kashrak."

"Ça n’a pas d’importance, Sumi," soupira Zin. "Crois-tu que le Kashrak a besoin d’un corps pour répandre le mal dans le monde ?"

Sumi garda le silence un instant. "Nous avons réussi à identifier ton ami," dit Sumi. "L’homme que tu transportais lorsque nous t’avons retrouvée. Il s’agit en fait d’Ichiro Chobu, le fils du daimyo Blaireau qui avait été implanté par un tetsukansen et qui avait tenté d’assassiner l’Empereur. Il est recherché par la police pour plusieurs affaires de meurtres et vols à main armée."

"Je ne le connais pas vraiment," Zin haussa les épaules. "Il était juste au bon endroit au bon moment, et il m’a sauvé la vie. Comment va-t-il ?"

"Pas très bien," dit Sumi, hochant la tête. "Les docteurs disent qu’il est dans une situation critique. Nous lui prodiguons les meilleurs soins possibles. C’est plutôt ironique, en fait. Il t’a aidé à tuer le Kashrak, mais il n’aurait probablement pas été en ville s’il n’y avait pas eu les tetsukansen, que Kashrak a aidé à construire."

Un soldat Phénix en armure orange sombre s’approcha rapidement des deux femmes et attendit qu’on le remarque. Mojo apparut aux côtés de Sumi, observant attentivement le nouvel arrivant. "Konichiwa, Shiba-san," dit Sumi, remarquant le mon sur l’armure de l’homme. "Puis-je vous aider ?"

"Sumi-sama, Dame Zin," dit le soldat, "j’ai des nouvelles de Neo Shiba. Un contingent de ma famille est arrivé et souhaite vous rencontrer."

Les yeux de Sumi se resserrèrent. "Dites à Shiba Gensu que s’il s’agit d’un autre de ses jeux politiques, je vais lui faire bouillir son sang," gronda-t-elle. La main de Mojo s’approcha de son pistolet du vide.

Le soldat sursauta de surprise en entendant la menace de Sumi. "Je n’ai pas été envoyé par Shiba Gensu, Sumi-sama," dit-il rapidement. "J’ai été envoyé par mon seigneur Shiba Sato ; nous avons emmené des médecins et des ouvriers pour aider Otosan Uchi."

Sumi regarda vers Zin et Mojo. "Shiba Sato ? N’est-ce pas celui…"

Zin acquiesça. "Oui, celui qui nous a aidés. Il nous a porté secours à Neo Shiba."

Sumi fit un signe de tête au soldat. "Je vais le rencontrer à l’intérieur."

Le soldat acquiesça et partit rapidement. Quelques instants plus tard, il revint au côté d’un homme extrêmement âgé dans un fauteuil roulant, sirotant une tasse de limonade avec une paille. Sumi et les autres reconnurent le jeune yojimbo, Shiba Jo, qui poussait la chaise.

"Shiba Sato," dit Sumi, en marchant à la rencontre du vieil homme. "Je suis Sumi, championne du Clan du Phénix. Je suis ravie de faire votre connaissance."

Les yeux du vieil homme croisèrent ceux de Sumi et la paille tomba de sa bouche. Ses yeux s’écarquillèrent et sa lèvre se mit à frémir. Son regard se posa sur l’Epée Ancestrale du Phénix, glissée sous la ceinture de la jeune fille et soudain, il s’inclina profondément. Jo baissa les yeux vers le vieil homme avec une expression inquiète.

"Sato-sama ?" Dit le yojimbo, soucieux.

Sumi remarqua que les mains de Sato tremblaient, et elle s’agenouilla à côté de lui. Elle toucha son visage et murmura un simple sort de soin pour apaiser les nerfs de l’homme. Lorsque Sato releva les yeux, des larmes coulaient sur ses joues ridées.

"Sato-san ?" Lui dit-elle. "Vous allez bien ?"

"Je-je suis désolé, Sumi-sama," dit le vieil homme, ses lèvres frémissaient alors qu’il luttait pour parler. "Je… Je ne sais pas quoi dire…"

Sumi regarda vers Shiba Jo et l’autre soldat, confuse, mais ils semblaient aussi troublés qu’elle.

"Ma dame, je vous présente mes excuses pour mes larmes," dit le vieil homme. "Toute ma vie, j’ai juré de vous protéger. Et ceci… ceci est la première fois où j’ai cette chance… Je suis désolé ma dame, mais vous faites tellement de bien au cœur d’un vieil homme. Vous réunifierez le Phénix. Je peux le voir dans vos yeux…"

Sumi hocha légèrement la tête et sourit au vieil homme. "Je ne suis pas différente des autres. Zin m’a parlé de vous, et votre carrière est bien remplie. Vous avez travaillé pour plusieurs champions du Phénix dans le passé, vous les avez servis, vous les avez protégés. Je ne suis qu’une autre dans la chaîne de plusieurs seigneurs que vous avez vu venir et s’en aller."

Sato rit doucement. "Oui, j’ai vu beaucoup de champions Phénix, ma dame. Beaucoup de chemises empaillées qui ne valaient rien sans l’Ame de Shiba." Alors qu’il parlait, sa voix devenait lourde d’émotions. "Après tout ce temps… l’Ame est finalement revenue parmi nous et a trouvé quelqu’un assez digne pour la porter. Sumi-sama, je suis à votre disposition. Dites-moi ce que je dois faire, et je le ferai."

"Je vous remercie, Sato-san," dit Sumi. Elle ne savait pas quoi dire d’autre. Elle n’avait jusqu’à présent pas encore réalisé L’importance de qui elle était et de ce qu’elle était. Cet homme, un soldat avec une vie entière d’expérience, et une richesse plus grande que n’importe qui dans le monde, était prêt à tout pour elle. "Je vous remercie et le Phénix vous remercie, Shiba Sato." Impulsivement, elle se pencha et lui déposa un baiser sur la joue. Le vieil homme fit un large sourire, relevant une main pour toucher son propre visage.

Sumi se redressa, s’éclaircit la gorge et tenta de se reprendre. Sato assécha ses larmes avec un mouchoir en tissu. Un instant plus tard, les cinq Phénix étaient à nouveau comme ils le devaient, dissimulant tout signe d’émotion avec une facilité accordée par l’habitude. Zin les observa, se demandant à nouveau pourquoi les Rokugani faisaient tant d’efforts pour dissimuler leurs sentiments. Etait-ce quelque chose qu’Hiruma Tanaki aurait pu comprendre ? Etait-ce une autre réponse que le Kashrak aurait pu lui offrir ?

"Sumi-sama, j’ai de graves nouvelles," dit Sato, sa voix neutre et bien contrôlée. "Shiba Gensu est mort."

"Mort ?" Répondit Sumi. "Comment est-ce arrivé ?"

"Une malheureuse altercation entre Gensu et un prisonnier illégalement détenu," répondit Sato, en relevant un sourcil.

"Kenyu ?" Demanda Zin.

Sato inclina légèrement la tête. "Le Iuchi était impliqué, oui. Mais l’énorme Naga qui l’a arraché aux prisons de Neo Shiba était encore plus impliqué."

"Szash," soupira Zin. "Par l’Œil Brillant, non."

Sato regarda droit vers Zin. "Ce n’est pas votre faute, Zin," répondit le vieil homme. "Les légendes disent clairement que les Naga tolèrent très difficilement la duplicité. Gensu aurait dû éviter de se confronter à Szash. Ça ne pouvait se finir que d’une seule manière, et c’est ainsi que cela s’est fini."

"Et les partisans de Gensu ?" Demanda Sumi. "Neo Shiba doit être complètement sous le choc."

"C’est le moins qu’on puisse dire," Sato plissa le front. "J’ai peur que la situation là-bas ne soit pire que lorsque Gensu était au pouvoir. Il y a eu des émeutes en ville. Les citoyens qui soutenaient Gensu se retournent contre ceux qui vous soutiennent. Shiba Katsumi, l’ancienne bras droit de Gensu est maintenant votre plus grande adversaire. Bien qu’elle ne soit pas aussi subtile que Gensu, elle est très passionnée, et elle a groupe de partisans enragés. Tout ce que j’ai pu faire, c’est convaincre les Shiba de me laisser apporter mon aide à Otosan Uchi. Ce qui se passe là-bas est très grave."

"C’est pathétique," dit Mojo, interrompant la conversation. "Je n’arrive pas à croire que notre famille puisse se comporter ainsi, Sato-sama. Ils n’ont pas vu les informations ? Ils n’ont pas vu ce qui s’est passé ici ?"

"C’est drôle que vous disiez ça, Mojo-san," répondit Sato, en lançant un regard avisé au yojimbo. "Il est bien possible que vous soyez le seul à pouvoir faire cesser les choses d’empirer."

Mojo regarda Sumi, puis à nouveau Sato. "De quoi parlez-vous ?"

"Vous," acquiesça Sato, en désignant Mojo avec sa tasse de limonade, "le pilote de la fabuleuse Machine de Guerre Phénix. Ne me dites pas que vous ne l’avez pas vu dans les informations. Vous étiez le dernier debout, après la fuite ou l’échec de toutes les autres Machines de Guerre. Même le Kyuden Hida était tombé. Vous êtes celui qui a réussi à mettre l’oni en position pour que les Crabes puissent l’achever. Vous êtes un héros, et vous êtes un Shiba. Ajoutez ceci au fait que vous êtes un partisan reconnu de Sumi. Vous pourriez réussir, Shiba Mojo. Vous pourriez mettre un terme à tout ceci."

"Mojo ?" Répondit Sumi, en regardant vers son yojimbo.

Mojo tourna sur le côté, mal à l’aise. "Ecoutez, je n’ai pas choisi ce travail pour être impliqué dans des affaires politiques…"

"Certains hommes ont ça dans le sang, dit-on," dit Sato. "Et vous êtes photogénique, ce qui ne gâche rien."

"Ouais, et bien en ce qui me concerne, j’estime que j’en ai déjà bien assez fait comme ça," répondit Mojo en soupirant.

Sato se mit à rire. "Vous savez, je ressens souvent la même chose, mon ami. Ne vous inquiétez pas, je comprends très bien. Vous n’avez besoin de faire qu’une seule chose. C’est rapide, c’est simple, et ça permettrait de tout résoudre."

Mojo regarda prudemment le vieil homme. "Que dois-je faire ?" Demanda-t-il.

Sato fit un sourire d’une oreille à l’autre. "Jurer fidélité à Sumi."

"De quoi est-ce que vous parlez ?" Demanda-t-il. "Elle est déjà ma championne. Je lui ai déjà offert ma loyauté."

"Oui, mais depuis qu’elle a abandonné le nom Isawa, elle est une championne sans famille," répondit Sato.

"Je l’ai fait parce que j’avais mes raisons," dit rapidement Sumi.

"Ouais, je sais," dit Sato. "Vous avez un fameux tempérament."

"Sato-sama," dit Sumi, sur le ton d’un avertissement.

"Je ne voulais pas vous insulter, Sumi-sama," Sato leva la main pour se défendre. "Je ne voudrais pas suivre un champion sans éclat ! Toutefois, les Shiba ne voudront pas suivre un champion sans nom. Et ce qui est fait est fait. Si vous reprenez un nom maintenant, ceci apparaîtra pour de la faiblesse. Mais si, au lieu de ça, Mojo prend votre nom pour sien. Il devient Sumi Mojo. Ceci montrera à tous ces Shiba qui prennent garde au terrain sur lequel ils marchent toute l’importance de cette décision, et ils se tairont, se mettront dans le rang, et ils écouteront ce que l’Ame de Shiba nous dit."

Mojo toussa. "Puis-je faire ça ? Inventer un nouveau nom de famille ? C’est légal ?"

Sumi hocha rapidement la tête. "Non, tu ne peux pas," répondit-elle. "Seul l’Empereur peut créer un nouveau nom."

Sato acquiesça. "La Princesse Ryosei exerce actuellement le rôle d’Impératrice. Et les rumeurs disent qu’elle est très proche d’un jeune garçon Phénix. Pensez-vous réellement qu’elle vous refuserait cela si ça pouvait réunifier le Phénix ?"

Les sourcils de Mojo se froncèrent. "Vous êtes rusé, vieil homme."

Sato haussa les épaules. "Je fais de mon mieux. Et quoi qu’il en soit, je serai juste après vous si vous le faites, Mojo. Deux secondes après que vous soyez devenu Sumi Mojo, je jurerai fidélité en tant que Sumi Sato. Votre nom permettra d’aplanir ce terrain difficile, et mon argent devrait faire le reste."

"Et je deviendrai Sumi Jo, si vous voulez de moi, Dame Sumi," répondit Shiba Jo.

"Et moi Sumi Kaizen," ajouta l’autre garde.

"Et trente autres Phénix que j’emploie sont prêts à faire de même," conclut Sato.

"Non," déclara Sumi, son visage rouge d’embarras. "Je ne vous laisserai pas prendre mon nom, si la seule raison pour laquelle vous le faites, c’est parce qu’il s’agit d’un autre mouvement dans un jeu politique auquel vous vous livrez."

"Sumi-sama, sans vouloir vous manquer de respect, comment croyez-vous que se forment les noms de famille ?" Répondit Sato. "Les Yasuki ont été formés pour balayer les beaux-enfants de la Grue hors du clan, par la petite porte. Et ne me faites pas parler de la famille Hitomi. Les familles sont formées pour des raisons politiques, mais ça ne change rien. Chacun de mes hommes qui est prêt à prendre votre nom est également prêt à mourir pour vous, Sumi. Y compris moi. Et si je jette un regard sur Shiba Mojo, je vois que c’est pareil pour lui. Maintenant, allez-vous me dire que vous êtes prête à nous laisser mourir pour vous, mais que vous ne nous laisserez pas la chance de pouvoir vivre pour vous ? Et prendre votre nom, et grâce à ça, unifier le clan comme il devrait l’être ?"

Sumi regarda vers le sol et ferma les yeux un moment. Même avec l’aide de l’Ame de Shiba, il lui semblait qu’elle avait encore beaucoup à apprendre sur le rôle de dirigeante.

"Vivre, c’est apprendre," dit une voix au plus profond d’elle-même. "C’est souvent ce que nous n’arrivons pas à voir, plutôt que ce que nous voyons, qui nous rend plus sage."

"Très bien," dit-elle, relevant les yeux. "Si la Princesse Ryosei est d’accord, alors je le ferai. Je vous donnerai mon nom."

Sato acquiesça. "Très bien, alors. Parlons du point suivant. Nous avons une paire de réfugiés qui cherchent à s’échapper des suivants de Gensu et qui demandant l’asile politique. Je n’étais pas trop sûr de ce que je pouvais faire d’eux, alors je les ai emmenés avec moi."

"Kenyu ?" Demanda Zin, excitée. "Szash ? Ils sont ici ?"

"Ils attendent en dehors du Temple," acquiesça Sato.

"Je peux les voir ?" Demanda Zin.

Sato leva les yeux vers la jeune Naga et cligna innocemment des yeux. "Pas d’ici, non. Ils sont dehors. Vous devez sortir d’ici pour pouvoir les voir. Dois-je vraiment tout vous expliquer ?" Sato fit un large sourire. Zin lui donna un petit coup de poing amical sur l’épaule en bondissant en direction de la sortie.

"Aïe," Sato massa son épaule en la regardant partir. "Cette Naga est plus forte qu’elle en a l’air…"


La Qamar observait son reflet sur la surface du grand étang clair. Ses écailles étaient obscurcies à cause du toucher de la Blessure de l’Akasha. Sa peau avait maintenant un éclat noir brillant, et le bord de chaque écaille était aiguisé comme la lame d’un rasoir. Ses doigts étaient tels des couteaux ; son toucher le plus doux pouvait laisser une blessure. Ses cheveux étaient devenus une tignasse de cheveux raides et verts foncés ; Ses yeux brillaient d’une pâle lueur jaune, sous la puissance de l’Akasha. Son apparence ne correspondait pas à ses souvenirs d’elle-même. En fait, aucun des Naga réveillés ne ressemblait à ce qu’ils étaient avant de s’endormir. La Blessure de l’Akasha les avait tous changés, transformé chacun d’eux en une créature unique et parfois effrayante.

A côté d’elle, le Shashakar était perdu dans ses pensées. Comme la plupart des Cobras, il avait été hideusement transformé bien avant la Blessure de l’Akasha. Maintenant, étrangement, la maladie semblait avoir corrigé l’apparence grotesque du jakla. Sa peau était maintenant douce et vert pâle. Son visage était beau et bien fait, et sa tête était ornée d’une chevelure noire. La Blessure avait également restauré sa jeunesse ; le Shashakar ressemblait à un jeune à peine sorti de son œuf. La Qamar savait toutefois que l’image de jeunesse et de vitalité de son compagnon était un leurre. Les changements apportés par la maladie infligeaient une douleur terrible au corps du Shashakar. Ses muscles se raidissaient souvent et ne répondaient pas toujours à son contrôle. Il avait été aux portes de la mort ; si Zin avait pris une autre semaine pour accomplir sa quête, il aurait été probable que le Shashakar soit mort.

Avec la destruction du Kashrak, l’état de santé du Shashakar s’était amélioré, mais la Qamar pouvait toujours lire la douleur dans ses yeux. Il se reposait sur les anneaux de sa queue, méditant sur la beauté parfaite d’une perle qu’il tenait entre deux doigts. Les eaux du lit de perle se reflétaient sur sa peau pâle, depuis qu’il s’était éveillé. La Qamar voulut le toucher, pour lui prouver que son amour survivrait à la douleur laissée par la corruption du Kashrak. Mais elle ne le pouvait pas. Son toucher n’aurait amené que plus de douleur, ses doigts acérés trancheraient dans sa chair parfaite. Elle soupira et orienta ses pensées vers la bataille à venir.

"Quand ceci s’achèvera-t-il ?" Demanda plaintivement le Shashakar. Sa voix était inhabituelle, musicale, mais le ton qui résonnait dans l’Akasha ne pouvait être à personne d’autre que lui.

"Notre bataille ne prendra jamais fin," dit la Qamar. Elle tenta de faire un sourire rassurant, mais elle découvrit que les écailles durcies de son visage ne lui permettraient plus d’afficher une telle expression. "Notre peuple a fait son choix lorsque nous avons décidé de nous dresser comme ennemis de l’Infâme."

"Mais est-ce que la bataille en vaut la peine ?" Demanda le Shashakar, ses yeux croisant ceux de sa compagne. "Qu’avons-nous gagné ? Le monde tourne, se moquant de savoir si nous vivons ou mourons. Nous nous prétendons purs, nous nous proclamons les ennemis des ténèbres, mais il y a de l’obscurité en nous, aussi noire que chez les humains. Regarde notre fils. Regarde ce qu’il a fait. Regarde ce que nous sommes devenus, à cause de sa corruption." Il fit un geste vers le bassin d’eau claire derrière eux, jetant la perle d’où elle venait. La surface se rida et se troubla pour afficher les images de dizaines de Naga récemment éveillés. Tous avaient changé d’apparence d’une manière ou d’une autre. Certains d’entre eux pouvaient même difficilement être reconnus comme des Naga.

"Peut-être avons-nous été trop fiers, mon Shashakar," dit doucement la Qamar, ses yeux verts fixés sur l’eau. "Nous avons rejeté le Kashrak au lieu de lui apporter l’aide dont il avait besoin. La douleur qu’il apporte est la punition pour notre arrogance, pour notre manque de compassion."

Le Shashakar soupira. "N’avons-nous pas fait assez pour la cause du bien ?" dit-il, morose. "N’avons-nous pas droit à un seul moment de faiblesse ? A une seule erreur ?"

"Je suppose que non," répondit la Qamar. "Les Naga vivent et meurent ensemble."

"Et maintenant, nous sommes supposés reprendre l’étendard et charger dans la bataille à nouveau," répondit le jakla. "Même aussi affaiblis que nous le sommes. Nous n’avons pas un seul moment de repos."

"Nous avons dormi pendant cent ans, mon amour," dit la Qamar avec un ton dénaturé. "Pour ma part, je suis assez reposée."

Le Shashakar regarda sa compagne et rit légèrement. "Tu sais ce que je veux dire," répondit-il. "Ces dernières décennies n’ont guère été reposantes."

"Qamar. Shashakar," dit un troisième Naga en arrivant dans la grande salle caverneuse sans le moindre prologue. Ce salut était simple, mais dans la langue de l’Akasha, tout le respect requis pour ces deux puissants dirigeants était contenu à l’intérieur de leur nom.

Le nouvel arrivant était un Aspic mâle et puissamment bâti. Sa peau était d’un vert émeraude avec des stries brun foncé. Dressé sur les anneaux de sa queue, il mesurait facilement trois mètres de haut. Il portait un grand sabre rengainé à sa ceinture et un arc et un carquois de flèches dans son dos. Il portait sur son torse une armure aussi noire que l’obsidienne. Rien qu’en observant les traits sévères de son visage, on pouvait déterminer sa caste - ce Naga était un guerrier.

Il était le Shahadet, le dirigeant des légions de l’Akasha. Il faisait partie de la poignée de Naga qui ne semblait pas avoir été altérés par la Blessure de l’Akasha, bien que la Qamar et le Shashakar puissent déceler dans l’Akasha la grande douleur qu’il ressentait. Il était clair que le Shahadet gardait quelques symptômes de la corruption du Kashrak, mais il était également clair qu’il ne voulait pas en discuter.

"Shahadet," dit Qamar, se tournant pour accueillir le puissant guerrier. "Comment se déroule la préparation des légions ?"

"Tout se passe bien," répondit le Shahadet avec un léger signe de tête. "Après notre long sommeil, nombreux sont les Aspics qui ont hâte de combattre l’Infâme. Ceux des autres lignées sont moins impatients, mais ils sont malgré tout volontaires. Seuls les Constricteurs montrent quelques réticences à retourner au combat."

La Qamar sembla surprise d’entendre ça. Elle était de la lignée des Constricteurs elle-même - un fait rare pour quelqu’un de sa position, mais elle constituait déjà une exception à la règle en de nombreuses manières. Bien que les Constricteurs soient les plus grands et les plus puissants physiquement parmi les Naga, ils ne possédaient pas la sauvagerie et l’amour du combat de leurs cousins Aspics. Leur rôle dans l’Akasha était spirituel. Ils étaient les Vedics - les prêtres et les gardiens de l’âme communautaire des Naga.

"Les Constricteurs ne veulent pas combattre ?" Demanda la Qamar. "Ont-ils donné une raison ?"

Le front du Shahadet se plissa de contrariété. "Peut-être ne me suis-je pas expliqué clairement," répondit-il avec un geste de la main, tout en avançant sur sa queue épaisse. "Ce n’est pas que les Constricteurs ne reconnaissent pas le danger. C’est simplement que la plupart des Constricteurs semblent avoir l’esprit brisé. La Blessure a provoqué des mutations bien plus alarmantes et bizarres dans leur lignée que dans les autres. Les abominations qu’ils sont devenus -" Le Shahadit d’interrompit, regardant vivement vers la Qamar lorsqu’il ressentit son mécontentement. Il détourna les yeux. "Grande Qamar, vous devez savoir que je n’avais pas l’intention de vous insulter," dit-il rapidement.

Le Shashakar se dressa sur sa queue, ses yeux en amande se resserrant de fureur. "Tu traites d’abomination la grande dirigeante de notre peuple et tu prétends ne pas l’insulter ? Tu trébuches sur tes propres mots comme un humain ! Aspic, j’ai-"

"Shashakar, s’il te plaît," dit la Qamar, sa voix calme apaisant le jakla en colère. "Je sais ce que je suis devenue." Elle tendit les bras pour montrer sa peau noire et tranchante comme un rasoir. "La Blessure de l’Akasha ne guérira jamais. Nous avons tous été transformés en abominations. C’est la nature des Naga de craindre le changement, et de rechercher la stabilité. Maintenant, le toucher du Kashrak a transformé les créatures équilibrées que nous étions en incarnations du chaos. Est-ce surprenant si nombre d’entre nous ont perdu espoir ?"

"Avec tout le respect que je vous dois, Qamar, le choix ne nous appartient pas," dit le Shahadet, le ton aigu de sa voix dévoilait son impatience aussi clairement que le fredonnement de son âme dans l’Akasha. "Tant que l’Infâme existera, nous devrons le combattre. C’est l’Infâme qui nous a fait ça. Cesser de lutter maintenant, c’est s’avouer vaincu par les ténèbres."

"Ceci ne nous rend pas la tâche plus simple," répondit le Shashakar, morose. "Le monde a changé, ce dernier siècle, mais nous avons changé encore plus. Comment pouvons-nous combattre alors que nous ne nous connaissons pas nous-mêmes ? Alors que nous ne pouvons pas nous reconnaître entre nous ?"

La Qamar se redressa d’où elle se reposait, près du lit de perle scintillant. Les yeux du Shahadet s’écarquillèrent un instant ; il n’avait même pas réalisé qu’elle était assise. L’influence de la Souillure du Kashrak avait provoqué chez elle une croissance énorme, elle était devenue bien plus large que la plupart des Constricteurs. Se relevant sur ses anneaux, elle se dressa de toute sa taille. Elle était bien plus grande et plus large que le grand Shahadet lui-même.

"Nous pourrions retourner à notre sommeil," dit la Qamar, la voix emplie de tristesse. "Nous pourrions dormir éternellement, emplir nos rêves de ce qui était jadis et qui ne sera plus jamais. Mais à quoi cela servirait-il ? Qu’y gagnerions-nous ? Pensez à la fille humaine qui est venue à nous, qui est devenue la Zin. Après avoir été baignée dans les lits de perle, elle ne ressemblait plus à son espèce. Ses souvenirs étaient brisés, son ancienne vie perdue. Elle aurait pu nous abandonner lorsqu’elle a appris le poids de la tâche que nous lui avions confiée. Elle aurait pu renier son destin, refuser d’affronter le Kashrak. Mais qu’a-t-elle fait, en réalité ? Elle a vaincu le Kashrak et nous a libérés de la mort. J’ai beaucoup appris de la Zin. J’ai appris que la chose la plus facile à faire, c’est de mourir, mais qu’aussi longtemps qu’il y a de la vie, alors il y a de l’espoir. Lorsque je me suis réveillée et que j’ai vu mon visage hideux sur le reflet de l’eau, j’ai souhaité mourir. Mais lorsque j’ai repensé au terrible fardeau qui pesait sur Zin, aux obstacles qu’elle a bravés et franchis, je réalise que nous devons suivre son exemple. Nous sommes les Naga, les enfants de l’Œil Brillant et de l’Œil Blafard. Nous devons continuer. Il n’y a pas d’autre chemin."

Les mots de la Qamar résonnèrent dans la salle caverneuse pendant quelques minutes, après qu’elle ait parlé. Lorsqu’elle releva les yeux, elle vit que le Shashakar et le Shahadet la regardaient. Le regard du Shashakar était calme, pour une fois, exempt de la douleur qui déchirait son corps. Les yeux du Shahadet étaient remplis d’autre chose. De la fierté.

"Ma Qamar," dit le Shahadet, abaissant son regard respectueusement. "Si vous pouviez partager les mots et les sentiments que vous venez de nous montrer avec le reste de notre peuple, je pense que beaucoup de nos problèmes déclineraient rapidement."

"Je vais parler avec les Constricteurs," acquiesça la Qamar.

"Mille mercis," ma Qamar," répondit le Shahadet, pressant ses mains l’une contre l’autre et posant ses poignets contre son front en signe de respect.

"S’il vous plaît, il y a un autre sujet dont j’aimerais parler," dit la Qamar. "Celui qui nous a éveillés, le gardien appelé Quezar. Il a prétendu avoir des nouvelles du nouveau champion de l’Infâme ?"

"C’est exact, grande Qamar," acquiesça le Shahadet. "Il a dit qu’il avait reçu un défi d’un représentant de l’Infâme," siffla le Shahadet, "un moine humain appelé Koan."

La Qamar inclina sa tête, curieuse. "Le même Koan qui-"

"Oui," l’interrompit le Shahadet. "Le même."

"Je pense que j’aimerais en savoir plus à ce sujet," dit la Qamar.

"Immédiatement, grande Qamar," répondit le Shahadet.


Mirumoto Chojin passa à travers l’ouverture roussie de ce qui avait été jadis son appartement, un air triste creusant ses traits âgés. Togashi Meliko se tenait à côté de lui, observant attentivement le vieux Dragon. Des armures à moitié fondues et des armes brisées gisaient éparpillées à travers les pièces. Un grand trou était creusé dans le sol, souvenir du combat avec Yogo Ishak.

"Ce n’est pas si terrible, Chojin-sama," dit Meliko, une note joyeuse dans sa voix. "On dirait que certains de ces trucs peuvent encore être réparés." Elle s’avança d’un pas rapide vers une armure noircie, soulevant délicatement le kabuto des deux mains. "Hé, il n’a même pas l’air endommagé. Je parie qu’un tas de vos vieux trucs est toujours en bon état. Le feu ne pourrait pas endommager de bons vieux nemuranai Dragon, hein ?"

Chojin passa à côté d’elle, marchant lentement en regardant l’appartement autour de lui. Il ne portait plus l’armure lourde qu’il avait portée pendant l’invasion de la cachette Dragon et cette terrible nuit qui avait suivi. Il portait maintenant une chemise rayée et un pantalon kaki. Sa mince chevelure blanche était peignée avec une raie au milieu. Il ne ressemblait à nouveau plus à un maître armurier. Maintenant, il avait juste l’air d’un vieil homme.

"Les armes n’ont pas d’importance," dit Chojin avec un soupir. "Hisojo et les autres avaient déjà évacué tout le bon matériel." Il soupira en observant le coin de son appartement. Une télévision brisée et brûlée se trouvait là, devant les restes carbonisés d’un divan. Il posa une main contre son flanc, contractant la mâchoire tout en arrangeant le bandage sous sa chemise.

"Chojin-sama, vous allez bien ?" Demanda Meliko, soucieuse. Elle prit son bras des deux mains, prête à le soutenir s’il s’effondrait.

"Meliko, s’il vous plaît, je ne suis pas une poupée en porcelaine," dit-il d’une voix bourrue. "J’ai survécu à bien pire que ce que ces gobelins m’ont fait."

"Je suis désolée," dit-elle, s’écartant. "C’est juste que vous aviez l’air…"

"Je sais," acquiesça-t-il. "Ce n’est pas la blessure qui me fait du mal. Ce sont mes souvenirs. Avant l’autre nuit, j’ai vécu un long moment à cet endroit."

Meliko fit un sourire taquin. "Hisojo m’a dit que tout ce que vous faisiez, c’était rester assis dans votre divan, à manger des chips et regarder des séries télévisées."

Chojin souleva un sourcil. "Et alors ? J’ai combattu pour le Dragon Caché pendant quarante ans. Je pense que j’ai mérité le droit de me retirer. S’asseoir dans un divan en mangeant des chips et en regardant la télévision était un vrai rêve. Avant l’autre jour, je pensais que mes jours de combat étaient derrière moi." Il soupira, en baissant les yeux vers son flanc blessé. "Je crois que je m’étais trompé. Et me voici à nouveau au service du Dragon Caché, combattant et saignant."

"Et vous plaignant," dit Meliko avec espièglerie, en s’écartant de là où elle était.

"C’est ce que je fais de mieux !" Dit-il.

Meliko s’avança vers le coin de l’appartement et s’agenouilla à côté de la télévision cassée. Elle siffla en inspectant les restes de l’appareil. "Elle craint," dit-elle.

"Hé, rien que je ne puisse réparer," dit Chojin, en s’avançant pour regarder par-dessus son épaule. "Un nouveau tube cathodique, quelques câbles, et elle devrait être comme neuve."

"Non, ce n’est pas ce que je voulais dire," dit-elle. "Je voulais dire que c’est une TV vraiment vieille. Je ne savais pas qu’on en faisait encore, des comme ça. Elle a l’air d’être aussi lourde qu’une baignoire."

Chojin souffla. "Hé, dans le temps, si vous mettiez le prix, vous aviez de la qualité. C’était un bon modèle. Ils n’ont rien fait de mieux depuis. Enfin… sauf les Dojicorp à écran plat. Celles-là sont bien. Et très chères, aussi."

Meliko gloussa. "Ben, peut-être que vous pourrez vous en acheter une avec l’argent de l’assurance ?"

Chojin sembla surpris. "Hé," acquiesça-t-il. "Vous avez raison ! Ces gens me doivent un paquet d’argent. Bien sûr, ils ont probablement fait faillite, maintenant, quand on voit le reste de la cité. C’est bien ma veine."

"Votre veine ?" Rit Orin Wake, depuis l’entrée. "Après notre évasion de l’autre nuit, je sais que vous n’êtes pas du genre à vous plaindre sur votre chance, vieux Dragon." Le gaijin barbu croisa les bras et s’appuya contre le chambranle.

"Salut Orin !" Dit Meliko d’un air joyeux, toujours agenouillée à côté de la télévision.

"Salut, Meli-chan," dit Orin, faisant un large sourire.

"Vieux Dragon ?" Se retourna Chojin, en faisant craquer ses articulations et regardant Orin de travers. "La marque de respect adéquate est Chojin-sama, espèce de gros gaijin."

Orin éclata de rire. "Il est bon de voir que vous allez mieux," répondit Orin.

"Quand êtes-vous revenu en ville, Orin ?" Demanda Chojin.

"Juste à l’instant," répondit Orin, entrant dans la pièce et s’avançant pour aller serrer la main du vieux Dragon. "Je me suis dis que vous seriez ici."

"Comment vont les autres ?" Demanda Meliko, en enfonçant un petit morceau de bois dans la télévision cassée.

"Hé !" Fit Chojin. "Laissez ça ! Je vais la réparer !" Elle lui tira la langue.

"Ils vont bien," dit Orin avec un sourire. "Nous les avons emmenés à un centre pour réfugiés au Faubourg Nord. Je pense que Gyukudo s’occupe bien d’eux, maintenant."

"Et comment va Ishio ?" Demanda Meliko. Elle se releva et donna un coup de pied dans une épée cassée.

"Il va beaucoup mieux," répondit Orin. "Le médecin d’Athmose prend bien soin de lui. Peut-être pourrez-vous comparer vos cicatrices plus tard, Chojin."

Chojin hocha la tête. "Je passe, merci. Le Senpet est toujours en ville ?"

"Il est proche," acquiesça Orin. "Il a dissimulé le Thoth dans les collines au nord de la cité."

"C’est un idiot," conclut Chojin. "Je rentrerais dans les Nations Alliées si j’étais lui. Rokugan n’est pas un bon endroit pour un Senpet."

Orin plissa le front. "Je sais, mais il semble plutôt inquiet de ce qui s’est passé dans la cité, et les délires de Massad le tracassent encore plus. Il a décidé de rester dans le coin pour découvrir ce qui se passe, et voir si on a besoin de lui."

"Dites-lui de partir," soupira Chojin, en jetant un regard vers la cave à travers l’énorme trou dans le sol. "Un sens de l’honneur trop développé ne vous amène que des ennuis."

"Et moi qui pensais que j’étais le plus cynique," rit Orin.

"Ne sous-estime pas Chojin," dit Meliko, en observant par la fenêtre de l’autre côté de l’appartement. "C’est le vieil homme le plus grincheux que je connaisse."

Chojin la regarda, puis haussa les épaules. "Ouais, je pense qu’elle a raison. Alors, qu’est-ce que cette tête qui parle a radoté, aujourd’hui ?"

"Massad continue de parler du Jour des Tonnerres," répondit Orin. "Il dit que le Champion de Jigoku est en chemin, et que les barrages du mal seront ouverts. Et apparemment, il mord aussi. Un des hommes d’Athmose a failli perdre un doigt."

"Beuh," Meliko grimaça en regardant Orin. "C’est dégoûtant. Pourquoi n’allez-vous pas la jeter dans l’océan ou un truc dans le genre ?"

"Ce n’est pas une bonne idée," Chojin hocha la tête. "Il faut se méfier des morts-vivants. Je pense qu’Orin a pris le meilleur choix, à savoir garder ce Chacal là où on peut avoir un œil sur lui."

Orin acquiesça. "Athmose a dit que Massad avait récupéré un morceau de sa colonne vertébrale et de son épaule, hier matin."

"Son corps repousse ?" Demanda Meliko, choquée.

"Et bien, son corps repoussait," répondit Orin. "Puis Athmose a pris son sabre et-"

"Epargne-moi les détails," le supplia Meliko, en tendant les mains. Elle avait l’air un peu dérangée. "Désolée, mais les trucs de morts-vivants me dégoûtent."

"N’en veuillez pas à Orin," remarqua Chojin. "Tous ces gaijin sont insensibles au sang et à la violence."

"C’est à cause de ces stupides jeux vidéos que vous autres Rokugani exportez," dit Orin. "Ils ont perverti mon esprit fragile."

Chojin ouvrit la bouche pour répondre, lorsque son visage redevint soudain sérieux. Ses yeux se posèrent sur quelque chose derrière Orin, dans le couloir. Meliko regarda le vieux Dragon, puis dans la même direction que lui. Elle faillit laisser tomber le katana qu’elle avait ramassé parmi les débris.

"Chojin ?" dit Orin, confus. Il regarda dans le couloir, par-dessus son épaule.

Un homme énorme en armure verte et dorée se tenait dans le couloir, plus large que l’entrée elle-même. A côté d’elle se tenait une petite et belle femme, en robe rouge et verte. L’armure de l’homme fut immédiatement familière.

"Seigneur Hoshi ?" Dit Orin. Sa voix contenait un mélange de soulagement et de déception.

"Non," répondit l’homme. "Pas Hoshi. Pas exactement."

"Nous nous souvenons de vous, Orin Wake," dit Kyoko, en entrant dans la pièce et en levant les yeux vers le gaijin. Ses yeux étaient étranges, ils avaient l’air de passer d’une couleur à l’autre en l’espace d’un instant. Une sagesse insondable était enfermée en eux. Elle leva la main pour toucher la joue d’Orin et elle fit un faible sourire. "Nous nous souvenons très bien de vous."

"Alors, vous avez l’avantage sur moi, m’dame," répondit Orin, s’inclinant poliment.

"Excusez-moi, mais nous sommes nous déjà rencontrés ?" Intervint Meliko, s’avançant rapidement à côté d’Orin. Ses yeux brillaient d’un éclat rouge alors qu’elle fixait la femme.

La femme observa Meliko avec une expression délicate, pas du tout offensée. "Je suis Agasha Kyoko du Dragon Caché. Voici Mirumoto Rojo. Nous sommes les gardiens de la sagesse et du pouvoir du Seigneur Hoshi."

"Rojo ?" Fit Chojin, légèrement surpris, alors qu’il traversait l’appartement pour examiner l’homme en armure. "C’est vraiment vous à l’intérieur ?"

"Konichiwa, Chojin-sama," répondit Rojo d’un ton joyeux, s’inclinant devant le vieux Dragon autant qu’il en fut capable dans le couloir relativement petit. "Oui, c’est moi."

"Vous avez grandi," dit Chojin, observant Rojo avec stupéfaction.

"J’ai beaucoup changé," acquiesça Rojo.

"Chaque clan a une Machine de Guerre," dit Kyoko, en regardant Chojin et Rojo par-dessus son épaule. "Rojo est la nôtre."

"Ah, félicitations," acquiesça Chojin, l’air incapable de trouver ses mots. "Euh… vous pouvez retirer cette armure ou vous êtes coincé dedans ?"

"C’est compliqué," répondit Rojo, en reculant dans le couloir pour parler calmement avec Chojin.

"Vous dites que vous possédez la sagesse d’Hoshi ?" Demanda Orin. Kyoko porta son attention sur le gaijin. "Est-ce que le Seigneur Hoshi est vraiment mort, alors ?"

"Malheureusement," acquiesça Kyoko. "Nous sommes son héritage."

"Alors, que les Fortunes soient remerciées," soupira Orin. "Je suppose que vous êtes ici pour reprendre le commandement du Dragon, alors. C’est vraiment le bon moment."

"Hein ?" Kyoko sembla troublée. "Pourquoi devrions-nous reprendre ce que le Seigneur Hoshi vous a donné ? Nous sommes seulement ici pour fournir sa force et ses conseils, pas pour diriger. Le commandement objectif d’un Dragon nous a déjà emmenés en eaux troubles, auparavant. Ce dont le Clan du Dragon a besoin maintenant, c’est d’un meneur mortel. Le Seigneur Hoshi n’a trouvé personne plus qualifié que vous, Orin Wake. Pourquoi voudrions-nous rejeter sa décision ? Vous faites du bon travail."

"Vous n’êtes pas ici pour me remplacer ?" Demanda Orin. "Alors pourquoi nous cherchiez-vous ?"

"C’est une cachette du Dragon Caché," répondit Rojo. "Nous ne sommes pas du tout venus ici à votre recherche. Je pense que c’est ce que vous pourriez appeler une ’coïncidence’."

"Vous y croyez, aux coïncidences ?" Demanda sèchement Chojin. "C’est vraiment un nouveau jour pour le Dragon."

"Bien que ça soit un pur hasard si nous nous sommes rencontrés, Orin Wake, nous ne vous cherchions pas," ajouta Kyoko. "Nous étions venus ici pour quelqu’un d’autre."

"Un autre ?" Répondit Orin. "Mais il n’y personne ici. Cette cachette est abandonnée."

"Abandonnée," dit une voix venant de l’autre extrémité de l’appartement, "mais à chaque minute plus peuplée."

La porte de l’autre côté de l’appartement s’ouvrit et Kitsuki Hatsu entra dans la pièce, suivi par trois hommes tatoués et chauves, incongrûment habillés avec des t-shirts noirs, de lourdes vestes et des jeans.

"Orin. Chojin-sama. Meliko. Kyoko. Rojo," Hatsu s’inclina devant chacun d’eux, tour à tour. "Il est bon de tous vous revoir. Voici les Frères du Jour, Hitomi Mayonaka, Hitomi Shougo, et Hitomi Asahi."

"Hatsu !" Dit joyeusement Meliko. "Comment va Akkan ?"

"Elle va bien, Meliko-chan," répondit Hatsu en souriant.

"Je pensais que vous étiez repartis à la Montagne Togashi," dit Orin, en s’avançant pour serrer la main d’Hatsu. "Qu’est-ce qui vous ramène à Otosan Uchi ?"

"Je suis spécifiquement venu ici pour adresser mes derniers respects à Otaku Sachiko," répondit Hatsu, acceptant l’étrange salut du gaijin avec élégance. "Toutefois, je suis venu à Otosan Uchi pour des raisons bien plus urgentes."

"Hatsu a eu une vision," ajouta Hitomi Mayonaka.

"Quelque chose de terrible est à l’horizon," poursuivit Asahi.

"Un conflit qui rendra la naissance de Yoritomo no Oni bien pâle, en comparaison," conclut Shougo. Le regard du troisième homme tatoué semblait vague, comme s’il était étourdi ou s’il ne faisait pas entièrement attention.

"Une vision ?" Orin sembla mal à l’aise. "Pas encore. Ça suffit, le baragouinage Dragon. Hatsu, je pensais que de tout votre clan, vous étiez celui avec la tête la plus sur les épaules. Vous avez des visions aussi, maintenant ?"

"C’est une mauvaise habitude, je sais, mais nous avons tous nos imperfections," répondit Hatsu, acceptant la pique d’Orin avec un sourire en coin.

"Qu’avez-vous vu, Hatsu ?" Demanda Agasha Kyoko. On devinait la crainte dans sa voix, comme si elle semblait incertaine de vraiment vouloir entendre ses mots. Derrière elle, Rojo bougea légèrement et se détourna de Chojin. Il semblait se préparer à entrer en combat.

"J’ai vu Jigoku," répondit Hatsu.

Kyoko acquiesça, compréhensive. Elle se tourna vers Rojo, qui croisa son regard en plissant silencieusement le front.

"Vous avez vu Jigoku ?" Répéta Meliko. "Qu’est-ce que ça signifie ?"

"Je ne suis pas totalement sûr," dit Hatsu. "Mais je pense que ces évènements vont rapidement arriver à leur terme dans cette cité. Le Jour du Tonnerre approche, et je veux être prêt." Il se tourna vers Rojo et Kyoko. "Je vous ai vu lorsque j’ai observé la bataille contre l’oni aux informations, Rojo. Les journalistes ne semblaient pas savoir qui vous étiez, mais les autres pilotes des Machines de Guerre doivent certainement le savoir."

"Oui," répondit Rojo. "Nous nous sommes révélés aux dirigeants des clans. Aujourd’hui, nous pourrons mieux les aider s’ils connaissent le secret du Dragon Caché."

"Je suis d’accord," répondit Hatsu. "Où sont les dirigeants des clans, maintenant ? Pourriez-vous me mener à eux ?"

"Bien sûr," répondit Kyoko. "En fait, je pense que Kamiko et Yasu seraient soulagés de savoir que vous allez bien."

"Bien," répondit Hatsu. "Je dois voir immédiatement l’Empereur."

"Il ne va pas bien, et il est sous surveillance attentive," répondit Kyoko. "Il pourrait être difficile de vous arranger un rendez-vous."

"Alors, faites de votre mieux."

"Vous n’apprendrez pas beaucoup de lui," dit lentement Kyoko, le regard baissé. "L’âme de l’Empereur est troublée. Il est tiraillé entre Yoma et Jigoku."

Orin se gratta la barbe pendant quelques instants, comme s’il réfléchissait à une décision difficile. Finalement, il se retourna vers Hatsu. "Kitsuki, si vous y allez, je viendrai moi aussi. Je dois voir Kameru. Seigneur Yoritomo. L’Empereur. Peu importe comment il se fait appeler."

"Orin ?" Demanda Meliko, surprise par sa décision.

"Kameru n’avait pas beaucoup d’amis," dit Orin. "Mais jadis, j’étais l’un d’entre eux. Peut-être que je peux l’aider."

"Rien ne semble pour l’instant pouvoir améliorer son état," acquiesça Kyoko. "Peut-être que ça vaut la peine d’essayer."

"Mais nous alors ?" Demanda Meliko à Orin, en regardant un bref instant vers Chojin. "Où allons-nous ?"

"Vous pouvez certainement prendre soin de vous pendant quelques temps."

Chojin acquiesça. "Je peux utiliser ma radio pour contacter Ishio, et voir où lui et-" il jeta un regard à Hatsu et Kyoko, "-et les autres attendent."

"Les autres ?" Demanda Hatsu, curieux.

"Des amis que nous avons rencontrés pendant l’attaque," répondit Orin.

"Des secrets," dit pensivement Hatsu. "Voila donc la nouvelle honnêteté du Dragon Caché, Wake ?"

"Très bien," dit Orin, maussade. "Nous avons avec nous un Scarabée rempli d’envahisseurs Senpet, un Daidoji qui s’est échappé des oubliettes du Palais, et une tête zombie qui parle que nous gardons prisonnière. Ils se cachent dans les collines en dehors de la ville. Voila, le secret est dissipé. Heureux ?"

Hatsu cligna des yeux. "Cette réponse n’est pas aussi édifiante que je l’aurais espéré."

"Je pense que je comprends pourquoi vous autres Dragons êtes tel que vous êtes," dit Orin avec un petit sourire. "Mais rappelez-vous : c’est vous qui avez posé cette question. Maintenant, allons voir l’Empereur."


Saigo s’assit à nouveau sur le divan hideux couleur lavande et se mit à feuilleter les pages d’un magazine de jeux vidéo. Le magazine datait de sept mois et la plupart des articles étaient dépassés. Tous les jeux qui l’intéressaient, il les avait déjà achetés, et terminés, il y a des mois, mais c’était une meilleure lecture que les magazines de mode et de loisir ou ceux sur les animaux qu’on pouvait trouver dans la salle d’attente de l’hôpital.

Saigo se demanda vaguement s’il possèderait à nouveau un jour d’autres jeux vidéo, ou quoi que ce soit d’autre. Il n’était plus rentré chez lui depuis un mois, depuis ce jour où Tsuruchi Kyo lui avait tiré dessus. Il ne savait même pas si son appartement existait encore, ou s’il pourrait y retrouver ses affaires.

Il poussa un long soupir. Il avait lu le magazine de la première à la dernière page, lors de son attente dans la Miséricorde du Phénix. Il avait même lu le courrier des lecteurs, un signe qu’il n’avait rien de mieux à faire que perdre son temps. Il jeta un œil sur le magazine de loisirs sur la table, envisageant de lui donner une autre chance. Heureusement, un garde Mante s’arrêta à côté du divan de Saigo et lui tendit un gobelet de café chaud et un sandwich emballé dans du cellophane.

"Merci, Saburo," dit Saigo.

"Pas de quoi," répondit Yoritomo Saburo, en s’asseyant à côté du prophète et en déballant son propre sandwich. Les couloirs de la Miséricorde du Phénix étaient remplis de samurai en armure de tous les clans, rassemblés pour garder des personnalités importantes qui avaient été blessées lors de l’attaque de Yoritomo no Oni. Et bien sûr, le plus illustre d’entre elles était l’Empereur. Saigo avait pu faire la connaissance de nombreux gardes lors de ces deux derniers jours. La plupart étaient blessés, mais ils restaient en permanence attentifs, leurs armes prêtes, comme s’ils s’attendaient à ce que Yoritomo no Oni refasse son apparition. Saburo était plus commode que les autres, même s’il faisait son boulot sérieusement. Saigo l’avait tout de suite apprécié.

"Il y a quelque chose de bon là-dedans ?" Demanda Saburo, en faisant un signe de tête vers le magazine.

"Ben, il est vieux," dit Saigo en fronçant les sourcils. "Toutefois, il y a un gros article d’avant-première sur Last Dance 8. C’est vraiment marrant, parce qu’ils étaient tout excités sur ce jeu. Mais qu’est-ce qu’il est naze, en fait."

Saburo sembla surpris alors qu’il mordait dans son sandwich. "Vous ne l’aimez pas ?" Répondit-il. "Je pensais qu’il était bien."

"Vous plaisantez ?" Répondit Saigo. "C’est de la merde. Il ne tient pas la comparaison avec LD5. Celui-là, c’était le meilleur."

"Ah, ouais," souffla Saburo, comme si Saigo proclamait quelque chose d’évident. "Mais ça, c’est le meilleur qu’ils aient fait. D’ailleurs, c’est le meilleur jeu qui soit. Mais ça ne veut pas dire que LD8 n’était pas un bon jeu."

"Ils ont totalement foiré le design," répondit Saigo. "Ils ont ajouté cette stupide nouvelle technologie pour qu’il ne ressemble pas aux autres jeux. En plus, les personnages conduisent des bagnoles et tout ça. Et le nouveau système de magie était vraiment nul. Ça m’a pris un temps dingue pour arriver à comprendre comment ça marche. Je l’ai revendu après deux semaines."

"Vous l’avez vendu ?" Saburo releva la tête. "Mais, vous auriez dû vous y accrocher. Je l’ai seulement loué. Je n’arrivais pas à en trouver un à la vente. Je vous l’aurais racheté."

Saigo le regarda pendant un instant. "Je ne vous connaissais pas, à l’époque, Saburo."

"Ouais, mais vous pouvez prédire l’avenir, non ?"

Saigo souleva un sourcil.

Saburo éclata d’un gros rire, similaire au cri d’un âne.

"D’accord, vous vous moquez de moi, maintenant," dit Saigo.

Saburo mordit un autre coup dans son sandwich, en continuant de faire des petits bruits d’âne à moitié étouffés.

Derrière eux, les portes d’une des salles de l’hôpital s’ouvrirent. Saburo jeta rapidement un coup d’œil, déposa son sandwich et son gobelet sur la table, et se releva, alors que Doji Kamiko entrait dans la salle. Saigo se releva également. Les yeux de la jeune fille étaient rouges et humides, mais son expression était sinistre.

"Il va mieux ?" Demanda Saigo, bien qu’il connaisse déjà la réponse rien qu’en la regardant.

"C’est de pire en pire," répondit Kamiko. "Il est réveillé, mais tout ce qu’il fait, c’est marmonner sans arrêt au sujet de Jigoku et d’Ambition."

Elle avait l’air très triste et très fatiguée. Saigo s’éclaircit nerveusement la gorge. "Euh… vous vous êtes teint les cheveux à nouveau ?" Demanda-t-il, essayant d’égayer l’atmosphère.

Kamiko leva les yeux vers ses cheveux blancs comme la neige. "Non," dit-elle sarcastique. "Ils ont changé de couleur cette nuit. Vous croyez que je devrais voir un docteur ?"

"Désolé," dit Saigo, en massant l’arrière de sa tête d’une main. "Un changement de sujet plutôt raté, hein ?"

"Ça ira, Saigo," sourit-elle. "Je sais que vous essayez de m’aider, et je l’apprécie. Venez, descendons. J’ai besoin de manger quelque chose." La jeune championne Grue tourna les talons et se mit à marcher rapidement dans le couloir. Saigo dû presque courir pour la rattraper.

"Alors, Yoritomo continue de parler d’ambition ?" Demanda Saigo. "Il en parlait déjà lorsque nous l’avons retrouvé dans le Palais. Qu’est-ce que ça signifie ?"

"Il parle de l’Epée de Sang, Yashin," acquiesça gravement Kamiko. "Munashi a substitué l’Epée Ancestrale de la Grue avec l’Epée de Sang juste avant que mon père n’attaque l’Empereur."

"Qu’est-il arrivé à l’Epée Ancestrale de la Grue ?" Demanda Saigo.

"Un mystère à résoudre plus tard," répondit Kamiko. "Quoi qu’il en soit, l’épée de sang a dû terminer entre les mains de Kameru, à la mort de Yoritomo VI."

Saigo acquiesça. "Il avait une épée lorsque Ryosei et moi l’avons affronté dans le palais. J’avais senti qu’il y avait quelque chose de bizarre à propos d’elle."

"C’est probablement une bonne chose que vous ne l’ayez pas touchée," dit Kamiko. "J’ai été influencée par Ambition pendant un court moment ; je ne vous souhaiterais pas qu’il vous arrive la même chose, Saigo."

"Alors, il est maudit par une épée de sang et il a ce masque coincé sur son visage ?" Siffla Saigo. "Et moi qui pensais que j’avais un tas de gens vivant dans ma tête."

"Les médecins et les shugenja ne savent pas par où commencer pour essayer de l’aider," dit Kamiko. "Ils sont presque sûrs que s’ils enlèvent le masque, il mourra."

"Peut-être que les Crabes pourront faire quelque chose ?"

"Yasu nous a déjà fait part de quelques suggestions," soupira Kamiko. "La plupart d’entre elles impliquaient de braquer un fusil anti-oni sur la tête de notre Seigneur Yoritomo et d’appuyer sur la gâchette."

"Je suppose que c’est pour ça que vous ne lui parlez plus," répondit Saigo.

Kamiko acquiesça. "C’est un barbare." Elle marcha en silence quelques instants. "Je prie les Fortunes pour que ce Quêteur arrogant n’ait pas raison. Il doit certainement y avoir quelque chose à faire."

"Hmm," répondit Saigo. "J’ai fait quelques suggestions moi aussi, mais bon, tout ce que je dis, c’est nul, de toute façon."

Kamiko rit doucement et le regarda en continuant de marcher. "Mais non, Saigo."

"Oh, vous ne me connaissez pas," acquiesça-t-il. "C’est vrai. Vous pourriez demander à mes amis, si j’en avais. Je parie que vous pouvez demander à ce type, Saburo. Il ne me connaît que depuis deux jours, et il se moque déjà de moi."

"Vous avez plus d’amis que vous ne le croyez, Phénix. La Princesse parle en très grand bien de vous."

"Ah bon ?" Demanda Saigo, rougissant.

Kamiko haussa les épaules. "Tout ce que j’ai à vous dire, c’est de continuer comme ça et vous pourriez me donner des ordres, un jour. Techniquement, le beau-frère de l’Empereur a un plus haut rang qu’un champion de clan, vous savez."

Saigo s’arrêta un instant, puis rattrapa Kamiko. "Attendez une seconde. Elle n’a pas réellement parlé de trucs comme ça, non ? Euh, d’histoire de mariage ?" Il y avait une légère trace de crainte dans sa voix.

"Du calme, Phénix," répondit Kamiko sur le ton de la plaisanterie. "Un prophète sait certainement qu’on ne peut pas échapper à son destin."

"Dingue," répondit Saigo, en regardant le sol.

"Quoi qu’il en soit, revenons à notre histoire," reprit Kamiko d’un ton sérieux. "Peut-être que si nous avions Ambition, nous pourrions au moins obtenir quelques réponses, ou en tout cas, briser une partie de la malédiction qui pèse sur Kameru. Où avez-vous vu cette épée pour la dernière fois ?"

"Ambition ?" Répondit Saigo. "Yoritomo a enfoncé la lame dans le sol, dans le Palais de Diamant. Je suppose qu’elle est probablement dans la rate de Yoritomo no Oni, ou ailleurs."

"Hmm," acquiesça Kamiko. "Les Quêteurs sont toujours en train d’inspecter le corps de l’oni. Je ferai passer le mot pour leur demander d’être attentif à toute épée bleue brillante."

"Vous croyez réellement que retrouver Ambition pourrait nous aider ?" Demanda Saigo.

"Ça ne peut pas faire plus de mal," répondit Kamiko. "De plus, c’est une meilleure idée que de laisser cette épée, là, quelque part où quelqu’un pourrait tomber dessus par hasard, non ?"


"Hé, Tcha’th, viens voir ce que j’ai trouvé !" Cria Hida Kano au milieu des montagnes de débris.

La tête du petit ratling blanc dépassa de derrière quelques gros rochers. Une longue bande de soie était soigneusement repliée dans ses mains. "Peux pas !" Répondit-il. "Trouvé-trouvé peinture ! Toujours en bon état ! Très vieille ! Dois courir-courir la ramener au transport avant qu’elle se salisse."

"Ça peut attendre," rétorqua le Quêteur. "Ceci est vraiment cool."

Tcha’th soupira et baissa les yeux vers son fardeau. Un samurai en armure brillante rouge et noire avec un grand katana enflammé combattant un autre humain en noir. Un trône de jade se tenait entre eux, et une jeune fille en robe de soie bleue était cachée à l’arrière plan. Ça avait l’air ancien.

Oh, zut. C’était Kano le responsable ici, et s’il s’en fichait, Tcha’th s’en fichait aussi. Le Nezumi n’avait de toute façon aucun goût pour la peinture ancienne. Les moustaches de Tcha’th frémirent, il haussa les épaules, et jeta l’objet par-dessus son épaule, où il atterrit avec un ’pof’ poussiéreux. Il pourrait venir le rechercher plus tard si Kano changeait d’avis.

"Quoi ?" Demanda le Nezumi, en sautant d’un seul bond par-dessus un tas de gravats pour arriver à côté de Kano.

"Regarde ça," dit Kano, en brandissant un morceau de rocher. Un fragment d’une fresque était visible sur la surface. Un samurai en armure grise avec un tetsubo gisait sur le sol, éventré par une samurai-ko en violet avec un naginata. "C’est Hida et Shinjo."

Tcha’th fixa le rocher pendant un moment. "Hida qui ?" Demanda-t-il.

"Hida !" Répéta Kano, en tapant avec un doigt sur le mon Hida de son armure. "Le premier Hida ! Celui qui a fondé le Crabe !"

"Oh !" Tcha’th acquiesça pour montrer qu’il avait compris. Ses moustaches frémirent alors qu’il étudiait la peinture. "Hida battu-battu par une fille ?"

"On s’en fout !" Dit Kano, irrité, en jetant la fresque par terre. "Fouille dans ce coin là." Il donna un coup de pied dans les petits rochers brillants sur le sol. "Si c’est bien la peinture à laquelle je pense, et si ces morceaux sont bien les dalles auxquelles je pense, alors je crois que nous sommes dans les bureaux de l’Empereur."

Tcha’th sautilla d’un pied à l’autre. "Tcha’th doit s’incliner ?" Demanda-t-il.

Kano éclata de rire. "Tu crois que nous devons nous incliner devant un tas de rochers, Tcha’th ?"

Le Ratling haussa les épaules. "Sais pas. Samurai parfois bizarre. Peut pas faire de mal de demander."

"Peu importe," répondit Kano. "Fouille bien attentivement ici. Si tu trouves quelque chose qui a l’air d’avoir de la valeur, mets-le de côté pour qu’on puisse le rendre à la Famille Impériale."

"D’accord-d’accord," acquiesça Tcha’th et il grimpa sur le mur de débris. L’équilibre et la coordination du nezumi étaient parfaits pour les terrains inégaux. Kano regarda la créature bouger avec étonnement ; le Quêteur ne parviendrait pas à faire deux pas dans tous ces décombres du Palais de Diamant sans tomber.

Hida Kano s’assit un instant, étudiant les morceaux de la fresque brisée. Au loin, il pouvait entendre les grondements des véhicules de construction alors que d’autres sections du Palais en ruine étaient triées et emmenées pour étude. Kano n’arrivait pas à croire que le palais entier avait été une chose vivante pas plus tard que deux jours auparavant. Il était seulement arrivé en ville hier, et il n’avait vu que les gros titres dans les journaux - et l’état de la ville elle-même - comme preuve. Une partie de lui était déçue qu’il n’ait pu être là pour aider ses compagnons Quêteurs dans une bataille aussi importante. Une partie de lui était soulagée qu’il n’ait pas dû faire face à l’oni lui-même.

Plus haut sur la pile de décombres, Tcha’th lança un regard à son contremaître Crabe, la queue se tordant de mécontentement. Il restait là, assis à ne rien faire. Les humains étaient si paresseux, comme s’ils avaient tout le temps. S’il n’y avait pas de Nezumi, le travail n’avancerait pas. Tcha’th gratta son oreille avec sa patte tout en tentant de se rappeler pourquoi ils les aidaient. Ce n’est pas comme s’ils pouvaient avoir une promotion s’ils travaillaient durement. Aux yeux des humains, il était juste un rat en salopette comme tant d’autre au milieu de décombres.

Les yeux du Nezumi se resserrèrent soudain lorsqu’il vit un éclat dans les gravats. Il se déplaça pour voir ce dont il s’agissait. Il y avait vraiment quelque chose qui brille là-dedans, une chose métallique enfouie sous une grande pierre. Tcha’th attrapa fermement les bords de la pierre dans ses pattes antérieures et il le souleva, s’aidant de sa queue. La pierre se déplaça non sans mal, et le ratling regarda rapidement ce qu’il avait découvert.

C’était une épée. Un katana de samurai brillant. Il ressemblait à celui sur la peinture qu’il avait découverte, celui que portait le samurai en armure rouge. Tcha’th lança un regard vers Kano. Kano serait mécontent s’il voyait Tcha’th toucher le katana, mais ça ne poserait pas de problème si le Quêteur ne le voyait pas. Le jeune Nezumi ramassa l’arme, juste pour sentir le poids entre ses mains.

La poignée était plutôt chaude, et la lame était d’un blanc brillant, presque bleutée. Le scintillement de l’épée était vraiment très beau-brillant, et Tcha’th sentit son regard se perdre dans l’éclat. L’épée était si chaude et éclatante qu’elle semblait presque vivante…

"Ce n’est pas exactement ce que nous cherchions," dit une voix dans la tête de Tcha’th. "Mais ça fera l’affaire pour l’instant."

Tcha’th regarda autour de lui, essayant de voir d’où venait le son de la voix. Est-ce que Kano lui avait parlé ? Non, Kano regardait toujours le sol, essayant de reconstituer la stupide peinture. Peut-être qu’il n’avait pas entendu de voix du tout. Peut-être qu’il imaginait des choses ?

Et tandis que Tchat’th regardait Kano jouer avec les débris de la fresque brisée, le Nezumi sentit du ressentiment grandir en lui. Pourquoi devait-il écouter Kano ? Quelqu’un qui n’arrivait pas à faire son boulot sans l’aide d’un Nezumi ? Si Kano avait besoin à ce point de son aide, ça devrait être Tcha’th qui porte cette armure de Quêteur et Kano qui fouille dans les rochers. C’est ainsi que les choses seraient justes. Non ?

Oui. Définitivement. Tcha’th méritait mieux que ça.

Tcha’th était soudain totalement sûr de lui.

"Tcha’th !" Cria Kano sans relever les yeux. "Qu’est-ce que tu fais là-haut ? Tu as trouvé quelque chose ?"

"Trouvé quelque chose," dit Tcha’th, le regard posé sur la lame bleue et brillante de l’épée. "Trouvé quelque chose très beau-beau."

"Alors, descends de là et montre-moi ça," ordonna Kano.

"D’accord," répondit le Nezumi, se relevant juste au-dessus de la tête du Quêteur et soulevant la lame au-dessus de lui. "Toi-toi qui a demandé."

Tcha’th se sentit soudain très ambitieux.


Matsu Gohei jura à voix haute et frappa avec son poing armuré contre le mur fissuré. Les deux soldats de chaque côté de lui eurent un haut-le-cœur. L’un d’eux se retourna et courut à l’air libre. L’autre couvrit sa bouche avec une main et hocha la tête, incrédule. Trois corps en piètre état gisaient dans la pièce devant eux, une femme tenant deux enfants. Ils étaient éclairés d’une lueur pâle par les yeux jaunes brillants du zokujin.

Knjrglt, le zokujin, regarda vers Gohei. Son visage étrange était insondable. "Leurs esprits sont partis vers Yoma," dit-il simplement. "Je suis désolé, Puissant Lion, mais nous sommes arrivés trop tard."

Matsu Gohei acquiesça gravement, en passant une main sur sa bouche et son menton.

"Gohei-sama," dit une voix derrière lui. "Un message pour vous. C’est urgent."

"J’arrive," répondit Gohei, la voix rugueuse. Il se tourna vers le soldat à côté de lui. "Assurez-vous que ces corps soient emmenés et qu’ils reçoivent une sépulture décente. Identifiez-les si vous le pouvez, et ajoutez-les à la liste des victimes."

"Oui, monsieur," dit le soldat, avec un bref salut.

Beaucoup trop de victimes, pensa Gohei. Pas assez de survivants. Vraiment pas assez.

Gohei rendit le salut et escalada le tunnel creusé à même la roche jusqu’à la surface. Un groupe d’eta avec des sacs pour la morgue se dirigeait vers la tombe ensevelie. Kitsu Tono attendait Gohei au niveau de la rue. Le petit homme mince et nerveux portait une robe de soie couverte de poussière et de saletés. Un épais bandage entourait sa main gauche.

"Vous m’avez appelé ?" Demanda Gohei. Un soldat tendit à Gohei une gourde et Gohei but une gorgée avec un hochement de tête de remerciement.

"Kitsu Jurin a fait une découverte importante dans le journal, Gohei-sama," répondit Tono.

"Tant mieux pour elle," acquiesça Gohei. Il passa à côté de Tono, se dirigeant vers un groupe de soldats qui se tenaient autour d’un appareil pour détecter les séismes, de la taille d’une boite postale. Un petit groupe de zokujin méditaient en cercle non loin, récupérant la magie de la terre dont ils auraient besoin pour creuser jusqu’au prochain groupe de survivants.

"Vous ne voulez pas savoir ce qu’elle a découvert ?" Demanda Tono.

"Si vous êtes sur le point de me le dire, alors dites-le," dit Gohei, irrité. "Si c’était tellement important, je suppose que les Crabes et les Grues seraient déjà en train de se mobiliser. Puisque je constate que ce n’est pas le cas, je suppose que c’est à nouveau une perte de temps."

"Avec tout le respect que je vous dois, les prophéties ne sont pas des pertes de temps, Gohei-sama," dit Tono d’un ton dur. "Jurin a déjà déterminé que le journal de Saigo avait prédit beaucoup de ce qui s’est déjà produit. Le coup d’état de Meda, l’infiltration de Munashi chez les Maîtres, même la venue de Yoritomo no Oni était prédite. Il semble même prédire que les Naga vont bientôt se réveiller, ce qui a été corroboré par la Zin. Toutefois, le Briseur d’Orage a réussi à faire taire Saigo si tôt dans cette crise que c’est une grande injustice si tant de—"

"Je sais," rétorqua Gohei, se retournant et dévisageant sévèrement le shugenja. "Mes hommes et moi creusons à la recherche de survivants depuis cinquante heures. Nous sommes épuisés. Nous avons faim. Nous sommes démoralisés. Et nous n’avons eu que peu de succès. J’ai passé les trois dernières heures à creuser sur 20 mètres de profondeur après des appels au secours. Ces cris se sont arrêtés, il y a une heure. Nous avons découvert la cave et nous n’avons trouvé que des cadavres. Je sais que ce que Jurin est en train de faire pourrait nous éviter qu’une telle chose se reproduise, mais je sais également qu’il y a des gens qui sont toujours vivants dans cette cité-tombeau, et mon temps est mieux mis à profit si j’essaie de les sauver. Alors, qu’est-ce qui est tellement important ?"

Tono resta silencieux un instant. "Je vous demande de m’excuser, Gohei-sama. Je parlais de-"

"Oubliez les excuses, Tono-san," Gohei fit un brusque geste. "Répondez seulement à ma question."

"Ah," ajouta Tono. "Jurin a découvert des prédictions à la fois dans le journal de Saigo et celui de Kenjin qui coïncident avec la chute des Oracles que Jared Carfax nous a décrit. Elle pense que le Jour des Tonnerres ne pourra avoir lieu que lorsqu’il ne restera qu’un seul Oracle. Carfax doit affronter Yogo Ishak, et l’un d’eux doit mourir."

"Est-ce qu’Ishak est ce Champion de Jigoku dont ils parlent tout le temps ?" Demanda Gohei.

"Jurin pense que ça dépendra si Carfax le tue ou pas," répondit Tono.

"D’accord," acquiesça Gohei. "Donc, tout ce que nous devons faire, c’est protéger Carfax jusqu’à ce que nous soyons prêts à affronter le Briseur d’Orage ?"

"Difficile à dire," répondit Tono. "Les Dragons prétendent avoir déjà affronté Yogo Ishak, et que nous ne pourrions pas arrêter l’Oracle Noir même si nous le voulions. D’un autre côté, Bayushi Oroki a placé une garde d’Hommes de Main pour protéger l’Oracle lorsqu’il a entendu cette nouvelle, et il ne laisse plus Carfax sans surveillance."

"Oroki," grogna Gohei. "Placez vingt de nos meilleurs bushi pour protéger Carfax également. Occupez-vous de cela personnellement, Tono."

"Oui, Gohei-sama," répondit Tono en s’inclinant.

"Y a-t-il autre chose ?" Demanda Gohei. "Je dois retourner à mon travail."

"Oui," répondit Tono. Sa voix tremblait légèrement. Il avait l’air apeuré.

"Ah ?" Dit Gohei. "Allez-y."

"Il y a une prophétie particulière dans le journal de Saigo que Jurin trouve particulièrement dérangeante," répondit Tono. "Elle parle de ce qui pourrait arriver pendant le Jour des Tonnerres. ’Le dernier à tomber devant Hantei sera le premier à tomber devant Jigoku. Les guerriers mourront dans une furie sanguinaire à cause des ordres de leur seigneur.’"

"Qu’est-ce que c’est sensé signifier ?" Demanda Gohei.

"Dans le tournoi pour déterminer le premier Empereur, Akodo était le dernier à être vaincu ; il a été battu par le premier Hantei."

"Je le sais," rétorqua Gohei. "Mais quel est le rapport avec moi ? Suis-je damné parce qu’un Phénix a vu dans ses délires que j’allais détruire mes troupes ?"

"Les prédictions de Saigo ont été vraiment précises jusqu’à maintenant, mon seigneur," répondit Tono à mi-voix. "Je voulais juste vous demander d’être prudent-"

"Je suis toujours prudent, Kitsu," s’irrita Gohei. "Que suggérez-vous que je fasse ? Démissionner ? Refuser de mener le Lion à l’ultime bataille parce que j’ai peur des radotages d’un diseur de bonne aventure ? Et si ma décision était justement la folie dont parlait cet Isawa ? Que se passerait-il ? Dites-le-moi, que se passerait-il ? Comment puis-je être sûr que cette prophétie peut ou ne peut pas être évitée ?"

Les deux hommes gardèrent le silence quelques instants. Les bushi Lion et les zokujin non loin observaient les deux hommes, surpris par le soudain accès de colère de Gohei. Un rapide regard du Champion Lion les obligea à rapidement se remettre au travail.

"Tono," poursuivit Gohei, plus calmement cette fois. "Je ne connais qu’une façon de diriger mes hommes, c’est en suivant mon instinct. Je ne dédaigne pas votre avertissement. Je ne l’ignore pas. Toutefois, je ne peux raisonnablement pas le laisser entraver la façon dont je dois diriger mes hommes sans compromettre mes décisions, et ça, ce serait une injustice, à la fois pour le Lion et pour Rokugan. Par les Fortunes, je n’ai d’ailleurs pour l’instant pas pris d’autre décision que celle de sauver le plus possible de victimes de ce désastre." Gohei tourna les yeux vers la rue en ruine, vers les kilomètres d’immeubles brisés et les autoroutes qui avaient disparues.

"Je le comprends, mon seigneur," Tono acquiesça prosaïquement. "Je suis désolé si j’ai mis en doute votre intégrité de quelque façon que ce soit."

Gohei se retourna et fit face à Tono. Pendant un moment, le shugenja pensa que Gohei était sur le point de l’attaquer ou de l’insulter tout du moins. Ce type de comportement était devenu habituel chez l’impulsif champion du Lion. Mais au lieu de ça, Gohei se contenta d’acquiescer. "Ne soyez pas désolé, Tono-san," répondit-il avec une courtoisie inattendue. "A partir de maintenant, je veux que vous restiez à mes côtés à chaque instant."

"Mon seigneur ?" Demanda Tono, stupéfait.

"Maintenant plus que jamais, j’ai besoin de vos conseils," répondit le Lion. "Vous êtes un shugenja. Vous avez des affinités avec la magie et une meilleure compréhension que moi des forces de la destinée. Je ne peux pas me permettre de prêter attention à cette prophétie, mais vous le pouvez. Si vous sentez que je suis en train de mener mon clan vers la ruine, n’hésitez pas à me le dire."

"Gohei-sama, je ne sais pas quoi dire," répondit Tono. Tono ne servait Gohei que depuis relativement peu de temps - bien que plus longtemps que la plupart de ses autres conseillers - mais il avait quand même appris que faire des compromis n’était pas choses aisés pour le champion du Lion.

"Alors ne dites rien," répondit calmement Gohei. "Jusqu’à ce que le moment soit venu. Et puisque vous êtes ici, prenez une pelle et venez nous donner un coup de main. Il faut encore beaucoup creuser."


Trois hommes se tenaient au sommet d’une des dernières autoroutes encore intactes, observant en contrebas les restes de la cité. Même après deux jours, de minces filets de fumée s’élevaient où des feux brûlaient encore, mais le ciel était clair. Le soleil brillait sur les décombres de l’ancienne forteresse volante du Crabe et sur le corps brisé de Yoritomo no Oni.

"Ce n’est pas fini," dit calmement Hida Yasu alors qu’ils observaient les ruines d’Otosan Uchi.

"Ce n’est jamais fini," répondit Hida Tengyu, debout à côté de son fils.

"C’est fini pour le Kyuden," répondit Kaiu Toshimo, grattant sa barbe de quelques jours tout en observant la ville de leur perchoir. Le visage du vieil ingénieur était déformé par la douleur et l’inquiétude ; le Kyuden avait été sa plus grande création, et maintenant, il était détruit. Pour Toshimo, c’était comparable à quelqu’un qui voyait son enfant mourir.

"Nous le réparerons," dit Tengyu, plein de confiance. "Nous trouverons un moyen. C’est ce que nous devons faire."

"Pas à temps," dit Toshimo en hochant la tête. "Nous ne pourrons pas le réparer à temps. C’est lorsque nous en aurons le plus besoin que nous ne l’aurons pas."

"De quoi parlez-vous, Toshimo ?" Demanda Tengyu.

"Ce nuage noir," répondit Toshimo. "Les Kuni ont terminé leurs analyses de nos relevés initiaux, avant qu’il ne disparaisse de nos senseurs. Ils disent que c’est une nuée de kansen - le même type d’esprits qui ont été utilisés pour créer les tetsukansen."

"Combien ?" Demanda Tengyu.

"Des millions," répondit Toshimo.

Yasu grogna de mécontentement. "Mes patrouilles traquent ce nuage depuis deux jours, mais aucune trace de lui."

"Ils ont très bien pu monter dans l’atmosphère supérieure," acquiesça Toshimo. "Il pourrait être presque impossible de les traquer là-bas, jusqu’à ce que le Briseur d’Orage ait besoin d’eux."

Tengyu gronda. "C’est une fâcheuse façon de terminer le millénaire."

"C’est vrai," acquiesça Toshimo. "Bon, je dois retourner auprès de T’Chip et de mon équipe. Je dois voir s’ils ont avancé avec les réparations sur Ketsuen." Le vieil ingénieur s’inclina devant les deux autres hommes et s’éloigna, marchant prudemment sur le tronçon d’autoroute fissuré jusque là où le Mako l’attendait.

Yasu et Tengyu restèrent là-bas un long moment, observant en silence la cité en dessous d’eux. Un silence mortel s’était emparé d’Otosan Uchi. Le bruit de fond habituel pour une cité de cette taille avait disparu. Seul le cliquetis des équipements des équipes de secours ou le ronflement d’un occasionnel hélicoptère suggéraient qu’il restait encore quelqu’un dans la cité.

"Bon, et maintenant ?" Demanda Yasu, se tournant vers son père.

Tengyu regarda son fils. "Je ne sais vraiment pas," répondit-il. "Je crois que tu as raison, en tout cas. Ce n’est pas fini. Aussi grave que les choses aient été, elles vont empirer."

"Alors, que faisons-nous ?" Demanda Yasu, hochant légèrement la tête. "Quand cette bataille s’arrêtera-t-elle ? Quand cesserons-nous de nous battre ?"

Tengyu marqua une pause. "Yasu, quel âge avais-tu quand tu es entré à l’Académie des Quêteurs ?" Demanda-t-il.

Yasu sembla surpris par la question. "Quatorze," répondit-il. "C’était il y a quatre ans. J’ai menti sur mon âge à l’inscription. Je pense qu’ils l’ont laissé passer parce qu’ils ne voulaient pas emmerder mon père. Faut pas le faire chier."

Tengyu hocha légèrement la tête. "Dix-huit ans… Mais où s’en va le temps ?" Demanda-t-il, l’air légèrement attristé. "Yasu, tu sais que j’aurais du être ici—"

Yasu détourna le regard. "Je sais, papa, je sais," dit-il. "J’aurais voulu que les choses soient différentes, moi aussi. Mais ce n’est pas ainsi que les choses se passent, pour des gens comme nous. La famille vient en second, pas vrai ?"

"Non, ce n’est pas juste," répondit Tengyu, en renfermant son poing autour de la garde de l’Epée Ancestrale du Crabe. "Quel intérêt de combattre, si tu n’éprouves aucune joie à défendre ce pour quoi tu combats ? Yasu, j’aurais dû être ici. Lorsque ta mère est morte…"

Yasu regarda son père. "Tu étais là, papa. Tu as été là tout le temps. Pourquoi crois-tu que je suis devenu ce que je suis aujourd’hui ?" Yasu tendit les bras pour montrer les armes lourdes et l’armure endommagée par les combats qui recouvraient son corps.

Tengyu sembla surpris. "Quoi, serais-tu en train de me dire que tu es devenu un Quêteur pour m’impressionner ?"

Yasu éclata de rire. "Oh non," répondit-il. "Je ne suis pas stupide à ce point. Non, je suis devenu un Quêteur parce que je savais que tu étais là, quelque part, à combattre pour nous. Je pensais que le meilleur moyen de te faire revenir à la maison était d’y aller, de combattre dans cette guerre par moi-même, et de la terminer. Alors, peut-être que les choses seraient redevenues normales." Yasu marqua une pause, songeur. "Je suppose que c’est une manière plutôt idiote de penser, hein ?"

Tengyu regarda son fils, puis à nouveau vers la cité. "Non, pas du tout, Yasu," dit-il avec de la fierté dans sa voix. "Pas du tout."


Le Clan du Phénix pensait que des patients apaisés sont des patients en bonne santé, et avaient conçu leurs hôpitaux dans ce but. On ne trouvait pas dans les hôpitaux Phénix d’angles abrupts ou de couleurs sombres et déprimantes. Ils étaient construits et décorés dans le but de garder le patient au calme et aussi heureux que possible.

Soshi Isawa n’était pas d’accord avec les experts Phénix, mais Isawa n’était de toute façon pas d’accord avec les Phénix sur de nombreux points. Les cliniques et les centres de traitement d’Isawa, situées loin en dessous des rues de la cité dans le Quartier Scorpion, étaient des lieux lugubres et inquiétants. Isawa croyait qu’un hôpital devait ressembler à une tombe. Le patient, une fois à l’intérieur, se rappellerait immédiatement du destin qui attend ceux qui ne guérissent pas. Une fois exposé à un tel environnement, le patient soit guérissait rapidement, soit mourait rapidement. Dans les deux cas, son affliction cessait d’être un problème pour le reste de la communauté.

Bayushi Oroki était parfaitement au courant, car il connaissait bien Isawa. L’homme était fou, ça ne faisait aucun doute, mais il était également très bon dans ce qu’il faisait. L’homme était un génie en matière de prothèses tetsukami. Sans lui, Bayushi Zou serait resté invalide suite à sa rencontre avec Akeru no Oni, et la Machine de Guerre Scorpion n’aurait jamais été construite.

Ce soir, les talents d’Isawa allaient être à nouveau mis à l’épreuve. Oroki y songea en traversant les couloirs sombres de la clinique souterraine d’Isawa. Cet endroit était bondé ; après l’attaque du gigantesque oni, c’était un des rares hôpitaux fonctionnels à prendre soin des innombrables victimes de ce désastre. Oroki avait une idée en tête, traversant la foule comme une anguille, ne dérangeant personne sur son passage. Il tourna à un angle et approcha une paire de larges portes couvertes de signe d’interdiction. Sans y prendre garde, il les ouvrit d’une main et se mit à marcher dans les couloirs déserts au-delà de ces portes.

Les coûteuses chaussures en cuir d’Oroki claquaient sur le sol, résonnant dans le couloir vide. Des néons prirent vie à son approche. Pratiquement toutes les lumières des laboratoires d’Isawa s’allumaient en détectant un mouvement. Non seulement, ça permettait d’économiser l’électricité, mais ça servait de méthode plutôt efficace au Soshi pour l’avertir lorsque des visiteurs approchaient.

Au bout du couloir se trouvait un petit bureau devant une paire de grandes portes noires. Un grand homme en costume noir se releva à l’approche d’Oroki. Il portait un viseur tetsukami rouge sang sur son masque, fabriqué par Isawa. Sa posture rigide et menaçante, ainsi que son expression patibulaire l’auraient identifié en tant qu’homme de main, même si le costume démentait cette impression. Une de ses mains se glissa naturellement dans sa veste, se posant sur l’arme qui dissimulait sous celle-ci, sans aucun doute.

"Je suis ici pour voir Soshi Isawa," dit Oroki en continuant d’avancer.

L’homme de main ne dit rien, mais commença à sortir sa main de sa veste.

Oroki poussa un soupir exagéré, bien qu’intérieurement il soit impressionné par le souci du détail du garde du corps. "Quand on raconte un proverbe à un fou, il faut toujours lui en expliquer le sens," récita-t-il.

L’homme de main acquiesça, remit son arme dans son holster, et sortit la main de sa veste, vide. "Il vous attend, Oroki-sama," dit-il, s’inclinant puis ouvrant une des portes.

Oroki rendit son salut avec un simple signe de la tête et entra dans le laboratoire privé d’Isawa. La pièce était grande et était remplie du sol au plafond de toutes sortes de machines mystérieuses. Même Oroki, qui se considérait comme un aficionado de la technologie, n’était pas sûr de l’utilité de tous ces équipements. Beaucoup d’entre eux avaient été conçus par Isawa, ou étaient de technologie Phénix secrètement récupérée par le Soshi. Dans l’esprit de Soshi Isawa, cela ne faisait aucune différence.

Le sifflement et les bruits de pompe des équipements médicaux pour maintenir un patient en vie brisaient le silence du laboratoire. Oroki tourna au coin d’un tas de machines et se dirigea vers un espace ouvert au centre du laboratoire. Un lit d’hôpital se trouvait là, et il donnait l’impression de ne pas être à sa place en ce lieu. Son occupant était un homme horriblement défiguré, son corps était recouvert de cicatrices et de blessures. Des dizaines de machines étaient branchées en de nombreux endroits de son corps, le maintenant en vie ou lui fournissant des fluides vitaux.

"Zou," murmura Oroki. "Dans quel état est-il ?"

"Vivant. C’est la chose… la plus positive que je puisse dire." La silhouette voûtée de Soshi Isawa émergea des ombres sous un tas de machines. Ses longs cheveux noirs étaient ébouriffés et ses habituelles lunettes tournaient et pivotaient sur elles-mêmes. Une légère lueur verte brilla dans une des lentilles alors que des senseurs tetsukami étudiaient Bayushi Oroki. Le petit scientifique s’inclina profondément. "Je suis… désolé de ne pas pouvoir faire plus… pour lui."

Oroki lui rendit son salut. "Il est déjà très impressionnant qu’il soit encore en vie, considérant ce qu’il s’est passé. Vous avez fait du bon travail, Isawa-sama."

Isawa sourit légèrement. "Je ne suis pas… seul responsable de sa survie," répondit-il. "Zou a eu… la présence d’esprit de… se désengager du combat avant que l’oni le frappe… Il semble qu’il ait réalisé qu’un… grand robot ferait… une cible plus alléchante… qu’une personne isolée… Ne jamais sous-estimer un Homme de Main."

"Alors, quelles sont ses blessures ?" Demanda Oroki.

"Il a perdu une jambe… et une grande quantité de sang," dit Isawa, en avançant à côté de Zou et en posant les yeux sur son patient. "Il a subi de graves… dommages internes… Un poumon détruit… un rein perforé… la colonne vertébrale brisée… Les portes de Yoma vont peut-être bientôt s’ouvrir pour notre ami… Bayushi Zou."

"Il doit vivre," dit Oroki. "Assurez-vous pour qu’il vive, Soshi Isawa. Nous avons besoin de lui."

Isawa releva les yeux vers le Scorpion plus jeune que lui. "Oroki, vous avez l’air… inquiet," dit-il ironiquement. "Etes-vous sûr que vous… vous sentez bien ?"

"N’ai-je pas le droit de me faire du souci pour mon yojimbo ?" Répondit Oroki.

Isawa grommela. "Je n’étais pas… au courant que Bayushi Oroki avait des… amis," répondit-il.

Oroki garda le silence un instant. "L’état de santé actuel de Zou me force à réévaluer certaines choses."

Isawa sembla déconcerté. "Pourquoi ?" Demanda-t-il. "Ceci n’est rien que vous n’ayez déjà… vu auparavant. Vous n’étiez pas aussi soucieux lorsqu’il a perdu ses… bras."

"Pas tellement," répondit Oroki. "Ceci serait acceptable si Zou avait été abattu lors de la défense du Labyrinthe, combattant pour le Scorpion. Mais le voir se faire détruire par quelque chose d’hors de propos…"

Isawa eut un rire bref. "Un oni de cent quatre-vingt mètres de haut est… hors de propos ? Expliquez-moi…"

"C’était le problème de quelqu’un d’autre," cracha Oroki avec un revers de main. "Le Clan du Scorpion, comme d’habitude, a fait tout ce qui était en son pouvoir pour empêcher qu’une telle chose se produise. Ce sont ces fous de Lions, de Grues, et de Mantes et leurs foutus jeux politiques qui ont fait venir cette chose. C’était la faute de quelqu’un d’autre. Pourtant, Zou s’est précipité au combat contre l’oni lorsqu’on avait besoin de lui et il a offert aux autres l’opportunité dont ils avaient besoin pour détruire la bête. Et qu’est-ce que cet altruisme nous a rapportés ?"

"La cité," dit Isawa.

"Une cité morte," répondit Oroki. "Il nous a seulement permis de survivre pour que nous puissions graver l’inscription de sa pierre tombale. Pouvez-vous le remettre sur pied ? Combien de temps faudra-t-il pour qu’il récupère ?"

Isawa plissa le front. "Je ne crois pas que vous… compreniez notre situation…" répondit-il. "Ce n’est… pas comme la… dernière fois. Avant, Zou avait seulement perdu… ses bras… Cette fois, il a subi… de graves dégâts à plusieurs… de ses organes internes et à sa colonne vertébrale… Il faudra des années… avant qu’il ne récupère…"

"Je vous donne seulement quelques jours," répondit Oroki. "Est-ce possible ?"

"Impossible," ricana Isawa. "Pourquoi… un tel empressement ? Pourquoi… avoir besoin de Bayushi Zou ? Un autre Homme de Main ne pourrait-il fournir le même service ?"

"Le Jour des Tonnerres approche, Isawa," dit Oroki. "C’est une époque de prophéties, et j’ai encore une prophétie à accomplir."

"Voudriez-vous… partager ces informations ?" Demanda Isawa. "Avec une demande… aussi… déraisonnable au sujet de mon temps, je pense que j’ai le droit… de savoir."

"Qu’il en soit ainsi," dit Oroki. "Soyons tous les deux perplexes, alors. ’Le Scorpion Blanc montre la voie vers le chemin de la Vérité et vers le chemin des Ténèbres. Le Scorpion Blanc a son cœur empli d’obscurité et pourrait tous les détruire.’"

Isawa tira sur sa lèvre supérieure avec deux doigts pendant quelques instants. "Ceci ne m’est pas… familier," répondit-il. "C’est de… Uikku ? Ou d’Asako… peut-être ?"

"Non," répondit Oroki. "Elle est d’Isawa Saigo."

"Le petit prophète de la Princesse ?" Dit Isawa, surpris. "Comment avez-vous eu… accès à une personne aussi… importante ?"

"Saigo a fait cette prédiction bien avant que tout ceci se produise," dit Oroki. "Je connaissais ses talents avant que Ryosei sache qu’il existe. Je pensais d’abord que cette prophétie parlait de Shiriko, et que son ascension en tant que championne détruirait notre clan. Il s’est avéré que ce n’était pas le cas, tout spécialement depuis sa mort lors de l’attaque des Sauterelles."

Isawa acquiesça. "Et… Zou ? Vous pensez qu’il pourrait être… ce Scorpion Blanc ?"

"C’est possible," répondit Oroki. "Mais je ne crois plus que ce Scorpion Blanc soit un danger pour nous. Lorsque la prophétie dit qu’il pourrait ’tous les détruire’ peut-être que Saigo parle des armées de Jigoku ? Zou s’est montré très compétent contre l’oni."

"Et le cœur… empli d’obscurité ?" Demanda Isawa. "Le chemin de la Vérité… et le chemin des Ténèbres ? Qu’est-ce que… tout ça signifie ?"

"Zou a eu une vie complexe," répondit Oroki. "C’était un malfrat des rues de Ryoko Owari lorsque je l’ai trouvé, et il est devenu le garde du corps le plus mortel que j’ai jamais vu, même avant vos ajustements. Son expérience avec Akeru lui a apporté une certaine connaissance du ’chemin des Ténèbres’, sans parler du fait qu’il est l’une des rares personnes que je connaisse à avoir réussi à me cacher un secret."

"Un… secret ?" Demanda Isawa, soudain intéressé.

"Ça n’a aucune importance," dit Oroki. "Maintenant, revenons au sujet du jour. Est-ce qu’il est possible de remettre Zou sur pieds ? Que ça soit par magie, technologie ou d’autres façons que nous n’avons pas encore envisagées ? Est-ce qu’il y a quelque chose ? Un moyen ?"

Isawa regarda le corps mutilé du garde du corps pendant quelques instants, puis regarda vers le mur de machines, perdu dans ses pensées. Finalement, il se tourna à nouveau vers Oroki. "Oroki-san," dit-il, la voix soudainement calme. "Que connaissez-vous… du Projet Shinobi ?"

"Très peu de choses," répondit Oroki. "Je sais qu’il a provoqué la mort de mon oncle, et que c’est un des secrets les mieux gardés de notre clan. Pourquoi ? Que savez-vous de lui ?"

"Beaucoup de choses," dit Isawa avec un mince sourire. "La question est… Oroki-san… Vous sentez-vous prêt à connaître le Projet Shinobi ?"

"Je vous écoute," répondit Oroki.

"Alors écoutez bien," dit une voix venant de derrière lui.

Oroki se retourna rapidement, irrité de ne pas avoir détecté la présence de quelqu’un d’autre dans la pièce. Une silhouette musclée et robuste émergea des ombres. Il portait la tenue vert sombre des Magistrats d’Emeraude, et le mon du Clan du Sanglier était brodé sur son épaule.

"Vous êtes le Champion d’Emeraude," dit prudemment Oroki. "Heichi Tetsugi."

"C’est ainsi que vous me connaissez, oui," l’homme porta la main à son visage, et il y eut une ondulation de lumière alors que l’homme retira son masque. En quelques instants, l’illusion disparut. L’homme qui avait été Tetsugi était maintenant un homme au visage sévère, portant une armure noire et rouge. Une épée dorée scintillante était dans son fourreau à son flanc.

Oroki sursauta. Il reconnut l’homme immédiatement, bien qu’il n’y croie pas. "Bayushi Dairyu-sama ?" murmura-t-il. "Mon oncle, ils disaient que vous étiez mort."

"Ils se trompaient," répondit Dairyu.

"Ils se trompent toujours," gloussa Oroki.

"Je pense que le moment est venu pour que nous partagions quelques informations, mon neveu," dit Dairyu.

"Je vous écoute…" dit Oroki.


"Woah, la ville a connu des jours meilleurs," remarqua Iuchi Kenyu. Le jeune Licorne avait sa tête collée contre la fenêtre de l’hélicoptère à l’arrêt et il observait l’horizon en ruines de la Cité de Diamant.

"Vous autres humains, vous êtes très doués pour affirmer ce qui est évident," répondit Szash. Le Constricteur était enroulé inconfortablement à l’arrière de l’hélicoptère. Sans sièges adéquats pour lui, Sato avait été obligé d’entasser d’épaisses couvertures anti-feu à l’arrière du véhicule. Ça donnait à Kenyu la vague impression d’un serpent géant qui se reposait dans son nid, mais il garda ça pour lui. Szash détestait voler, et il était déjà assez énervé comme ça sans que Kenyu ne se moque de lui.

"Hé, lâchez-moi les baskets," rétorqua Kenyu. "Otosan Uchi est une des merveilles du monde. J’avais toujours voulu la voir, mais je n’étais jamais venu par ici. Et maintenant… ben, c’est foutu. Je suppose que c’est le genre de choses qui arrivent lorsqu’on hésite, hein ?"

"Kenyu, vous avez acquis mon respect," grogna Szash, "mais si vous continuez à satisfaire votre besoin permanent de remplir l’air avec le son de votre voix, cela risque d’endommager notre amitié. S’il vous plaît. Taisez-vous et laissez-moi penser."

"Oh. Euh… d’accord."

Szash acquiesça et retourna à sa méditation. Kenyu croisa les bras sur son siège et se concentra sur la difficulté de rester silencieux. Etait-il vraiment aussi bavard ? Kenyu se considérait comme quelqu’un de perspicace. Il ne disait rien qui ne soit important. Etait-il vraiment si agaçant ? Peut-être que Szash avait simplement un mauvais caractère. Il avait probablement eu des tas de problèmes dans sa vie. C’était sûrement ça. Kenyu se sentit désolé pour lui. Peut-être que lorsque tout ceci serait fini, il inviterait le Constricteur à l’accompagner dans ses voyages. Peut-être que ça améliorerait son caractère de chien.

Bien sûr, il allait être difficile de trouver une moto pour un Constricteur.

Kenyu cessa de penser à ça pour le moment et se remit à son observation du Temple des Eléments. Un soudain regain d’activité près de la porte attira son attention. Un groupe de bushi Scorpion semblaient être en pleine discussion avec un homme en costume blanc qui tentait de quitter le temple sans leur consentement. L’homme sembla ignorer leurs plaintes et se dirigea droit vers l’hélicoptère. Les Scorpions le suivirent.

"Mais qui est ce type ?" Demanda Kenyu, en faisant un signe de tête en direction de la fenêtre.

Szash se redressa et observa un moment, puis se rassit. "C’est un Oracle," répondit le Constricteur.

Kenyu regarda vers le Naga. "Comment pouvez-vous le dire rien qu’en le regardant ?"

"Nous en avons déjà discuté, Kenyu," répondit Szash. "Je n’ai pas envie de discuter des détails."

"Est-ce que vous savez lequel c’est ?" Demanda Kenyu, en regardant la fenêtre, puis à nouveau Szash. "L’Eau ? Le Feu ?"

"Comment pourrais-je le savoir ?" Dit Szash, l’air légèrement irrité.

"Hé, qu’est-ce que j’en sais, moi ?" Répondit Kenyu. "C’est vous qui avez des pouvoirs magiques de détection d’Oracle. Comment puis-je savoir ça si vous ne me le dites pas."

"Et bien, maintenant, vous le savez," siffla Szash.

"Bon, d’accord," répondit Kenyu, et il regarda à nouveau vers la fenêtre.

L’homme avait maintenant quitté la cour et il traversait la route pour venir vers l’hélicoptère. Les gardes de Shiba Sato tentaient de l’en empêcher, tendant poliment les bras et essayant de le faire partir. Kenyu et Szash étaient toujours recherchés à Neo Shiba, et donc les gardes avaient pour ordres de s’assurer que leur présence ici reste inconnue. L’Oracle regarda en direction de l’hélicoptère, mais il ne semblait pas capable de franchir les gardes armés de Sato. Les Scorpions observaient les Shiba avec attention, comme s’ils hésitaient à prendre les choses en main et écarter les Phénix pour permettre à l’Oracle de passer.

"Les humains," dit Szash, en agitant les mains tout en observant le spectacle. "Les Dragons Elémentaires vous accordent un présent, et vous vous disputez. Pourquoi ne suis-je pas surpris ?"

"Hmm," Kenyu réfléchit un instant, puis il ouvrit la porte de l’hélicoptère et sauta hors de celui-ci.

"Kenyu, qu’est-ce que vous faites ?" Siffla Szash, derrière lui. "Nous sommes sensés rester ici !"

"Je vais revenir."

Le Licorne traversa la rue pour rejoindre l’endroit où les gardes Shiba faisaient face aux Scorpions. Kenyu s’arrêta juste derrière eux, croisa les bras, et s’éclaircit la gorge de manière à faire une apparition qu’il espérait théâtrale. On ne rencontre pas un Oracle tous les jours.

"Iuchi-san," dit un des Shiba, le regardant l’air surpris. "Vous êtes sensé rester dans l’hélicoptère !"

"Personne ne me connaît ici," Kenyu haussa les épaules. "Qu’est-ce qui se passe avec ce type ?" Il fit un signe de tête à l’homme en costume blanc. Kenyu put voir qu’il avait aussi des cheveux blancs. Kenyu se dit que l’Oracle devait être un Grue lorsqu’il remarqua ses traits clairement gaijin.

"Ce gaijin nous cause quelques problèmes," dit l’autre Shiba. "Retournez à l’hélicoptère, Kenyu-san. Nous nous en occupons."

"Des problèmes ?" S’offusqua le gaijin. "Pour votre information, messieurs, je suis—"

"C’est un Oracle," acheva Kenyu.

Les deux Shiba regardèrent le gaijin, surpris. L’Oracle regarda Kenyu, encore plus surpris.

Kenyu figea cet instant dans sa mémoire, avec une certaine dose de satisfaction.

"Vous… vous êtes sûr ?" Demanda l’un des gardes.

"Bien sûr que j’en suis sûr," répondit Kenyu. "Je suis le Gardien des Terres, non ?"

Les Scorpions et les Phénix échangèrent des regards confus. L’Oracle profita de cet instant pour s’avancer entre les Phénix, vers Kenyu. "Vous devez être Iuchi Kenyu," dit-il, en tendant la main avec un sourire. "Je suis très heureux de finalement vous rencontrer. Mon nom est-"

"CARFAX !" Rugit Szash depuis l’hélicoptère.

Carfax regarda derrière Kenyu vers l’énorme Constricteur qui sortait de l’hélicoptère Shiba. Son visage se figea en une expression de terreur. "Oh non," dit-il.

"Szash ?" Dit Kenyu, en se retournant vers le Naga. "Est-ce que ça va ?"

"Jared Carfax !" Rugit à nouveau Szash, en glissant vers eux. "Je m’étais imaginé que vous seriez au plus profond du puits de Jigoku, maintenant. Est-ce que je dois rectifier cet oubli de la part de Jigoku ?" Les gardes Scorpions sortirent immédiatement leur pistolet et le pointèrent sur Szash. Les Phénix sortirent leurs armes eux aussi, mais incapable de savoir sur qui les braquer.

Kenyu s’interposa entre Carfax et Szash, se demandant vaguement s’il avait pris la bonne décision. "Hé là, mon grand ami," dit Kenyu. "Je pensais que vous aviez dit que vous n’aviez pas reconnu cet homme ?"

"Pas avant que je sente son odeur !" Cracha Szash, en braquant un doigt vers l’Oracle. "Cet homme est Jared Carfax, l’humain le plus sournois, méprisable et indigne de confiance que j’ai jamais eu le malheur de rencontrer !"

"Oh," marmonna Carfax à voix basse. "C’est sûrement Szash."

"Je présume que vous vous connaissez ?" Murmura Kenyu par-dessus son épaule.

"C’est une longue histoire," répondit Carfax, en reculant derrière les gardes Shiba, en fixant Szash avec surprise et terreur.

"Hors de mon chemin, Kenyu," dit Szash, en se penchant sur le petit shugenja. "Ceci ne vous concerne pas."

"Hé, du calme, Szash," dit Kenyu. "Nous sommes en ville. Vous ne voulez pas avoir des ennuis en tuant des gens à nouveau, hein ?" Kenyu remarqua que d’autres gardes sortaient du Temple des Eléments, formant une ligne devant le temple alors qu’ils tentaient de déterminer comment gérer la situation dans la rue. Les Scorpions avaient toujours leurs armes braquées sur le Naga.

"Je n’ai pas l’intention de tuer cet homme," répondit Szash, les yeux brillants. "La mort serait un cadeau comparé à ce que j’ai à l’esprit."

"Szash, vous êtes dans l’erreur," dit Carfax avec un rire nerveux. "Ce que j’ai fait, c’est à cause de notre amitié. C’était le mieux que je pouvais faire, en fin de compte !"

"Vous m’avez MENTI !" Rugit Szash. Le grand Naga attrapa Iuchi Kenyu par le col d’une main et souleva le Licorne facilement, alors qu’il continuait d’avancer vers Carfax.

"Szash, arrêtez !" Kenyu lutta en vain pour se libérer de la poigne du Naga.

"J’ai gâché deux décennies à suivre vos ordres !" Rugit Szash. "Vous m’aviez promis de trouver un moyen de guérir ce que j’ai perdu, et vous n’avez RIEN FAIT !"

"Ecoutez, Szash, soyons honnête," répondit Carfax. "Qu’est-ce que je vous ai promis, exactement ?"

"Szash !" Cria Kenyu.

"Je sais ce que je vais VOUS promettre, en tout cas !" Gronda Szash, en bousculant un des Shiba sur le côté d’un coup d’épaule, tout en bondissant vers Carfax.

"Ne faites pas ça, Szash !" L’avertit Carfax de façon menaçante.

"Ne bougez plus, Naga !" Cria le chef des Scorpions.

"Szash, ARRETEZ !" Hurla Kenyu.

Et Szash s’arrêta.

Tout le monde s’arrêta, sauf Kenyu.

Szash était figé, les griffes à quelques centimètres du visage de Carfax. Carfax était immobile, fixant le Naga avec une expression de malaise figée sur son visage.

"Je suis heureux que vous vous soyez finalement décidé à m’écouter," grogna Kenyu, en libérant son col de la prise du Naga et en tombant sur le sol. Il remarqua que la main de Szash était toujours en l’air, immobile.

Puis Kenyu remarqua que le bushi Shiba que Szash avait bousculé était figé en plein vol, à soixante centimètres au-dessus du trottoir.

"Lumineuse Otaku," souffla Kenyu, en arrangeant sa chemise. "Comment ai-je fait ça ?"

Kenyu remarqua également que Szash n’était qu’à un cheveu de donner un coup de griffes au visage de Carfax. Le Licorne contourna rapidement Carfax, s’arrêta un instant pour réfléchir à ce qu’il allait faire exactement, puis il attrapa le gaijin autour de la taille avec ses deux bras et le souleva.

"Ouf, il est lourd," grogna Kenyu en transportant l’Oracle sur le côté. "Vous mangez trop de viande, gaijin." Kenyu déplaça Carfax d’un mètre ou deux sur le côté, puis le reposa sur le sol. L’Oracle vacilla et faillit tomber à la renverse, mais Kenyu attrapa son bras et le remit en équilibre.

Kenyu remarqua que les Scorpions pointaient leurs armes vers Szash, puis il regarda le grand Naga. Il se demanda un instant si leurs armes pouvaient blesser Szash. Il ne vit pas d’armes tetsukami, et se dit que c’était peu probable qu’ils puissent le blesser. Toutefois, Szash serait encore plus en colère, et ça n’allait arranger les affaires de personne. Il retira rapidement les armes des mains de tous les gardes et les jeta dans une poubelle non loin. En revenant, il remarqua avec stupéfaction qu’une balle était bloquée en plein vol, là où elle venait juste de sortir d’un pistolet à présent absent.

Kenyu attrapa la balle entre deux doigts, puis il siffla de douleur alors que le métal venait de lui brûler les doigts. Enroulant le bord de sa longue chemise entre ses doigts, il réessaya, prenant la balle et la jetant par-dessus son épaule.

"Ça devrait être bon," acquiesça Kenyu, en regardant autour de lui. "Oh ouais, j’ai failli t’oublier," il fit un signe de tête vers le bushi Shiba en train de tomber. Il marcha jusqu’à l’hélicoptère, prit quelques couvertures anti-feu à l’arrière, les transporta jusqu’au garde, et les posa sur le trottoir en-dessous de lui.

Kenyu frappa dans les mains et regarda autour de lui. "Euh… ok," dit-il à voix haute. "Qu’est-ce que je fais maintenant ? Je ne sais même pas comment j’ai fait ça. Euh… partez ?"

Szash s’écrasa le visage en premier sur le trottoir, déséquilibré par la soudaine disparition de Carfax.

"Tonnerre !" Cria Jared Carfax. Un éclair d’énergie blanche frappa la rue vide un mètre devant lui.

Les Scorpions poussèrent des jurons troublés lorsqu’ils réalisèrent que leurs armes avaient disparu.

Le bruit d’un ricochet de balle résonna dans la rue, rapidement suivi par un bruit de verre brisé.

Et le Shiba atterrit sur une pile de couvertures.

"Mais que ?" Gronda Szash, en se redressant sur sa queue.

"J’ai raté," dit Carfax. "Comment ai-je… Attendez un moment."

"Vous," dit Szash, en se retournant vers Kenyu. "Comment avez-vous fait ça, Kenyu ?"

"Je… Je ne…" Kenyu s’interrompit, en vacillant légèrement. "Je ne… me sens pas très bien." Il remarqua du coin de l’œil Zin qui sortait du Temple et qui se dirigeait vers lui. Il tenta de lui sourire, mais n’y parvint pas. Elle avait l’air inquiète. La vision de Kenyu devint de plus en plus trouble.

Iuchi Kenyu s’effondra.


’Chez Shotai’ avait connu des jours meilleurs.

Les fenêtres de façade étaient soit criblées d’impacts de balles, soit totalement disparues. Les meubles restants étaient presque tous cassés. Quelques membres de l’Armée de Toturi avaient retrouvé certaines chaises volées dans les égouts proches (probablement traînées là-bas par des gobelins) et les avaient ramenées. Un grand brasier de corps noircis de gobelins et d’ogres était visible à l’intersection de la rue, laissé là par les nombreuses équipes d’eta qui nettoyaient la cité.

Mais malgré tout, aux yeux de l’Armée Toturi, ’Chez Shotai’ était toujours chez eux. De nombreux rônin et heimin dans l’Armée n’avait pas d’autre endroit où aller, pas de lieu qui comptait pour eux. Maintenant que la cité n’était plus un danger, ils étaient revenus ici. Pour eux, Otosan Uchi n’était pas morte. En fait, c’est maintenant plus que jamais qu’elle avait besoin d’eux.

Quelques hommes et femmes épuisés et couverts de haillons étaient assis autour d’une table au milieu de la salle principale de Chez Shotai. Chacun d’eux avait travaillé depuis la fin du désastre à chercher des survivants, soigner les blessés, et exterminer les derniers vestiges de l’invasion de l’Outremonde. Aucun d’eux ne pouvait prétendre avoir eu plus de quelques heures de sommeil, ces deux derniers jours. Le repas qu’ils partageaient autour de la table cassée était le premier vrai repas que beaucoup d’entre eux mangeaient depuis l’évacuation.

"Trop de gens," dit Ginawa, en mordant une nouvelle fois dans son sandwich. "Trop de gens sont blessés. Trop de morts."

Dairya regarda son ami de l’autre côté de la table. "Certains d’entre nous s’en sont bien tirés," répondit-il.

"Ouais, mais beaucoup de gens n’ont pas eu cette chance," répondit Tokei. Les mains de Tokei tremblaient alors qu’il soulevait une tasse de thé à ses lèvres. "Tu ne parviendrais pas à croire tout ce que Godaigo et moi on a vu à la clinique. C’est suffisant pour me faire recommencer à boire."

Hiroru lança un regard de travers au shugenja grisonnant.

"C’était pour plaisanter," siffla Tokei. "Merde, je ne suis pas un idiot. Je sais à quel point on doit rester lucide."

"Comment va Godaigo ?" Demanda Dairya, en plissant le front et en hochant la tête alors qu’Akiyoshi tendait au rônin infirme une autre cuillerée d’œufs.

"Il dort enfin," répondit Tokei. "Que les Fortunes le bénissent, il le mérite. Je pense qu’il carbure aux pilules de caféine depuis l’évacuation."

"Pourquoi est-ce que tu ne te reposes pas toi aussi ?" Demanda Ginawa, en observant attentivement le vieux shugenja fatigué.

"Je n’arrive pas à dormir. J’ai essayé," répondit Tokei, en fermant les yeux un instant. "Les esprits sont furieux depuis que la cité a failli devenir le nouveau Puits Suppurant. Je parie qu’il n’y a pas un shugenja dans un rayon de trois cent kilomètres qui a réussi à passer une nuit correcte."

Ginawa acquiesça. "Kamiko a dit que les Asahina ont le même problème. Je ne pense pas qu’on soit déjà quitte de ce problème."

"Est-ce qu’ils ont réussi à déchiffrer autre chose dans le journal de Saigo ?" Lui demanda Akiyoshi. "Ont-ils compris ce qui se passe ?"

L’expression de Ginawa devint maussade. "Ils ne savent rien. Même Saigo ne sait rien. Il n’arrive pas à comprendre la moitié des écrits dans son propre journal. C’est vraiment frustrant. Ajoutez à ça le fait que les clans se sautent au cou pour essayer de s’organiser et de garder la cité sous contrôle, et le fait que ces implants tetsukansen soient toujours là, et vous avez la recette pour un beau chaos." Ginawa but une autre gorgée de thé et son regard se fixa dans le vague, au loin.

"Tu as quelque chose en tête ?" Demanda Akiyoshi, son joli visage était assombri. "Tu as l’air inquiet."

Ginawa resta silencieux quelques instants. "Kamiko a pris les rennes du Clan de la Grue," dit-il. "Il y a son cousin qui travaille avec elle, et c’est un homme bon, mais après toute cette histoire avec Munashi, le clan entier est désorganisé, effrayé. Elle ne sait pas en qui faire confiance, qui croire… Elle a… Elle m’a demandé de revenir dans le clan… De reprendre le poste de mon neveu Eien en tant que responsable de la sécurité et dirigeant des armées Grues. Elle m’a même donné une armure Dojicorp et un nouveau Daisho. J’ai le choix, soit je les endosse et je me présente au poste, soit je ne le fais pas. Pas de pression sur moi. C’est ma décision."

"Wow. Responsable de la sécurité de Dojicorp. Belle évolution pour un ’chef de gang’," dit Mikio.

"Tu trouves ?" Répondit Ginawa, sarcastique. "Tu n’es pas allé voir Dojicorp, récemment."

Dairya observa calmement Ginawa. "As-tu dit oui ?" Demanda-t-il simplement.

Ginawa garda à nouveau le silence, réfléchissant à sa réponse. "Je n’ai encore rien répondu," dit-il. "Je lui ai dit que j’aimerais y réfléchir. En ce moment, elle a besoin de moi. La Grue a besoin de moi, mais vous aussi, vous avez besoin de moi. L’Armée de Toturi a besoin de rester unie."

"Bon, je déteste te contredire, mon vieil ami, mais on a survécu sans toi," répondit Dairya. "Pour le dire franchement, on est vraiment ce que Mikio a dit. Un gang. Nous sommes des dizaines, tout au plus. Et il y a peut-être des centaines de gens qui comptent sur nous. La Grue est un Clan Majeur. Il y a des millions de gens qui compte sur lui. S’ils s’écroulent maintenant, il y aura beaucoup plus de vies qui seront en jeu. Le Clan de la Grue ne t’a pas tourné le dos, c’est Doji Meda qui l’a fait. Et maintenant, lui et ce bâtard de Munashi sont morts tous les deux."

"Qu’est-ce que tu dis, Dairya ?" Demanda Ginawa. "Que je devrais quitter l’armée et redevenir Daidoji Jinwa ?"

"Tu étais un Daidoji !" S’exclama Hiroru, en claquant des doigts. "Je le savais ! Mikio, tu me dois dix hyakurai."

Ginawa lança un regard sombre à Hiroru.

"Tout ce que j’essaie de dire, c’est qu’il faut relativiser les choses," dit Dairya. "Tu as rejoins l’Armée parce que tu pouvais aider les gens ici. Il y a beaucoup plus de gens qui ont besoin de ton aide maintenant, Ginawa. Tu as l’opportunité de faire beaucoup de bonnes choses."

"Et je suppose que ce ne serait pas un problème pour vous si en retournant là-bas, l’Armée avait un allié important à l’intérieur de la plus puissante corporation du monde libre ?" Demanda Ginawa.

"Cette pensée ne m’a jamais traversé l’esprit," répondit sèchement Dairya. "Certains choix sont plus faciles à faire que d’autres, en tout cas. Tu n’es pas d’accord ?"

Les portes du restaurant s’ouvrirent avec un crissement de verre brisé et Genju Jiro entra. Deux membres de l’Armée de Toturi entrèrent à la suite du garçon, firent un signe de tête à Ginawa et aux autres, et s’assirent à une table éloignée. Hiroru redressa rapidement une chaise renversée et l’offrit à Jiro.

"Où étais-tu, Toku ?" Demanda Hiroru. Le ninja était un des derniers membres de l’Armée à encore utiliser le pseudonyme de Jiro. "On ne t’a pas vu depuis que la cité s’est fait démolir."

"Avec ma maman, au Faubourg Nord," répondit Jiro, en prenant la chaise. "J’ai voulu aller voir mon frère, mais les gardes de l’hôpital étaient assez bornés. Ils ne m’ont pas laissé entrer. Pour eux, je n’étais qu’un jeune garçon heimin comme les autres.

"Ben, Tokei a travaillé à la Miséricorde du Phénix," répondit Ginawa, en faisant un signe de tête au shugenja. "Tu as des nouvelles de son frère, Tokei ?" Shotai approcha de la table pour déposer une tasse de thé et une assiette de poisson frit devant Jiro. Le gros rônin resta près de la table pour écouter la conversation.

Tokei hocha légèrement la tête. "Aucun changement," répondit-il. "Il est toujours dans le coma."

"Jigoku," jura Mikio en recouvrant ses crêpes de sirop. "Daniri a de la chance d’avoir survécu ! Ce foutu oni l’a expédié en travers de trois immeubles ! Je ne me ferais pas de souci au sujet de ton frère, Toku. S’il assez fort pour avoir survécu à ça, je crois qu’il peut survivre à n’importe quoi."

"J’espère qu’il va vite se réveiller," dit Jiro.

"Nous l’espérons tous," acquiesça Ginawa. "Mais je suis d’accord avec Mikio. Ce n’est qu’une question de temps avant que Daniri ne soit à nouveau sur pieds."

"Et qu’il recommence à faire des films atroces," ajouta Hiroru.

"Je pensais que tu étais fan des films de Daniri, Hiroru," dit Akiyoshi. "La vidéothèque a appelé la semaine dernière parce que tu n’avais toujours pas ramené la copie de ’Prisonnier du Senpet’."

Hiroru lança un regard embarrassé à Akiyoshi, qui souriait.

"J’espère seulement qu’il se réveillera bien," reprit Jiro, les ignorant tous les deux. "Gohei et les autres ne voudront pas me recevoir, et je ne sais pas où est allée Mitni après l’évacuation. Elle a du profiter de la confusion et disparaître."

Dairya tourna légèrement son corps pour regarder vers Jiro. "Pourquoi veux-tu parler à Gohei, mon garçon ?" Demanda-t-il. "Et qui est Mitni ?"

"Inago Mitni. Une Sauterelle que nous avons rencontrée alors qu’on essayait de fuir la cité," expliqua Jiro.

Hiroru sursauta. "Pourquoi est-ce que tu étais avec une Sauterelle ?"

"Je n’ai pas vraiment eu le choix," répondit Jiro. "Nous avons découvert quelque chose qui nous a laissé croire que ce serait une bonne idée de travailler ensemble."

"Et qu’est-ce que c’était ?" Demanda Ginawa, en buvant à nouveau son thé.

Jiro marqua un bref silence. "Nous avons découvert qui est le Briseur d’Orage."

Ginawa toussa et recracha son thé sur la table.

"Wow," commenta Mikio. "Je pensais que les gens ne recrachaient comme ça que dans les films."

"Quoi ?" Rétorqua le vieux rônin. "Tu n’es pas sérieux ?"

Jiro acquiesça. "Si. Ikoma Keijura a découvert la réponse juste avant d’être tué pendant l’émeute des Sauterelles. Il a envoyé l’information à Daniri par e-mail."

Tokei prit un air méfiant. "A Daniri ? Pourquoi aurait-il une telle information à Daniri ? Je ne savais pas qu’ils étaient aussi proches."

"C’est compliqué," répondu Jiro. "C’est le même informateur qui a révélé le nom du Briseur d’Orage que celui qui a révélé la vraie identité de mon frère, et je suppose que Keijura lui a envoyé ça à titre d’excuses. Hé, je ne prétends pas comprendre comment les Lions pensent, hein ?"

"C’est amusant, ça," dit Mikio, "si on considère que tu es un Lion."

"Peut-être techniquement, mais je ne suis qu’un simple gamin aux yeux des gardes du Temple des Eléments. Si j’avais la chance de pouvoir rencontrer Matsu Gohei ou Hida Yasu ou un des autres, alors ils me reconnaîtraient et m’écouteraient, mais on m’a juste dit qu’ils étaient trop occupés."

"Si tu es très sérieux, alors tu aurais du venir nous le dire plus tôt, Jiro," dit Ginawa, sévère. "Je peux t’arranger une entrevue avec Doji Kamiko, et elle pourrait te faire obtenir une audience avec n’importe qui d’autre."

Jiro acquiesça. "Merci, Ginawa."

"Alors, qui est le Briseur d’Orage ?" Demanda brutalement Dairya. "J’ai besoin de le savoir non pas uniquement parce que nous devons l’arrêter, mais aussi parce que j’ai fait un pari sur son identité."

"Dairya," l’interrompit Tokei. "Cette information ne doit pas être divulguée à la légère. Jiro doit se montrer prudent au sujet des personnes à qui il le raconte, non ?" Le shugenja regarda les autres pour qu’ils le soutiennent.

"Merde," dit platement Dairya.

Tokei sembla surpris. "N’est-ce pas le genre de nouvelles qui pourrait provoquer une panique ?"

"Ecoute, Tokei," dit Dairya, en regardant du mieux qu’il en était capable à droite et à gauche. "Je crois qu’une panique, ça ne changerait plus rien, maintenant. Si le Briseur d’Orage est assez puissant pour raser une cité, alors la chose la plus prudente que Jiro pourrait faire, c’est de le dire partout et à toutes les personnes qu’il croise, pour que cette information soit connue. Peut-être qu’une fois que nous saurons d’où vient notre ennemi, nous pourrons l’empêcher de refaire ce genre de choses."

"Je suis plutôt d’accord," acquiesça Ginawa. "Alors, qui est-ce ? Qui est le Briseur d’Orage ?"

Et Jiro leur raconta.


"Nous y sommes, Docteur," dit Mirumoto Etsuya, en rangeant la camionnette sur le côté de la route et en désignant les montagnes à l’horizon d’un geste. "La Montagne Togashi, foyer du Dragon Caché."

Le docteur Kuni Zuiken poussa un soupir de soulagement. "Je pensais que je ne la reverrais plus jamais."

"Pourquoi allons-nous à la Montagne Togashi ?" Demanda Hinako depuis le siège à l’arrière. Elle tenait sa fille endormie dans ses bras. La petite boite contenant le bébé corbeau se trouvait sur le sol à ses pieds. Les trois autres Dragons qui leur avaient sauvé la vie à l’aéroport étaient assis derrière elle, écoutant et observant calmement. Un d’eux affûtait calmement son wakizashi. Un autre dormait, son coussin posé contre la fenêtre. "N’est-ce pas ici que vit ce télévangéliste ?"

"Hoshi Jack est en effet notre voisin," répondit Etsuya d’un hochement de tête. "Mais nous sommes des voisins très calmes. Il a peu de chances de nous remarquer. En fait, je parierais même qu’il ne sait pas que nous sommes là. Vous voyez, nous n’allons pas dans la montagne elle-même, mais dans les cavernes sous celle-ci."

Hinako hocha la tête. "Je ne comprends toujours pas ce qui se passe. Vous dites que vous êtes des Dragons. Vous êtes comme les Kitsuki alors ? Une sorte de branche de la police ?"

"Rien d’aussi officiel que ça," répondit Zuiken en gloussant alors qu’Etsuya redémarrait la camionnette. "L’histoire se souvient de la mort du Clan du Dragon dans l’explosion du Feu du Dragon il y a plus d’un siècle. L’histoire se trompe. Le Dragon est bel et bien vivant. Mon nom était jadis Agasha Zuiken. Je suis seulement un parmi de nombreux agents secrets disséminés dans la population de Rokugan."

"Pourquoi vous cachez-vous ?" Demanda Hinako.

Zuiken prit une profonde inspiration. "Une question complexe. Traditionnellement, le Dragon s’est toujours tenu à l’écart du reste de la société. Aussi étrange que ça puisse paraître, nous fonctionnons mieux lorsque nous sommes isolés, libre de toute alliance contraignante. Avec l’évolution de la technologie, le monde est devenu un endroit plus petit. Il était de plus en plus difficile pour nous de garder notre position de neutralité. Cela a embrumé notre vision, et nous a empêchés d’arrêter les évènements qui ont finalement conduits à la Guerre des Ombres. En simulant notre propre destruction, nous avons corrigé ces erreurs. Nous avons retrouvé notre clarté de vision, et nous nous sommes mis dans une position où nous pourrions agir en toute impunité contre les menaces contre l’Empire.

"Alors qu’est-ce que vous faites ?" Demanda Hinako. "Si vous êtes cachés, de quoi vous cachez-vous ?"

"De nombreuses choses," répondit Zuiken. "Les forces des ténèbres. L’Empire lui-même. Certains pourraient même dire que nous nous cachons de nous-mêmes, puisque notre anonymat n’a pas été acquis sans un coût. Il peut être difficile de rester honnête avec soi-même lorsque le visage que vous montrez au reste du monde est un mensonge." Etsuya posa un regard curieux sur Zuiken, puis retourna à sa conduite.

"Pourquoi vous intéressez-vous à nous ?" Demanda Hinako. "Pourquoi est-ce que l’oiseau que ma fille a trouvé est si spécial ?"

Zuiken réfléchit pendant un long moment à comment il pourrait répondre à cette question, caressant sa mince barbe d’une main. "Il y a plusieurs choses importantes qui doivent avoir lieu avant que notre devoir soit accompli," répondit finalement Zuiken. "Des symboles. Des évènements. Une série de prophéties. Le corbeau est un symbole important pour nous, car Shinsei a un jour voyagé avec un corbeau."

"Vous pensez que Karasu pourrait avoir quelque chose en rapport avec Shinsei ?" Demanda Hinako.

"Peut-être," répondit Zuiken. "Peut-être pas. Après tout, Hoshi Jack s’est déjà révélé comme étant Shinsei. Peut-être que Karasu est juste un petit oiseau remarquable qui n’a absolument rien à voir avec le Jour des Tonnerres. Mais les forces de Jigoku semblent vouloir vous faire du tort. Songez à cet oni qui a attaqué votre maison. Rappelez-vous ce qui s’est passé à l’aéroport. Même si le corbeau n’a rien à voir avec Shinsei, il est clair que l’Outremonde souhaite vous détruire. Rien que pour cette raison, le Dragon Caché vous protégera."

"C’est exact, Hinako-chan," acquiesça Etsuya. "Si les forces de Jigoku veulent quelque chose, alors c’est notre devoir et notre plaisir de nous dresser en travers de leur chemin. Ne craignez rien. Je jure sur mes épées que tant que vous resterez avec nous, nous vous protégerons."

"Merci," acquiesça Hinako. Aihime remua dans son sommeil, et Hinako déposa un baiser sur son front. Zuiken les observa toutes les deux, sourit, et regarda à nouveau la route devant lui.

Etrange. Le ciel semblait sombre au-dessus de la Montagne Togashi. Peut-être qu’un orage se préparait. Zuiken s’imagina qu’il avait vu passer une ombre noire au-dessus de la montagne elle-même. Un instant plus tard, elle avait disparu. Il hocha la tête et massa ses yeux avec deux doigts. Il devenait trop vieux pour une aventure pareille. Il n’avait pas dormi depuis un jour et demi. Maintenant, ses yeux lui jouaient des tours. Enfin, son voyage était presque terminé.

Dès qu’ils seraient rentrés à l’Usine et qu’il aurait rendu compte de ses découvertes, il pourrait finalement se reposer.


Hiruma Hayato sifflait en conduisant son véhicule tout-terrain Mudcat sur les ruines de Yoritomo no Oni. Ses yeux s’écarquillèrent et il écrasa son pied sur le frein lorsqu’il vit ce qui l’attendait.

La dernière chose qu’Hayato s’attendait à voir, c’était une émeute. Près de quarante ouvriers se bagarraient au bord du site de recherche, se frappant entre eux avec leurs poings, des pelles, et toutes sortes d’autres objets qu’ils avaient pu trouver.

"Mais qu’est-ce qui se passe ici, par Jigoku ?" Demanda Hayato, en s’arrêtant à côté d’un Quêteur à l’air désorienté debout au bord du combat.

"Je ne sais pas," répondit le Quêteur. "On dirait que les ouvriers Crabes et les Nezumi se battent."

Hayato lança un regard fâché à l’homme en sautant hors de son Mudcat. "Pourquoi ne faites-vous rien ?"

L’homme prit un air penaud. "J’ai des amis de chaque côté ! Je ne sais pas qui aider !"

Hayato se renfrogna. "Bon, j’m’en occupe alors," dit-il en sortant son fusil à pompe de la gaine dans son dos. Armant son fusil, il se tourna vers le combat et tira trois coups en l’air. Le combat s’arrêta soudain et tout le monde se retourna pour regarder Hayato.

"Ok, mesdames et messieurs," cria Hayato. "Je suis le Capitaine Taisa Hiruma Hayato, envoyé ici pour observer l’évolution des recherches par le Seigneur Tengyu lui-même. Soit vous arrêtez cette connerie immédiatement et vous me dites ce qui se passe, soit je m’occupe de vous. C’est compris ?" Il pointa son fusil à pompe vers la foule. A côté de lui, l’autre Quêteur sortit maladroitement son arme et fit de même.

"Quêteurs attaquer Nezumi !" Hurla un Ratling non loin, en pointant un morceau de tuyau vers Hayato. "Nous simplement nous défendre !"

"Ne faites pas confiance à ces rats !" Cria un Quêteur qui tenait un chiffon ensanglanté sur le côté de sa tête. "C’est l’un d’eux qui m’a attaqué !"

"Qui vous a attaqué ?" Demanda Hayato, en baissant son arme.

"Ils se ressemblent tous !" Hurla un autre Crabe.

"Espèce de raciste-" gronda un grand Nezumi, ramassant un bloc noirci dans sa main.

"Laissez tomber ce bloc, Nezumi-san," dit Hayato, en re-pointant son arme. "Vous n’avez certainement pas envie que j’intervienne là. Je vais viser votre queue. Vous vivrez, mais pensez au surnom que vous allez avoir."

Le Nezumi laissa tomber le bloc, les moustaches tremblantes.

"Bon," dit Hayato, en se tournant vers le Crabe qui saignait. "Qui êtes-vous et quel est le nom du Nezumi qui vous a attaqué, bordel ?"

"Mon nom est Hida Kano. Le ratling s’appelle Tcha’th."

"Appelle-nous Nezumi, raciste !" Gronda un autre Nezumi.

"Je vous appellerai comme je veux ! Ton copain m’a coupé l’oreille !" Mugit Kano.

Hayato soupira et tira à nouveau un coup en l’air. "Ecoutez-moi tous. Ceci ne rime à rien. Nous sommes des alliés. Il n’y a aucune raison de nous battre. Hida Kano, et tous les autres qui ont été blessés, venez avec moi. Je vais vous faire procurer des soins médicaux. Les autres, retournez au travail ou je dirai à Fuzake T’Chip de s’occuper de ça. C’est un Crabe et un Nezumi, il ne tolère absolument pas les conneries de ce genre. Je vous garantis qu’il ne sera pas aussi gentil que moi. Pigé ?"

Les Crabes et Nezumi rassemblés acquiescèrent et marmonnèrent leur accord. Les deux groupes commencèrent à se disperser, jetant des regards contrariés à l’autre alors qu’ils retournaient à leur travail. Hayato resta debout là où il était et attendit que les choses se calment avant de se tourner vers Kano. L’éclaireur soupira en voyant l’émeute se disperser. Bien que le combat soit terminé, il y aurait malgré tout quelques appréhensions qui subsisteraient entre les Crabes et les Nezumi, aujourd’hui. Peu importe comment tout ça avait commencé, ça avait commencé au plus mauvais moment. Hayato rengaina son fusil à pompe par-dessus son épaule et s’approcha d’Hida Kano.

"Vous dites qu’il vous a coupé l’oreille ?" Demanda Hayato.

"Avec un katana !" Acquiesça Kano, en prenant un sac en plastique ensanglanté dans sa poche. "Je l’ai juste ici."

Hayato soupira. "Montez dans la voiture. Et dites m’en plus sur ce Tcha’th."


Tcha’th était perché au sommet des ruines d’un immeuble abandonné, le katana en main. Son esprit travaillait. Il avait du mal à croire à ce qu’il venait de faire. Tout était si trouble. Pourquoi avait-il attaqué Kano comme ça ? Ce type était un bouffon, mais il n’était pas si mauvais. Maintenant, il était en plein dans les ennuis.

Dans sa main, Yashin ne pensait pas aux problèmes du Ratling. L’épée de sang ne se souciait que d’une seule chose : revenir jusqu’à son propriétaire légitime. Elle allait utiliser cette pauvre créature pour retourner dans la main de l’Empereur.

Mais que ferait-elle alors ? Une bonne question. En tout cas, il semblait que le rôle de l’Empereur dans tout ceci avait été joué. Il avait donné son nom à l’oni, et l’oni avait été détruit par la suite. Maintenant, ce n’était plus qu’une question de temps avant que le Masque de Fu Leng ne tue Yoritomo VII et achève cette histoire. Pourtant, Yashin était… curieuse. Il y avait quelque chose chez Yoritomo VII qui le rendait différent de tous les autres qui avaient porté l’épée de sang, à travers les siècles.

Yashin n’arrivait pas à déterminer ce que c’était, pour l’instant, mais elle était déterminée à se rapprocher autant que possible de l’Empereur jusqu’à ce qu’elle le découvre.

"Tcha’th devrait rentrer, s’excuser," marmonna le Nezumi. "Tcha’th pas penser-penser clairement. Peut-être pas pris assez de potassium ? Tcha’th va manger quelques bananes. Revenir. S’excuser. Arranger mauvaise-mauvaise tension entre amis."

Yashin reporta son attention sur le Nezumi. Il était dangereux de laisser son nouveau porteur avoir des regrets. Si ce rat ramenait l’épée de sang aux Quêteurs, ils la reconnaîtraient pour ce qu’elle est réellement. Et le temps que Yashin parviennent à s’échapper à nouveau, l’Empereur serait mort depuis longtemps et le Jour des Tonnerres ne serait plus qu’un souvenir. L’épée de sang étendit à nouveau son influence sur l’esprit du pauvre Nezumi, et tira. Il n’y avait pas beaucoup d’ambition dans l’esprit de Tcha’th, pour sûr, mais c’était suffisant. Yashin était très douée pour transformer les braises mourantes en brasier.

"Non," dit Tcha’th en sifflant. "Ça pas catastrophe. Ça être opportunité. Chance pour Tcha’th de partir et trouver chose mieux-mieux pour tous les Nezumi. Pas besoin des Quêteurs. Tout plein de personnes importantes en ville, travaillant comme des paysans pour réparer cité. Tout ce que Tcha’th besoin-besoin de faire est trouver samurai important et prouver-prouver valeur… Alors Tcha’th être important."

C’était vraiment une façon fort peu logique de penser. Cette pensée ne tiendrait pas avec le temps, mais Yashin ne s’en souciait guère. Il avait besoin du Ratling pour seulement quelques heures. Une fois qu’elle aurait atteint son but, l’épée de sang se fichait de ce qui pourrait arriver au pauvre Tcha’th.

"Mais qui ?" Marmonna Tcha’th. "Qui assez important pour risquer ?"

Yashin fournit serviablement au Ratling le lieu où se trouvait actuellement l’Empereur.


"Tout va bien, mon garçon ?" Dit une voix dans le brouillard.

Iuchi Kenyu avait l’impression qu’on lui martelait la tête, et sa bouche était sèche. Il pouvait sentir ses paupières gratter contre ses yeux lorsqu’il les ouvrit. Les muscles de ses jambes et de ses bras étaient douloureux, comme si on l’avait battu avec un bâton. Le jeune shugenja grogna de douleur lorsqu’il releva la tête et regarda autour de lui. Il était étendu sur un lit inconnu, dans une pièce inconnue. Quelques silhouettes étaient debout de l’autre côté de la pièce, mais sa vision était trop floue pour les reconnaître. Un homme âgé avec des lunettes de soleil, un bandana violet et une barbe de deux jours lui sourit, malgré le cure-dents qu’il avait en bouche.

"Heureux de te revoir parmi les vivants, kohai," acquiesça Iuchi Razul.

"Sempai Razul-sama ?" Répondit Kenyu, en s’asseyant et en clignant plusieurs fois des yeux pour s’éclaircir la vision. "Que faites-vous ici ?"

"Je travaille dans cette ville," rit Razul. "Que fais-tu ici, mon garçon ? Il y a des tas de gens qui s’inquiètent pour toi."

"Kenyu," dit Zin, en s’avançant et en s’asseyant sur le bord du lit. Elle prit une des mains de Kenyu dans les siennes. "Est-ce que ça va ?"

"Maintenant oui," dit-il en lui souriant.

"Kenyu," grogna Szash. L’énorme Naga s’avança en glissant vers le lit.

"Ecoutez, Szash," dit rapidement Kenyu. "Je ne voulais pas vous faire tomber comme ça dans la rue. Je n’ai pas compris du tout comment ça à pu se produire. Je—"

"Je vous remercie," dit le Naga, en pressant ses mains l’une contre l’autre et en posant ses poignets contre son front. "Mon tempérament aurait pu me coûter la vie, si vous n’aviez pas agi ainsi. Peu importe comment vous avez fait ça, vous avez ma gratitude, Licorne."

Kenyu ne savait pas quoi dire. Même Zin semblait surprise de voir une telle humilité chez Szash.

"Alors, qu’est-ce qui s’est passé dehors ?" Demanda Kenyu. "Est-ce que Carfax a lancé un sort sur moi ?"

"Bah, Carfax," grogna Szash. "Cet homme n’arriverait même pas à trouver de l’eau dans un lac."

"De la magie de déplacement," répondit Razul. "De la magie de déplacement pure. Voila ce que c’était."

"De la magie de déplacement ?" Demanda Kenyu. "Sempai, je ne suis pas sûr de comprendre."

"Notre peuple a passé un long moment dans le désert," répondit Razul, en s’asseyant sur sa chaise et en croisant une lourde botte sur son genou opposé. "Nous avons maîtrisé la sorcellerie gaijin qui modifie le temps et l’espace. Téléportation, vitesse améliorée, ce genre de choses. Ça s’est souvent montré bien utile, puisque de nombreuses fois, nous avons découvert que nous n’étions pas les bienvenus et nous avons dû parcourir les routes le plus vite possible. Avec le temps, ce genre de choses vous rentre dans le sang, et s’évanouit avec le temps. C’est ce qui s’est passé avec toi, Kenyu. Tu as hérité de la magie de déplacement. Je n’en avais jamais vu une utilisation aussi puissante que celle-ci, mais c’est vraiment ça."

"On aurait dit que le temps s’était arrêté," dit Kenyu.

"En quelque sorte," répondit Razul. "En fait, le temps est resté le même. Toi, d’un autre côté, tu t’es déplacé plus vite que le son. Ça n’a duré que quelques secondes, mais c’était suffisamment long. Je parie que tu as attrapé le roi des maux de tête à cause du mur du son. Je peux te dénicher quelques protèges-tympans tetsukami pour ça, juste au cas où tu aurais besoin de le refaire."

"Mais je ne comprends pas," Kenyu hocha la tête. "Tout le monde a toujours dit que ma magie était faible, que je n’avais aucun talent. Même vous me l’avez dit. Comment pourrais-je faire quelque chose comme ça ?"

"Nous pensions que ta magie était faible," répondit Razul. "Tout bien considéré, tu es juste très spécialisé. Ta magie est faite pour la vitesse, Kenyu. Soit très prudent lorsque tu l’utilises ou tu pourrais te détruire. Pense à ce que tu ressens maintenant, alors que ça n’a duré que quelques secondes."

"Alors, qu’est-ce que je dois faire maintenant ?" Demanda Kenyu.

"Maintenant ?" Répondit Razul en se relevant et en époussetant sa veste de cuir des deux mains. "Que veux-tu que je te dise ? Fais un somme. Reste dans les parages. Fais du bricolage. Ça ne m’intéresse pas ; j’ai déjà bien assez de trucs à faire sans devoir faire du baby-sitting aussi. Vous gardez un œil sur lui, Zin ? Les Phénix ont l’air de penser qu’il a besoin d’un chien de garde."

Zin acquiesça. "Je pense que je peux m’occuper de lui, oui," répondit-elle.

"Cool," acquiesça Razul. "A bientôt, kohai." Le daimyo Iuchi se retourna et quitta la pièce, en trébuchant sur la queue de Szash. "Mais enfin, Naga, regardez où vous laissez traîner vos affaires," marmonna-t-il.

"Maladroit de Licorne," grogna Szash une fois que le Licorne fut parti.


"Kitsuki Hatsu, Orin Wake," dit Kamiko, s’inclinant devant le Dragon et son compagnon alors qu’ils entraient dans la Miséricorde du Phénix. La paire était escortée par une dizaine de bushi Grues et Mantes.

"Vous me connaissez ?" Demanda Orin, surpris.

"J’ai entendu parler de vous," répondit Kamiko. "Seigneur Yoritomo m’a souvent parlé de vous."

"Ah bon," répondit Orin, pas sûr de ce qu’il devait en penser.

"Quelle joie de vous revoir, Kitsuki-san," dit-elle, souriant poliment à Hatsu.

"Kamiko-sama," répondit Hatsu en s’inclinant à son tour. "Saigo-san," il se tourna et fit un signe de tête au prophète qui se tenait à côté d’elle. "Je vous remercie d’avoir accepté de me rencontrer."

"Pensiez-vous que je n’accepterais pas ?" répondit Kamiko, d’un ton malicieux. "Ce n’est pas comme si j’avais à ce point tellement d’amis que je pouvais me permettre d’en laisser tomber quelques-uns."

"En tout cas, il me semble que vous vous débrouillez très bien," répondit Hatsu. "Je constate qu’en moins d’une semaine, vous êtes passée du statut de réfugiée dans le taudis de l’Armée de Toturi à celui de Championne de la Grue."

"Ce n’était pas vraiment une semaine ordinaire," répondit Kamiko. "Vous êtes ici pour voir l’Empereur ? C’est ce que sous-entendait Agasha Kyoko."

"Oui," répondit Hatsu avec un petit signe de tête. "Si ça ne pose pas trop de problèmes."

"Ou même si ça en cause," ajouta Orin d’un haussement d’épaules. "Nous sommes pressés."

Kamiko posa les yeux sur Orin, puis se retourna et se dirigea vers le couloir. "Suivez-moi," dit-elle par-dessus son épaule. Hatsu et Orin se mirent à la suivre rapidement. Isawa Saigo et le reste des gardes leur emboîtèrent également le pas.

"’Où même si ça en cause’ ?" Murmura Hatsu à Orin. "Pourquoi avoir dit ça ? Vous essayez de l’insulter ou quoi ?"

"Désolé, les Grues me hérissent le poil," répondit Orin en murmurant. "Je ne sais pas trop ce qui ne va pas chez eux. Trop rigides, peut-être."

"Bon, gardez vos remarques pour vous, la prochaine fois. Elle va bientôt devenir la prochaine Impératrice, pour l’amour d’Amaterasu !"

"Pas mon Impératrice," répondit Orin. "Je rentrerai chez moi quand tout sera fini."

Hatsu soupira. "Je pensais que votre père était un diplomate."

Orin acquiesça. "J’étais la brebis galeuse de la famille."

Doji Kamiko les guida à travers les couloirs surpeuplés de l’hôpital, à travers des escaliers et de multiples salles. Finalement, ils arrivèrent à l’étage le plus haut de l’hôpital. La sécurité était renforcée, ici. Des bushi en armure des Légions Impériales patrouillaient dans les couloirs, en compagnie d’une poignée de Shiba aux vêtements colorés et même quelques Quêteurs. Des docteurs Phénix en blouses rouges et des shugenja étaient partout, courant en allant s’occuper de leurs lourdes responsabilités auprès de leurs patients. Kamiko les guida au cœur de cette zone, jusqu’à une paire de portes gardées par les deux gardes Guêpes à l’aspect le plus féroce qu’Hatsu ou Orin avaient jamais vu. Lorsqu’ils virent Kamiko, ils la saluèrent rapidement et se mirent sur le côté.

"Excusez-moi," dit une voix venant d’une salle d’attente non loin. "Vous retournez à l’intérieur pour le voir à nouveau ?"

Ils se retournèrent pour découvrir un homme chauve à l’air fatigué portant une longue veste rouge avec le kanji enflammé du Conseil Elémentaire sur la poitrine. Il tenait une tasse de café en main, et un croissant à moitié mangé dans l’autre.

"Maître Kujimitsu," dit Doji Kamiko, en s’inclinant devant le Phénix. "Voici Kitsuki Hatsu du Dragon et… Orin Wake." Elle désigna les deux hommes.

"Le détective," Kujimitsu fit un signe de tête vers Hatsu. "Je pensais que vous étiez recherché par la Garde Impériale."

"Je le suis moi aussi, techniquement," répondit Kamiko. "Le Kitsuki a été victime de la même conspiration que moi. Il est venu ici en tant que représentant du Dragon Caché, et s’est mis de lui-même sous la détention préventive du Clan de la Grue."

"Je vois," Kujimitsu but une gorgée de café. "Et vous ?" Demanda-t-il à Orin. "Vous êtes le fils de l’ambassadeur Amijdali, n’est-ce pas ?"

"Oui, monsieur," répondit Orin. "Ne faites pas attention à moi, je ne fais que visiter."

"Ah," acquiesça Kujimitsu. "Le légendaire sens de l’humour Amijdali. Ou quelque chose du genre. Monsieur Wake, je présume que vous savez ce qui se passe dans cette pièce derrière nous ?" Il fit un signe de tête vers les doubles portes. "L’Empereur de Rokugan ère entre la vie et un destin plus horrible que ce que n’importe lequel d’entre nous ne pourrait imaginer. Même moi et le Conseil Elémentaire n’avons rien pu faire pour ralentir le processus, sans même parler de l’arrêter. Pour la première fois en deux jours, il se repose. Et maintenant, vous espérez que je vais me mettre sur le côté et vous permettre de déranger son sommeil alors que vous ne faites pas preuve du respect adéquat envers moi ? J’ai bien envie d’ordonner à ces gardes de vous jeter en bas des escaliers, sauf que ce serait faire perdre du temps à mes docteurs s’ils devaient vous soigner ensuite."

"Hé, écoutez-" commença Orin.

"Toutes nos excuses, Maître Kujimitsu," dit Hatsu, en s’interposant entre Kujimitsu et Orin. "Monsieur Wake a vécu des moments difficiles depuis la mort de son père. L’Empire n’est pas un lieu très accueillant pour les étrangers, depuis le décret de Yoritomo VI. Vous pouvez certainement faire preuve d’un peu de clémence vis-à-vis de lui, n’est-ce pas ? C’était l’un des rares amis de notre Seigneur Yoritomo avant que cette terrible suite d’évènements ne débute. Peut-être qu’il pourrait être d’une quelconque utilité."

Kujimitsu but une autre gorgée de café, plus longue. Il regarda Orin par-dessus l’épaule du Kitsuki, sans dissimuler son regard chargé d’animosité. "Deux minutes," répondit Kujimitsu. "Vous avez deux minutes. Puis, je veux qu’il sorte de mon hôpital." Il désigna Orin avec son croissant.

"Tous mes remerciements, Maître de l’Eau," Hatsu s’inclina, reconnaissant. Les gardes ouvrirent les portes, permettant à Saigo et Kamiko d’entrer dans la chambre de l’Empereur. Hatsu et Orin étaient juste un pas derrière eux. Hatsu lança à Orin un regard d’avertissement. Le gaijin avait juste l’air perplexe.

La chambre était petite, peinte en couleurs douces. Un lit occupait la majeure partie de la pièce, sur lequel gisait le corps inconscient de l’Empereur. Il portait un simple peignoir d’hôpital, ainsi que le masque de porcelaine blanc, abîmé et grimaçant, toujours accroché à son visage. Ses membres étaient contusionnés et meurtris. Du sang était séché sur les bords de son masque, en dépit des efforts constants des docteurs pour le nettoyer. Il était attaché au lit au niveau des poignets et des chevilles par des chaînes forgées dans un métal verdâtre fourni par les Quêteurs. Il semblait paisible, du moins pour le moment. Son visage était détendu, pendant son sommeil.

Yoritomo Ryosei était assise sur le bord du lit. Lorsque les quatre visiteurs entrèrent, elle se releva et leur fit un léger sourire. Ses yeux étaient rouges de fatigue et de chagrin. Sa robe de soie verte était légèrement froissée, comme si elle avait dormi dedans.

"Oh, Orin," dit Ryosei, en s’avançant pour prendre le grand gaijin dans ses bras. Orin sentit une boule se former dans sa gorge lorsqu’il prit la petite femme dans ses bras.

"Tout va bien, Ryosei-chan," dit Orin. "Il va s’en sortir. Kameru n’a jamais baissé les bras de toute sa foutue vie. Il est trop têtu pour mourir."

"J’espère que tu as raison," dit-elle, en s’écartant et en lui souriant. Elle se retourna et vit Saigo debout dans le coin de la pièce, qui essayait d’avoir l’air discret ; elle s’avança vers lui, prenant sa main dans les siennes.

"Alors, Hatsu ?" Demanda Kamiko, en désignant le corps de l’Empereur. "Qu’en pensez-vous ?"

Hatsu ferma les yeux pour se concentrer, permettant au pouvoir de son tatouage du Vide pour améliorer ses sens. Il étendit ses perceptions dans la pièce autour de lui, sentant chaque odeur, chaque texture, chaque chose dans ses moindres détails. Il étendit ses perceptions vers l’homme inconscient gisant sur le lit devant lui.

Hatsu ne sentit rien.

En surface, l’Empereur apparaissait tel qu’il avait toujours été, mais la surface n’était qu’une fine coquille. A l’intérieur de Yoritomo VII se trouvait un grand espace vide et blanc. C’était presque comme si le corps de l’Empereur était devenu un trou dans la structure de l’univers.

"Qu’est-ce qui ne va pas, Hatsu ?" Demanda Kamiko. "Vous avez l’air troublé."

"Je ne comprends pas ce que je vois," répondit Hatsu. "C’est comme s’il n’y avait rien, ici."

"Rien ?" Dit rapidement Saigo. "Que voulez-vous dire ? Que ce n’est pas l’Empereur ?"

"Non," répondit Hatsu. "C’est vraiment lui, mais il a changé. Une grande partie de lui a disparu. Je peux sentir… un potentiel pour quelque chose, une possibilité aléatoire pour que presque n’importe quoi puisse être créé, mais pour le moment, ce qui devrait être l’Empereur n’est qu’un espace vide et mort."

"Que dites-vous ?" Demanda Ryosei. "Est-ce que vous parlez de son âme ?"

"Je suis content de ne pas être le seul que l’on ne comprend pas, pour une fois," marmonna Saigo à lui-même.

"Oh, on s’en fout," dit Orin, en écartant Hatsu pour avancer à côté de l’Empereur. "Kameru ! Kameru, réveille-toi ! C’est Orin !"

"Orin, nous avons déjà essayé de lui parler," dit Kamiko, le ton de sa voix montrait que sa patience vis-à-vis du gaijin disparaissait. "Le fait de vous voir n’y changera rien."

Orin la regarda. "Qu’en savez-vous ? Vous avez déjà essayé ?"

"Kamiko-san, s’il vous plaît, laissez-lui une chance," dit doucement Ryosei. "Orin et mon frère étaient de très bons amis, avant que tout ceci ne se produise."

"Kameru," dit Orin, en se penchant et en murmurant à l’oreille de l’Empereur. "Ecoute-moi. Tu me connais. Tu sais ce qui se passe ici. Tu sais que les hommes du Briseur d’Orage ont tué Ishihn. Ils sont responsables pour la mort de mon père, de ton père, du père de Kamiko, par Kharsis, je parie même qu’ils ont tué le père du Kitsuki. Tout ce que je sais, c’est qu’ils sont toujours là, dehors, et peu importe ce qu’ils font, Rokugan a besoin d’un Empereur pour nous diriger contre eux. Maintenant, tu vas te relever et combattre, ou est-ce que tu vas être aussi têtu que je l’étais, dans le Niveau Zeta, alors que j’attendais simplement la mort ?"

Kameru restait immobile, perdu dans ses rêves tourmentés. Orin grogna de frustration. Il se pencha encore plus près et murmura encore plus bas, pour que seul l’Empereur puisse l’entendre.

"De toute façon, tu dois te dépêcher et te décider. Peu importe pourquoi, mais tu as un tas de personnes importantes ici qui perdent leur temps à veiller sur toi. Maintenant, sors de ton lit, espèce de gros tas de boue tiré d’un coin du tiers-monde, ou alors je prends ton trône moi-même et je montre à tous ces gens comment on dirige un Empire."

"Qui OSE ?!?" Rugit soudain l’Empereur, se redressant dans son lit, et tirant sur ses chaînes en acier de jade. "Qui ose défier l’Empereur ?"

"Qu’est-ce que vous lui avez dit ?" Demanda Hatsu avec curiosité.

"Pas important," répondit Orin.

"Toi !" Dit l’Empereur, se tournant sur son lit et fixant des yeux rouges brillants sur Orin Wake. "Gaijin, toi et ton espèce, allez vous prosterner devant le Fils des Tempêtes ! Avec mon Ambition, je vais détruire le monde ! Personne ne pourra se dresser contre la puissance de Rokugan ! Personne !"

"Seul un esprit calme prédomine en temps de crise," dit Orin, en fixant le regard de l’Empereur avec la même intensité féroce. "Un bon ami m’a un jour dit ça."

"Tu…" La voix de l’Empereur déclina en quelques instants alors que les mots d’Orin s’écoulaient en lui.

"Quelque chose se passe," dit Hatsu, ses perceptions améliorées lui disaient qu’un changement rapide se produisait dans le vide à l’intérieur de l’Empereur.

"Orin…" dit l’Empereur. Sa voix était à nouveau la sienne, bien qu’elle soit chargée d’une intense douleur. "Les mots du moine…"

"Ce moine que tu avais l’habitude de citer ce jour-là, dans le bar, ouais," acquiesça Orin. "Ne t’inquiète pas, Kameru. Nous allons t’aider. Tout va bien se-"

"Les mots du moine !" Hurla Kameru, interrompant Orin alors qu’il tirait désespérément sur ses chaînes. "Ne l’écoutez pas ! Ne faites pas confiance à Shinsei ! Ne le croyez pas !"

"Hatsu," dit calmement Ryosei. "Est-ce que c’est Kameru qui parle ?"

"Je ne sais pas," dit Hatsu. "Difficile à dire."

"Dragon !" Dit Kameru, en se tournant soudain vers Kitsuki Hatsu. "Vous êtes celui qui a sauvé mon père ! Dites-leur qui il est ! Ne le croyez pas !"

"Kameru, calme-toi, s’il te plaît," dit Kamiko, en se penchant au-dessus du lit et en plaçant ses mains autour de son poing fermé. "Ça ne va rien arranger. Ce que tu dis n’a aucun sens."

Les yeux de l’Empereur vacillèrent soudain, le rouge brillant disparut lorsqu’il la reconnut. "Kamiko," dit-il, la douleur se lisait dans sa voix. "Tu es libre… Tu as échappé à Munashi."

"Je suis en sécurité, maintenant," acquiesça Kamiko. "Nous sommes tous en sécurité, maintenant."

"Non," dit Kameru, en hochant lentement la tête. "Non, pas du tout. Dis-leur. Dis-leur à tous ce que je t’ai dit. Nous devons nous tenir prêts. Je… vous retrouverai…"

"Kameru ?" Dit Ryosei à son frère. "De quoi parles-tu ?"

"Je vous retrouverai tous…" ses traits se déformèrent en un sourire malveillant. La lumière rouge réapparut dans ses yeux. "A JIGOKU !"

Après ça, la tête de l’Empereur retomba sur l’oreiller. Il replongea dans les sombres mondes oniriques d’où il avait été arraché.

"Qu’est-ce que tout ça veut dire ?" Demanda Orin. "Hatsu, il y a quelque chose qui le possède ? J’ai cru qu’il allait vomir un flot de bile verdâtre, pendant une seconde."

"En effet, il n’avait pas le contrôle de lui-même," acquiesça Hatsu. "J’ai senti une grande quantité de Souillure. Toutefois, c’était étrange. C’est comme si ni l’Empereur, ni la Souillure, n’avaient le contrôle complet."

"Qu’est-ce qui se passe ici ?" Dit Isawa Kujimitsu, en faisant soudain irruption dans la chambre. "J’ai entendu des cris."

"Tout va bien maintenant, Kujimitsu-sama," répondit Ryosei. "Mon frère s’est réveillé pendant un instant."

"Hmm," Kujimitsu observa l’Empereur inconscient pendant un moment. "Vous devriez le laisser. Je pense qu’il a besoin de se reposer. Saigo, je veux que vous restiez dans la salle d’attente jusqu’à mon retour ; je veux savoir tout ce que l’Empereur dit."

Ils obéirent rapidement à la requête du Maître de l’Eau, sortant de la pièce alors qu’un petit groupe de docteurs entraient dans celle-ci pour vérifier une nouvelle fois les signes vitaux de l’Empereur. Alors qu’ils se dirigeaient vers la salle d’attente, Hatsu remarqua qu’Isawa Saigo était immobile dans le coin opposé de la chambre, le visage morne.

"Qu’est-ce qui ne va pas ?" Demanda Hatsu, en se rapprochant rapidement du prophète. "Est-ce que l’Empereur a dit quelque chose qui a du sens pour vous, Saigo ?"

"Je ne suis pas sûr," dit Saigo. "Il y a quelque chose… Je n’arrive pas à mettre le doigt dessus, mais ça me semble familier."

Hatsu acquiesça. "Bien, faites-moi savoir si vous vous rappeler de quoi que ce soit. Quelque chose me dit que les paroles de l’Empereur n’étaient pas simplement les divagations d’un fou."

"Ouais," dit Saigo. "Bien que ça serait chouette si quelqu’un nous donnait un avertissement clair et concis, pour une fois."

"Du genre ’le Briseur d’Orage est derrière cette porte, là-bas’ ?" Hatsu fit un petit sourire.

"Ouais, ça serait chouette," Saigo rit malgré son humeur maussade. "Mais j’suppose que ça ne risque pas d’arriver, hein ?"

Soudain, un regain d’activité près des portes attira son attention. Le tatouage d’Hatsu décela la source du bruit avant qu’on ne puisse voir ce que c’était. Un groupe d’hommes et de femmes approchaient rapidement des gardes de la sécurité. Hatsu reconnut la plupart grâce à leur rythme cardiaque et leur odeur.

"Qu’est-ce qui se passe ?" Demanda Kamiko, en se retournant vers un garde non loin.

"L’Armée de Toturi est là," dit Hatsu. Il parla suffisamment fort pour que les autres puissent l’entendre bien que son attention soit toujours concentrée sur les portes.

Les portes de la salle de sécurité s’ouvrirent, et une demi-douzaine de personnes entra. Hatsu les reconnut - Tokei, Akiyoshi, Hiroru, Mikio, Genju Jiro, et Ginawa, bien qu’Hatsu eut du mal à reconnaître ce dernier au premier coup d’œil.

Ginawa portait une armure bleu foncé, le mon de la Grue blasonné sur sa poitrine, au-dessus de son cœur. Ses longs cheveux étaient noués en petit chignon et tressés avec soin dans son dos. Un groupe de Grues en armures les entourait, rayonnant de fierté alors qu’ils marchaient au côté de leur nouveau commandant.

"Jinwa ?" S’exclama Kamiko, surprise. "Ou devrais-je dire Daidoji Jinwa ?"

Ginawa hocha fermement la tête, bien qu’un sourire courbe ses lèvres. "Je vous l’ai dit, Dame Kamiko, votre vieux sensei est mort avec votre père. Toutefois, Daidoji Ginawa est fier de rejoindre le Clan de la Grue."

"Le Clan de la Grue est fier de l’accueillir," répondit Kamiko.

"En tant que première mesure officielle, je suis venu vous apporter des informations importantes," répondit Ginawa.

"Ce ne serait pas l’identité du Briseur d’Orage, par hasard ?" Demanda Saigo en gloussant. Le prophète s’écarta et s’appuya contre une colonne avec les mains dans les poches de sa veste.

Ginawa le fixa avec un regard sérieux. "Vous êtes au courant ?"

Hatsu regarda vers le Phénix. "Wow, là je suis soufflé, prophète."

Saigo était trop abasourdi pour répondre quoi que ce soit.


Akodo Daniri retira ses lunettes de soleil et regarda autour de lui, incapable de dire où il se trouvait. Il semblait être dans un champ d’herbes hautes, montant jusqu’à sa taille, et s’étirant à l’infini. Des montagnes violettes foncées s’élevaient dans le lointain. Le soleil était haut dans le ciel, et il n’y avait aucun nuage. Le temps était chaud et rafraîchissant, inhabituel pour l’hiver. Otosan Uchi n’était nulle part visible.

"Bien," remarqua Daniri, en refermant ses lunettes et en les glissant dans la poche de son long imperméable brun. "Je suis mort, et Yoma est en fait un gros cliché."

"C’est à ça que tu t’attendais," dit une voix familière. "Donc, c’est ça que tu vois."

Daniri se retourna vivement. Il eut le souffle coupé. Debout dans le champ à côté de lui, là où personne ne se trouvait un instant auparavant, se tenait une petite femme en kimono de soie rouge. Des tresses sombres tombaient de part et d’autre d’un visage rond et triste. Bien que des scorpions soient brodés sur ses vêtements, elle ne portait aucun masque. Daniri la reconnut immédiatement.

"Kochiyo," dit Daniri. Une vague d’émotions le submergea. Il se sentit en colère pour sa trahison, soulagé de la revoir, et surpris de la découvrir ici, mais tout cela n’était rien en comparaison d’une émotion qui dominait toutes les autres.

Daniri n’hésita qu’un seul instant, puis mit sa fierté de côté et courut vers Kochiyo pour l’embrasser. Elle réagit de la même manière. Ils s’embrassèrent pendant une minute. Un doux et long baiser.

"Daniri," dit-elle, à bout de souffle. "Je n’ai jamais voulu te faire de mal."

"Ce n’est pas ta faute," répondit-il, en lui souriant. "Parfois, nous prenons de mauvaises décisions pour ce qui ressemble à de bonnes raisons. Je te pardonne."

La bouche parfaite de Kochiyo resta ouverte sans un son pendant un moment. "Après tout ce que je t’ai fait ? Comment peux-tu me pardonner d’avoir ruiné ta vie ?"

Daniri haussa les épaules. "C’est amusant que tu me dises ça. Lorsque la griffe de l’oni s’est abattue sur moi et que tout est devenu noir, j’ai réalisé quelque chose d’important. Ce n’était pas ma vie. C’était la vie d’Akodo Daniri. L’acteur. La star du cinéma. Le Lion. Le Pilote de la Machine de Guerre. Mais aucune de ces personnes n’est vraiment moi ; c’était seulement un rôle que j’ai joué pendant un moment. Je ne suis pas un Lion."

"Mais Daniri, tu es un Lion," répondit-elle. "C’est pour ça que je suis ici. C’est ce que je suis venue te dire. Tu es un descendant d’-"

"Ikoma Genju," acquiesça-t-il. "C’est vrai. Gohei me l’a déjà dit. Mais ça ne fait aucune différence. Mon petit frère m’appelle toujours Danjuro. Je me considère toujours comme étant Danjuro lorsque je ne me mens pas à moi-même. Ikoma Genju a peut-être été mon ancêtre, mais Genju Danjuro est l’homme que je suis réellement. Ayano m’a fait un don précieux lorsqu’elle m’a donné la chance de jouer au héros pendant un temps, et je ne l’aurais laissée tomber pour rien au monde, mais je n’ai jamais réellement mérité ce rôle. A présent, nous sommes à nouveau réunis, et c’est tout ce qui compte, pas vrai ?"

"Non," Kochiyo hocha rapidement la tête, les yeux embrumés par le doute. Daniri plissa le front. "Ce n’est pas ce que je suis venue te dire. Je ne suis pas venue ici pour espérer te récupérer, et puis, tu ne peux pas mourir. Pas encore. Nous ne pouvons pas être réunis, Daniri. Je dois retourner à Jigoku."

"Jigoku ?" Répondit Daniri.

La magnifique Scorpion s’écarta et garda le silence pendant un long moment. Sa lèvre inférieure frémit lorsqu’elle reprit la parole. "Mon âme est promise à Jigoku," répondit-elle. "Je suis une servante du Briseur d’Orage, maintenant et à jamais. Jigoku possède mon âme. Il n’y a pas de salut pour moi."

Daniri tenta de parler, mais aucun mot ne vint. Ses mains se changèrent en poings serrés. Il attrapa une poignée d’herbe grasse, l’arracha à ses racines et la jeta en l’air. "MERDE !" Cria-t-il. "Mais tu as trahi le Briseur d’Orage ! Tu as tout raconté à Keijura ! Nous savons qui il est ! Nous pouvons l’arrêter !"

Kochiyo se retourna et fit un sourire triste. "Mais je t’ai trahi aussi. Ça n’a pas l’air de changer les sentiments que tu as pour moi. Pourquoi est-ce que le fait que j’ai trahi le Briseur d’Orage changerait ce qu’il pense de moi ?"

"Est-ce que tu me dis qu’il n’y a aucun espoir pour toi ?" Dit-il, irrité, en s’approchant d’elle. Elle recula. "Est-ce que tu me dis qu’il n’y a rien que je puisse faire ?"

"Je ne crois pas que n’importe lequel d’entre nous puisse faire quelque chose," dit-elle. "Je ne pensais même pas que tu t’en soucierais, alors je n’y ai pas réfléchi. Daniri, j’ai été une mauvaise personne pendant ma vie. Je mérite ma punition. N’essaie pas de me sauver. Ce n’est pas pour ça que je suis venue ici. Je suis venue pour te dire d’être fort, de te réveiller. Il y en a d’autres qui doivent toujours être sauvés."

"Tu n’es pas mauvaise," rit Daniri, presque hystériquement. "Je me souviens de tout ce que nous avons partagé, du temps passé ensemble. Tu ne peux pas me dire que tout ça, c’était un mensonge. Personne ne peut avoir une telle tromperie en soi."

"Non," elle hocha à nouveau la tête. "La plupart de ces moments étaient vrais. Et mes sentiments pour toi n’étaient pas des mensonges. Mais la raison qui m’a poussé vers toi au début était un mensonge, et la raison pour laquelle je t’ai trahi est plus obscure que tout ce que je pourrais faire pour me racheter."

"Quoi ?" Demanda Daniri. "De quoi parles-tu ?"

"Daniri," répondit-elle. "Hoshi Jack m’avait envoyé pour ruiner ta vie, te traîner tellement bas que tu puisses être corrompu. Il n’a pas tenu compte de mes sentiments pour toi."

"Le Briseur d’Orage voulait me corrompre ?" Rétorqua Daniri. "Pourquoi ? A cause de la Machine de Guerre ?"

"Daniri," répondit Kochiyo, ses yeux sombres étaient limpides en croisant les siens. "Jack se fichait des Machines de Guerre. Elles n’ont aucune importance dans son plan. Il voulait te corrompre parce que tu es le Tonnerre du Clan du Lion, un descendant direct de Toturi le Noir."

"Quoi ?" Daniri eut un rire bref. "Mais je suis à peine un Lion. Et puis même, je suis un Ikoma, pour l’amour d’Amaterasu, et la lignée de Toturi-"

"Daniri," dit-elle encore, en s’avançant et en plaçant une main contre son cœur. "C’est vrai. Tu sais que c’est vrai. Tu sais que ceci n’est pas encore fini. Rokugan a toujours besoin de toi."

Daniri posa une main sur la sienne, observant ses longs doigts fins. Il s’imagina un instant qu’il voyait un anneau là, l’anneau qu’il avait eu l’intention de lui donner lorsqu’il avait voulu la demander en mariage. "Et toi ?" Demanda-t-il, en croisant à nouveau son regard. "As-tu encore besoin de moi ?"

Elle tourna la tête sur le côté. "Il n’y a rien que tu puisses faire pour moi, Daniri. Je suis damnée."

Il prit son menton de son autre main, tournant à nouveau sa tête vers lui. "Non, Kochiyo," dit-il. "Ce n’est pas vrai. Je vais trouver un moyen de te sauver. Je te le promets. Hé, si je suis le Tonnerre du Clan du Lion, il n’y a rien que je ne puisse faire, non ?"

"Je reconnais bien là l’humilité de Daniri," elle sourit un peu. "C’est un peu effronté de la part d’un type qui se fait étaler par Sanzo dans la première scène du film."

"La Quête de Sanzo," il eut un sourire ironique. "Pourquoi est-ce que tu reviens sans cesse avec ce film ?"

"Tu ne l’as jamais regardé avec moi," répondit-elle, en fronçant légèrement les sourcils.

"Pas encore," répondit Daniri. "Attends-moi, Kochiyo. Je vais revenir te chercher."

Les yeux de Kochiyo se remplirent de douleur et d’incertitude. Daniri s’avança vers elle, pour l’embrasser une dernière fois, mais une ombre impénétrable passa devant son visage. En un instant, elle était partie. Ensuite, le monde se mit à bouger et se tordre. La terre se fissura, et au loin, les montagnes s’effondrèrent. Daniri hurla de frustration et de colère.

Un instant plus tard, Akodo Daniri se redressa sur son lit d’hôpital, toujours en hurlant. L’infirmière qui vérifiait son rythme cardiaque faillit mourir de peur. Il tendit maladroitement les bras, essayant de se dégager de la toile de cordons d’intraveineuse et de tubes respiratoires qui le recouvraient.

"Que quelqu’un retire ce tube de mon nez," demanda-t-il. "Je dois me préparer pour le Jour des Tonnerres."


"Salutations, mes enfants, et bienvenue à l’Heure du Tao," dit Hoshi Jack alors que la caméra faisait un plan sur lui. Une tristesse étrange et persistante creusa les traits âgés de son visage. "Aujourd’hui est un jour sombre. Un jour de silence. Un jour d’introspection. Comme vous pouvez le voir, j’ai demandé à mon public de ne pas venir aujourd’hui," il fit un geste et la caméra balaya les sièges vides à l’intérieur du temple. "Aujourd’hui n’est pas un jour à passer confiné dans un studio de télévision. Aujourd’hui est un jour à passer avec ses amis, avec sa famille, à se souvenir de ce qui est important."

Le vieux moine descendit lentement les marches près de l’autel du temple. La caméra suivit doucement. Son habituelle et modeste robe brune avait été remplacée par une robe de cérémonial safran, brodée avec le mon du dragon de l’ordre des Hoshi. Il observa sa robe en marchant, son visage portait une expression de léger inconfort.

"Les mots de notre dernier Empereur étaient vrais," dit-il, en relevant les yeux vers la caméra. "Je suis le descendant de Shinsei, le dernier d’une grande lignée. Je suis destiné à rassembler les Sept Tonnerres dans un combat contre un grand mal, et les mener vers la victoire."

Il continua de marcher, s’arrêtant très près de la caméra. Il enroula une des longues manches autour de sa main, contemplant le tissu tout en tenant la main devant son visage. Il soupira et commença à défaire la ceinture de sa robe. "Est-ce que je pense être digne de cet honneur ? Est-ce que je pense que je le mérite ? Est-ce que je me délecte du pouvoir du seul vrai Shinsei ? Peut-être que je l’aurais fait, dans ma jeunesse."

Hoshi Jack laissa sa robe tomber sur le sol. Sous celle-ci, il portait une simple chemise noire et un pantalon noir ample. Ni l’un ni l’autre n’avaient de symbole de famille, d’ordre ou de clan. Il tendit ses vieilles mains flétries sur les côtés, révélant des bras très musclés en dépit de son âge avancé. "Et maintenant ?" Demanda-t-il. "Maintenant je ne suis plus si sûr. Je contemple ce que je suis devenu et je me demande : ’Comment ce corps pourrait-il être Shinsei ?’ Je me demande ’Le destin aurait-il pu commettre une erreur ? C’est certainement quelqu’un d’autre.’"

Le vieil homme laissa ses mains retomber. Il avait soudain l’air très fatigué, et plus vieux que d’habitude. "Mais non," dit-il. "Je suis réellement le seul vrai descendant de Shinsei. Je ne vais pas vous mentir ou vous faire voir des choses bien mieux que ce qu’elles ne sont en réalité. Non, la tragédie à Otosan Uchi n’est qu’un début. Les choses vont empirer très bientôt, des temps très durs qui draineront même la volonté du grand Shinsei." Jack grimaça en prononçant le mot ’grand’, bien qu’il n’y ait que peu d’humour dans le ton de sa voix.

"Lorsque j’étais jeune," poursuivit-il, croisant les bras devant sa maigre poitrine tout en reprenant sa marche vers l’intérieur du temple, "Il y eut un moment où je dû choisir de quel ordre j’allais faire partie. Les Hoshi me plaisaient le plus, naturellement," sourit-il à la caméra, "mais j’ai très sérieusement réfléchi à chacun des autres car personne ne peut prédire où l’illumination peut être trouvée."

"Il y avait l’Ordre du Moineau, mais je les trouvais trop hypocrites, trop obsédés par la richesse. Plutôt ironique, lorsque vous considérez qu’à la fin de chaque Heure du Tao, il y a une liste de numéros de téléphone pour les donations." Le vieux moine se mit à rire tout seul.

"Je trouvais l’Ordre du Geai un peu trop confus, obsédé par l’idée que Shinsei était un symbole, toujours à la recherche de la vérité derrière ses énigmes et ignorant ce qui est évident. Je suppose que je suis peut-être un peu influencé car il n’a jamais été question dans mon esprit de savoir si Shinsei disait la vérité ou des allégories." Hoshi Jack s’avança jusqu’à un petit autel dédié aux Sept Tonnerres. Il s’arrêta et observa chaque statue l’une après l’autre, puis revint à sa réflexion.

"Je trouvais l’Ordre de l’Aigle trop adepte du combat, trop effrayant," poursuivit Jack. "Je m’étais dit qu’il y aurait bien assez de temps pour la guerre lorsque j’aurais découvert ma destinée. Pourquoi la rechercher ? Peut-être que j’étais un peu naïf, à cette époque. Peut-être que si j’avais accepté le tatouage Washi sur ma poitrine, j’aurais été un Shinsei bien plus fort. Les choses auraient certainement été différentes. Maintenant, nous ne le saurons jamais."

"Tristement, je trouvais que l’Ordre du Corbeau était trop sinistre," poursuivit Jack. "Trop troublant. A nouveau, la vie est pleine d’ironie, n’est-ce pas ? Il s’agit de l’ordre dédié à la vérité sur l’existence de Shinsei, et je les trouve trop effrayants pour m’associer avec eux. Mais est-ce la foi d’un croyant ou quelque chose d’autre qui permet de le mesurer ? Est-ce que les Fortunes veulent que nous nous installions humblement chacun à notre place et que nous combattions d’un juste combat sans la moindre question, ou sommes-nous plus dignes si nous nous demandons pourquoi ? Je me le demande…"

"Mes enfants, il y a beaucoup à réfléchir et tellement peu de temps devant nous," Hoshi Jack plissa le front alors qu’un sentiment de tristesse creusait à nouveau ses traits. "Demain sera un jour sombre. Un jour de silence. Un jour d’introspection."

Les traits d’Hoshi Jack se durcirent soudain.

"Demain sera toutes ces choses. Bientôt viendra un nouveau Jour des Tonnerres. Prenez ceux que vous aimez dans vos bras, mes enfants, car ce jour sera un jour noir et bien des vies s’éteindront."

Koan fit un geste derrière la caméra, indiquant que la transmission était terminée. Hoshi Jack acquiesça et se frotta les yeux, comme s’il essayait de vider sa tête d’un mauvais souvenir.

"Une arrière-pensée, Jack-sama ?" Demanda Koan, en observant attentivement le vieux moine.

"Comme si cela était possible," dit Jack avec regrets. "Non, mon vieil ami. Pas d’arrière-pensée. Pas de remords. Il n’y pas de place dans mon cœur pour de telles choses. Il n’y a pas de possibilité."

"Oh," répondit Koan. Le petit moine Dragon sentit un soupçon de déception, mais ne fut pas capable de dire pourquoi. Tout fonctionnait comme il l’avait espéré, pourtant. Jack était totalement corrompu. Le Jour des Tonnerres était sur le point de se dérouler comme prévu. Maintenant, tout ce qu’il avait à faire, c’est rester près de Jack pour ouvrir la porte lorsque les Tonnerres arriveront…

"Est-ce que tout est prêt, Koan ?" Demanda Jack.

"Bien sûr. Toutes les personnes de cette enceinte qui ne font pas partie des évènements du grand jour ont été renvoyées chez elles. Le nuage de saletés de Yoritomo rôde dans la stratosphère, attendant le signal. Ishan et son armée devraient être ici dans quelques heures. Le Dragon Caché est dans les cavernes en dessous et ne se doute de rien. Nos tetsukansen empêchent toutes leurs transmissions, et font passer ça pour un phénomène magique naturel. Nous avons le temps dont nous avons besoin pour nous débarrasser d’eux."

Le regard d’Hoshi Jack se détourna soudain vers l’est. Ses yeux se rétrécirent, un éclat sauvage dans son regard alors que sa lèvre supérieure se retroussait. Les doigts de sa main gauche se plièrent, chaque articulation craquant alors qu’il fermait lentement son poing.

"Euh… patron ?" Demanda Koan, essayant d’attirer à nouveau l’attention de Jack.

"Quelque chose vient," dit Jack, sa voix rude et étrange. "Une chose depuis longtemps oubliée. Une chose… non désirée."

"Oh," dit Koan. "Vous… euh… pourriez m’en dire un peu plus ?"

Jack regarda à nouveau Koan. "Un oiseau," répondit-il. "Un corbeau. C’est un symbole, rien de plus, mais tu sais à quel point un symbole peut être puissant."

"Ah bon ?" Répondit Koan. "Okay, je suppose que je le sais."

"Trouve le corbeau," dit Jack, "Et tue-le. Pendant ce temps, donne l’ordre d’attaque. La Montagne Togashi sera à nous dans moins d’une heure." Jack se retourna et quitta rapidement la salle, ses pieds nus ne faisant aucun bruit sur les dalles lisses.

Koan resta seul dans le Temple du Tao.

"Ah, bientôt, Togashi," gloussa-t-il en regarda l’autel des Sept Tonnerres. La sombre silhouette de Togashi se tenait à l’arrière plan, semblait observer Koan avec ses minuscules yeux de jade. "Bientôt, tout ça sera terminé. Je me débarrasserai de la destinée que vous avez imprimée sur ma peau, et vos petits amis mortels rôtiront tous. Et tout le monde sera content, pas vrai ?"

La minuscule statue continuait d’observer Koan. Un reflet passa sur le jade de ses yeux.

"Ouais, je sais ce que je fais !" Dit Koan, fâché. "J’ai bien réfléchi et je suis prêt et…" il s’interrompit. "Et je suis en train de parler à une statue." Il bouscula la statuette et se retourna. Le petit moine immortel se dirigea vers la sortie du temple, massant son crâne chauve d’une main.

"Ben," dit-il à personne en particulier. "Il est vraiment temps que je prenne du repos."


Ce qui avait été, jusqu’à il y a quelques jours, une simple salle d’attente aux soins intensifs de l’hôpital de la Miséricorde du Phénix était devenue une salle de réunion pour les plus puissants hommes et femmes de Rokugan. Ryosei avait convoqué une assemblée urgente entre les dirigeants des clans et d’autres personnalités importantes de la cité.

La Princesse Ryosei se tenait au centre de la salle, tous les yeux des personnes présentes étaient braqués sur elle. Isawa Saigo se tenait à côté d’elle, les mains glissées dans ses poches alors qu’il promenait nerveusement son regard dans la pièce. "Très bien, maintenant que tout le monde est là," elle fit un signe de tête à Jared Carfax qui venait de se faufiler dans la pièce et qui s’appuya contre le distributeur de boissons. "Nous pouvons décider de ce qu’il faut faire. On vous a raconté ce que nous avons appris au sujet du Briseur d’Orage. Que nous aimions ça ou non, nous sommes les hommes et les femmes qui prennent les décisions pour l’Empire de Diamant. Nous devons décider de ce que nous devons faire."

"Etes-vous certaine que cette information est correcte ?" Demanda Sumi, les mains sur les hanches alors qu’elle marchait de long en large à une extrémité de la pièce. Le nouvellement nommé Sumi Mojo, Isawa Kujimitsu, et les autres Maîtres Elémentaires étaient assis à une petite table non loin. "Je veux dire, c’est de Shinsei que nous parlons. Shinsei ! Nous ne pouvons pas attaquer Shinsei comme ça."

"C’est vrai," dit Akodo Daniri. Ses yeux étaient fatigués et ses épaules étaient faibles à cause de ses blessures, mais il refusait de s’asseoir. Matsu Gohei était debout près de lui, surprenant de nombreuses personnes en apportant son soutien à la présence de l’acteur en disgrâce. Kitsu Jurin, Kitsu Tono, et le frère de Daniri, Genju Jiro étaient assis sur des chaises non loin. Le Zokujin, Argcklt, était accroupi sur le sol.

"Ce rapport que vous avez reçu par e-mail était vague tout au plus, Daniri," répondit Doji Kamiko depuis son siège dans le coin le plus sombre de la pièce. Doji Kamoto et Daidoji Ginawa se trouvait de part et d’autre de celle-ci. Tokei, Hiroru, et Akiyoshi étaient debout près de Ginawa. Tous les trois semblaient très étonnés d’avoir été invités. "Je ne veux pas vous offenser, mais c’était une histoire désespérée venant d’une femme qui a ruiné votre vie. Elle a déjà détruit une star du cinéma avec ses mensonges. Qu’est-ce qui est mieux que ça ? Détruire Shinsei ?"

"En réalité, Kamiko, rien de ce qu’a dit Shosuro Kochiyo à mon sujet n’était un mensonge," répondit Daniri.

"Vous vous faites l’Avocat du Diable ?" Intervint Bayushi Oroki d’une voix paisible.

"Alors je n’ai rien à redire," fit Kamiko d’une voix sèche.

Le Scorpion fit un signe de tête à la Grue. Oroki était accompagné par la silhouette menaçante de Bayushi Zou et par un scorpion non-identifié portant un masque blanc dont Oroki s’était personnellement porté garant, mais dont il avait refusé de divulguer l’identité. Personne à part les Scorpions ne savait comment Zou avait pu récupérer aussi rapidement de ses blessures, et à nouveau, Oroki avait refusé d’expliquer cela. "Réfléchissez," dit Oroki. "Le rapport d’Ikoma Keijura n’est peut-être pas totalement clair, mais il y a une grande quantité de preuves circonstancielles qui lient Hoshi Jack aux phénomènes tetsukansen. Par les Tonnerres, je le suspectais moi-même depuis un certain temps, mais la Montagne Togashi est très loin et j’avais des tâches plus importantes sur les bras."

"En effet," Hatsu acquiesça aux paroles du Scorpion. Le Dragon se tenait à l’angle opposé de la pièce, accompagné par Agasha Kyoko, Mirumoto Rojo, et Orin Wake. "Je ne veux pas paraître irrespectueux, mais comment savons-nous que Jack est vraiment Shinsei ? Est-ce que la prophétie qui a prédit ceci est vraiment fiable ?"

"Euh… c’était ma prophétie," dit Jared Carfax en faisant un petit sourire et en levant le doigt. "Alors, je présume qu’elle est fiable."

"Et pourquoi écoutons-nous cet homme ?" Gronda Hida Tengyu de sa voix bourrue. Hida Yasu, Hiruma Hayato et Kaiu Toshimo encadraient le champion massif. Tengyu regarda directement Carfax tout en parlant. "Qu’a-t-il fait pour nous à part nous donner un avertissement un peu trop tard ? Tout ce que nous savons, c’est que c’est un gaijin avec un pouvoir bien trop grand. Il pourrait être au cœur du problème, qu’en savons-nous ? Hoshi Jack est à moitié gaijin également, souvenez-vous."

"Et je suis gaijin aussi," répondit Orin Wake, en regardant nonchalamment l’éclat de la garde de son épée-ours. "Est-ce que ça veut dire que vous allez vous en prendre à moi ensuite, Crabe ? Félicitations. Vous venez de devenir Yoritomo VI." Orin releva les yeux vers Tengyu. Tengyu lança un regard sombre à Orin, mais ne dit rien.

"Messieurs, nous devons nous calmer," dit Iuchi Razul en riant, alors qu’il était assis sur un canapé près du centre de la pièce. Iuchi Kenyu était là pour soutenir son clan, ainsi que Shinjo Rakki, le pilote de la Machine de Guerre Licorne. Même au milieu d’un groupe qui dépassait de loin en nombre les Licornes présents, le Iuchi n’éprouvait aucune gène à parler ouvertement. "Nous battre entre nous ne nous aidera pas à résoudre cette histoire de faute à papa."

"Faute à papa ?" Répéta Hida Yasu. "Qui parle ainsi ?"

"L’estimé Iuchi a raison," dit Zin. La Naga se tenait entre les représentants de la Licorne et du Phénix. Szash, son énorme protecteur, se tenait dans les ombres derrière elle. "Jared Carfax est peut-être de nombreuses choses, mais il est malgré tout un vrai Oracle. Quant à Hoshi Jack, j’ai communié avec mes frères et sœurs qui s’éveillent à présent dans la Forêt de Shinomen. Eux aussi ont rencontré les serviteurs du Briseur d’Orage et ils confirment que notre ennemi est Hoshi Jack."

"Alors, Hoshi Jack est le Briseur d’Orage, mais il est également Shinsei ?" Répondit Yoritomo Ryosei, indécise. "C’est impossible. Shinsei est un allié de Rokugan. Par les tempêtes, c’est Shinsei ! Comment Shinsei pourrait-il être corrompu ?"

"Si c’est vrai, ça veut dire fondamentalement que nous sommes baisés, non ?" Répondit Hida Yasu d’un ton un peu cru. Sumi regarda dans sa direction et soupira.

"Je ne vois pas ça de cette façon," répondit calmement Matsu Gohei. "Les Sept Tonnerres ne sont que des allégories. Ces histoires ne sont pas vraies. Pourquoi aurions-nous besoin de l’aide d’un vieux moine pour sauver l’Empire ?"

"En fait, ces histoires sont vraies," répondit Isawa Saigo. "Je… euh… les ai vus."

Matsu Gohei regarda vers Isawa Saigo avec une expression dubitative.

"Vous n’avez donc pas la foi, Matsu-sama ?" Demanda Isawa Kujimitsu, d’un air triste.

"La foi ? Oui," acquiesça Gohei. "J’ai la foi, Maître de l’Eau. Je crois en ce que je vois. Si ce Shinsei peut nous offrir un avantage même minime, alors j’accepterai son aide avec joie. S’il ne peut rien nous offrir d’autre que des platitudes et des prophéties, alors nous n’avons pas besoin de lui. Nous avons déjà bien assez de tout ça, maintenant." Gohei fit un geste vers les Dragons. "Maintenant, il est temps de passer aux choses pratiques. Il est temps de passer à l’action. Si Hoshi Jack est vraiment le Briseur d’Orage, comme vous dites, alors je dois diriger les armées du Lion contre lui et m’occuper de lui de manière appropriée."

"Je sais que je viens juste de rencontrer chacun de vous, et je ne suis même pas sûr de savoir pourquoi je suis ici," ajouta Iuchi Kenyu, "mais je crois que tuer Shinsei pourrait être une mauvaise idée." Kenyu fit un geste des deux mains sur le mot ’mauvaise’ pour accentuer ce dernier.

"J’ai… eu certaines visions, il y a quelques temps qui pourraient être importantes," dit Isawa Saigo. "Si le Seigneur Gohei-sama n’y voit aucun inconvénient, je pourrais vous les exposer." Saigo fit un sourire d’excuses en direction du Lion.

Gohei haussa les épaules et prit un air légèrement dégoûté, mais ne dit rien.

"S’il vous plaît, Saigo-san, partagez vos visions," dit Isawa Kujimitsu d’un ton encourageant.

"D’accord," poursuivit Saigo. "Il y a quelques temps, j’ai eu une vision du passé. Je parlais au Rônin Encapuchonné, le descendant de Shinsei qui accompagnait les Tonnerres dans leur combat contre Hantei 39."

"L’Empereur qui a été possédé par Fu Leng," ajouta Iuchi Kenyu. "Wow, vous l’avez vraiment vu ?"

"En quelque sorte," acquiesça Saigo. "Shinsei m’a dit ’d’observer’. Il a dit qu’il était tout à fait possible que le prochain groupe de Tonnerres n’ait pas de Shinsei pour les guider. Il a également dit que Shinsei ne donnerait jamais aux Tonnerres une chose qu’ils ne possèdent pas déjà. Je pense que ceci conforte beaucoup les propos de Gohei-sama. Nous ne pouvons pas laisser la possibilité qu’Hoshi Jack soit ou ne soit pas Shinsei affecter notre décision. La chose importante, c’est que nous savons qu’il est le Briseur d’Orage, n’est-ce pas ?"

"Et bien, pour une fois, je suis d’accord avec le prophète," dit Gohei d’une voix enrouée.

"Ça a du sens," ajouta Sumi. "Même si Jack est à la fois le Briseur d’Orage et Shinsei, alors il est de notre responsabilité de voir si Jack peut être guéri de sa corruption. Et pour le faire, nous devons l’affronter."

"Ce qui nous ramène à la même question," dit Yoritomo Ryosei. "Que faisons-nous maintenant ? Est-ce que nous attaquons ouvertement le repère de Jack à la Montagne Togashi ? Ou est-ce que nous envoyons simplement quelques quêteurs pour l’arrêter ?"

"C’est une question à laquelle il est difficile de répondre sans connaître la situation à la Montagne Togashi," répondit Daidoji Ginawa. "Nous n’aurons probablement qu’une seule chance de capturer Jack. Nous ferions mieux de ne pas la gaspiller."

"Le Feu du Dragon," dit platement Gohei. "Qu’on lance le Feu du Dragon sur la Montagne Togashi et qu’on en finisse."

"Le Dragon Caché a une Usine importante sous la Montagne Togashi," intervint Agasha Kyoko, sa voix étrange et caverneuse résonnant à travers la pièce. "Ils vont être détruits aussi."

"Et c’est sans compter sur le fait que seul le Seigneur Yoritomo connaît les codes de lancement," ajouta Ryosei.

"Ben, et les Dragons alors ?" Demanda Shinjo Rakki. "Est-ce que quelqu’un a réussi à entrer en contact avec eux ? Pour qu’ils découvrent ce que Jack se prépare à faire ?"

"J’ai tenté de contacter nos alliés là-bas," répondit Kyoko, "mais je n’ai reçu aucune réponse. Il y a une étrange interférence dans les éléments. Ça arrive de temps en temps, mais ça semble une coïncidence trop inopportune à mon goût."

"Le nuage de tetsukansen," dit gravement Kaiu Toshimo. "Il pourrait produire ce genre d’interférence."

"Bon, alors nous devons simplement supposer que le silence du Dragon est un mauvais signe," dit Hida Tengyu. "Je crois que nous devrions attaquer la montagne avec tout ce que nous avons, et nous devons le faire vite."

"Je suis d’accord avec le Crabe," acquiesça Matsu Gohei, plein d’entrain. "Vous avez tous vu la cassette de la dernière retransmission d’Hoshi Jack. Je sais reconnaître une menace lorsque j’en vois une. Nous devons agir au plus vite." Un murmure de consentement général parcourut la pièce.

"Qu’il en soit ainsi," répondit Yoritomo Ryosei. "Au nom du Fils des Tempêtes et au nom de l’Empire de Diamant de Rokugan, nous déclarons Hoshi Jack, le Briseur d’Orage, ennemi de la nation. Que les armées des clans se mobilisent et se rendent à la Montagne Togashi pour l’appréhender ou, si elles échouent, à balayer la menace qu’il représente. Iuchi Razul, j’ai besoin que vous preniez contact avec Otaku Shoda et les autres daimyos des territoires Licornes - ils pourront arriver le plus rapidement. Dites aux Vierges de Bataille d’y aller en éclaireurs avec la plus grande vitesse et la plus grande subtilité - nous devons savoir dans quoi nous mettons les pieds."

"Compris," répondit Razul, se redressant. Shinjo Rakki se mit à le suivre lorsqu’il sortit de la pièce. Iuchi Kenyu les suivit aussi, en jetant un dernier regard à Zin.

"Bayushi Oroki," quelle est la position de l’armée du Scorpion ?" Demanda Ryosei.

"Bayushi Taigo mène deux mille Scorpions vers la Montagne Togashi en ce moment précis," répondit le Scorpion.

"Plutôt opportun," dit Ryosei, d’un air suspicieux.

"Parfois, la paranoïa, ça sert, hein ?" Dit Oroki quelque peu amusé.

Ryosei acquiesça. "Dites aux Scorpions de prendre contact avec les Licornes et coordonnez les missions de reconnaissance."

"Ah, bien," dit Oroki d’un ton sec. "Des Vierges de Bataille. Elles seront d’un grand secours. Elles ont toujours été les reines de la discrétion et de l’espionnage."

"Oroki," dit Ryosei, le ton de sa voix était menaçant.

"Votre verbe est mon ordre, ma dame." Oroki s’inclina profondément et sortit de la pièce, suivi par son garde du corps et son invité masqué.

"Matsu Gohei, Hida Tengyu, Doji Kamiko, je veux que vous coordonniez tous les trois la majeure partie des troupes pour l’assaut," poursuivit Ryosei. "Je placerai les armées de la Mante et les Légions Impériales sous votre commandement, car votre expérience en matière de direction de troupes surpasse de loin la mienne."

Les trois champions marquèrent leur accord. Bien qu’il n’y ait aucune affection entre Gohei et Tengyu, les deux hommes étaient suffisamment lucides pour laisser leurs griefs de côté en regard de la situation. Les Grues, les Crabes et les Lions sortirent rapidement pour aller accomplir leur devoir.

"Dame Zin des Naga ?" Dit Ryosei, se tournant vers la Naga.

"Oui, Ryosei-sama ?" Répondit Zin après un instant. La Naga était clairement surprise de voir qu’on lui adressait directement la parole.

"Y a-t-il une possibilité pour que vous puissiez communiquer à nouveau avec l’Akasha ?" Demanda Ryosei. "Je pense que nous allons avoir besoin de l’aide des Naga. Et au plus vite nous pourrons organiser notre assaut, mieux ce sera."

"Bien sûr, Ryosei-sama," répondit Zin. "Je vais reprendre contact avec eux immédiatement." Zin s’inclina rapidement et quitta la salle. Szash resta assez longtemps dans la pièce pour faire un signe de tête respectueux à la Princesse et pour lancer un regard rempli de haine à Carfax, puis il sortit.

"Sumi-san, Maîtres," dit Ryosei, en se tournant vers les Phénix qui étaient encore dans la pièce. "Est-ce que vos shugenja peuvent utiliser leur magie pour nous protéger du nuage de tetsukansen ?"

"Difficile à dire," répondit Isawa Kujimitsu. "Nous ne savons pas encore de quoi ils sont capables."

"Vous pouvez présumer que quoi qu’ils puissent faire, ce sera nuisible," ajouta Ryosei.

"Oui, évidemment," répondit Kujimitsu. "Les Phénix en savent plus sur les tetsukansen que tous les clans, à part le Dragon. Bien entendu, ces implants étaient suffisamment retors pour arriver à se dissimuler à notre magie. Je n’imagine pas que le nuage fera preuve de plus de politesse."

"J’ai découvert un sort qui peut détecter les implants tetsukansen," dit Saigo. "Un peu par accident, mais je l’ai découvert. Pensez-vous qu’il pourrait être utile pour le nuage ?"

Kujimitsu dévisagea le prophète un moment. "Pourquoi ne nous l’avez-vous pas dit plus tôt, mon garçon ?"

"Prenez Saigo avec vous, s’il peut vous aider," dit Ryosei. "Dragons, voudriez-vous également apporter votre sagesse aux Maîtres ?"

Les Dragons restèrent silencieux pendant un moment. Mirumoto Rojo poussa légèrement dans le dos d’Orin.

"Oh," toussa Orin. "J’oublie tout le temps qu’ils m’ont demandé de les commander. Allez savoir pourquoi. Ouais, nous serions heureux de les aider, Princesse."

"Excellent," dit Ryosei, en souriant légèrement à la vue de l’inconfort d’Orin. "Alors je vous souhaite bonne chance à tous."

Les Dragons et les Phénix sortirent eux aussi rapidement de la pièce, laissant Ryosei seule avec Jared Carfax. L’Oracle était toujours appuyé contre le distributeur, sirotant lentement une boisson light qu’il avait acheté pendant la réunion.

"Et vous, Oracle-sama ?" Demanda Ryosei. "Avez-vous l’intention de nous aider ?"

"Oh ouais," acquiesça Carfax. "Je m’attends à ce que Yogo Ishak fasse son apparition tôt ou tard. Je dirais même plus tôt que tard. J’ai une surprise pour lui."

"Bien," acquiesça Ryosei. "Je vous remercie pour votre aide, Oracle du Tonnerre."

"Hé, pas de problème," Carfax fit un large sourire. "C’était un honneur de les voir tous réunis dans le même bâtiment pour la première fois."

"De qui parlez-vous ?" Demanda Ryosei.

"Vous savez," répondit Carfax. "Les Tonnerres."

"Vous connaissez l’identité des Sept Tonnerres ?" Demanda Ryosei.

"Je connais l’identité de tous les Tonnerres," répondit Carfax. "Je serais un bien pauvre Oracle du Tonnerre si je ne les connaissais pas, vous ne croyez pas ?"

Un craquement soudain résonna dans une chambre d’hôpital proche, suivi par un hurlement à vous glacer le sang et un bruit de métal qu’on déchire. Ryosei et Carfax se retournèrent en même temps. Une demi-dizaine de gardes Scorpions et Mantes surgirent dans le couloir, les armes tirées.

"Mon frère !" Cria Ryosei, en courant vers la chambre.

"Attendez, Princesse," Carfax la suivit rapidement. "Ça pourrait être dangereux !"

Ryosei ouvrit les portes de la chambre de son frère, et elle s’arrêta à cause d’une rafale de vent. Les petites fenêtres de la chambre étaient brisées, et une partie du mur était ouvert comme s’il y avait eu une explosion. Le lit d’hôpital était plié et tordu, les chaînes d’acier de jade brisées. L’Empereur avait disparu. Plus étrangement, un petit Ratling était recroquevillé dans un coin, serrant son corps entre ses pattes.

"Wow," dit Carfax en entrant dans la pièce derrière elle. Une poignée de gardes les suivirent, se dispersant aux quatre coins de la pièce et couvrant chaque angle avec leurs armes. "Vous autres les Mantes, vous êtes très doués pour les dégâts matériels, hein ?" Demanda-t-il à un garde Mante.

"Qui êtes-vous ?" Demanda Ryosei, en s’agenouillant et en saisissant le Ratling par sa salopette. "Que s’est-il passé ici ?"

"Pris mon Ambition," gémit le Nezumi. "Ambition emmenée Tcha’th ici. Emmenée Tcha’th voir Empereur. Puis Empereur partir-partir avec Ambition…" Le Nezumi se mit à fondre en larmes. Ryosei soupira et le libéra. Les gardes Mantes soulevèrent rapidement le Nezumi et le traînèrent à l’écart pour l’interroger.

Ryosei s’avança jusqu’à une fenêtre brisée, essayant en vain de voir dans la cité en ruine un signe de son frère.

Il n’y en avait aucun.

L’Empereur était parti.


Mirumoto Shige s’ennuyait.

Le jeune Dragon feuilletait nonchalamment un comics. L’épais volume racontait l’histoire d’un ninja renégat combattant une armée de démons. C’était un des comics favoris de Shige, mais il l’avait déjà lu une centaine de fois. Il étouffa un bâillement en s’appuyant à nouveau contre le mur de la falaise et il regarda en contrebas les vertigineuses montagnes du Dragon. Shige était assis ici pour la majeure partie de la journée, portant l’uniforme d’un garde-forestier. Il tentait de se rappeler aussi souvent qu’il le pouvait que son boulot était important, mais garder un bosquet d’arbres et quelques rochers n’était pas vraiment une tâche très dure.

Bien sûr, ces arbres et rochers particuliers étaient l’une des nombreuses entrées secrètes de l’Usine de la Montagne Togashi, mais ça ne changeait rien. Personne ne connaissait l’existence du Dragon Caché, et encore moins qu’ils se trouvaient ici. Shige avait plus de chance de tomber sur une bande de campeurs saouls que de subir une invasion.

Shige frissonna, refermant son épais manteau pour se protéger du vent. Il envisagea d’aller s’asseoir dans son camion pendant un moment avec le moteur en marche, mais c’était contre le règlement. Il devait maintenant une veille aussi complète que possible, sans la moindre obstruction à sa tâche.

Toutefois, ça ne pouvait pas faire de mal d’aller s’asseoir dans le camion pour seulement quelques minutes, non ? Il faisait sacrément froid. Shige regarda autour de lui, glissa le comics dans sa veste et se mit à descendre l’escarpement en direction de son camion. Le vent gémit en le balayant. Shige frissonna encore. Pendant un instant, il s’arrêta, un sentiment de malaise lui pesant sur l’estomac. Il aurait pu l’ignorer mais les membres du Dragon Caché étaient entraînés à suivre leurs instincts. Il sauta rapidement de l’escarpement et s’accroupit dans un buisson proche.

Le gémissement du vent devenait de plus en plus fort. Le ciel commençait à s’obscurcir ; le brillant soleil du matin déclinait petit à petit. Shige se demanda si ça pouvait être une tempête ? Dans ce cas, il valait vraiment mieux aller dans son camion, finalement. Le jeune Dragon chercha ses clés dans sa poche et se prépara à courir.

Soudain, la température chuta brutalement, tellement brutalement que Shige fut surpris. Un pilier d’obscurité s’abattit des nuages vers l’endroit où se trouvait Shige. Un son horrible, comme un bourdonnement métallique retentit lorsque le pilier s’abattit sur l’extrémité du camion de Shige. Des étincelles volèrent un peu partout alors que le métal était déchiré et consumé par la tornade noire. Des flammes surgirent alors que l’arrière du véhicule explosait. Shige fut projeté en arrière, étourdi par la déflagration.

Il réalisa avec horreur que le nuage noir n’était ni de la poussière ni de la fumée, mais un nuage d’innombrables petits esprits. Ils ressemblaient à des petits morceaux de papier noir, pliés en deux pour ressembler à des mites. Bien qu’ils semblent inoffensifs, Shige put voir comment ils arrivaient à déchirer sans le moindre effort le métal de son camion. Il put sentir le froid irradier d’eux alors que le nuage se déplaçait vers sa cachette.

Shige s’empara rapidement de la Sphère-Dragon à sa ceinture. Ses doigts hésitèrent, engourdis par le froid. La sphère de cristal tomba de sa poche et rebondit sur l’herbe. Shige jeta un regard à la sphère, puis au nuage. En regardant derrière lui, il ne vit rien d’autre que l’escarpement rocheux. Il n’y avait nulle direction pour fuir, mais peut-être qu’il pouvait toujours avertir les autres.

Il plongea sur la sphère.

Le nuage fut plus rapide. Les minuscules créatures noires submergèrent Mirumoto Shige, ne laissant dans leur sillage que de l’herbe tâchée de sang et une minuscule sphère de cristal avec un dragon de jade à l’intérieur.


Agasha Hisojo était fatigué. Il n’avait plus dormi depuis deux jours, étudiant des données que le Dragon Caché avait interceptées dans la bataille d’Otosan Uchi. Tout ce qu’il avait réussi à déterminer jusqu’à présent sembler indiquer que le pouvoir de la Souillure dans Rokugan semblait en train de décrire une sorte de point culminant, dont la progression avait été interrompue lorsque le Kashrak avait été tué et que les grands cercles d’invocations entourant la cité avaient été brisés.

Mais non, ce n’était pas ça. Bien que la manifestation sauvage de Souillure dans Otosan Uchi soit retournée à des niveaux normaux, les niveaux de corruption de l’Outremonde à travers tout l’Empire étaient toujours en progression. C’était presque comme si Yoritomo no Oni n’avait pas été vaincu.

Ou comme si Yoritomo no Oni avait déjà accompli son rôle.

Heureusement Hatsu allait certainement découvrir quelque chose à Otosan Uchi. Tant que maintenant, ils n’avaient malheureusement que peu de pistes.

"Le nuage de ténèbres," marmonna Hisojo à lui-même, en tournant son attention sur un autre dossier ouvert sur sa table. "Le nuage de kansen que l’oni a vomi. Apparemment, c’est extrêmement important. Il est au cœur de tout ceci. Avec les armes qui ont été construites dans la Cité du Foyer Sacré, ces créatures sont prévues pour être utilisées dans un but précis. Le Briseur d’Orage est sur le point d’effectuer un mouvement."

"Ou peut-être," dit une voix non loin de lui, "qu’il l’a déjà fait."

Hisojo releva les yeux brutalement, des mots de magie se formant sur ses lèvres. Sans hésitation, il lança un jet de flammes sur l’intrus.

Le feu disparut dans un crépitement d’énergie noire. Hisojo reconnut l’intrus, un homme mince en costume noir, les yeux cachés derrière des lunettes noires à la mode.

"Tsuruchi Kyo, je présume," dit Hisojo alors que ses pensées couraient après une autre façon d’agir. "Ou dois-je vous appeler Akeru, maintenant ?"

"Kyo convient très bien," acquiesça l’assassin avec un sourire. Il mit la main dans sa poche, sortit un petit pistolet et le pointa sur Agasha Hisojo.

Le coup de feu retentit mais Kyo trébucha soudain. Malgré ça, le Guêpe n’avait pas manqué sa cible. Hisojo sentit un brasier exploser dans sa poitrine. Le vieil homme s’effondra avec un cri de douleur.

"Mais que ?" Jura Kyo, en se retournant. Il vit un petit chien derrière lui, qui lui mordait sauvagement la cheville. "Sale bête," jura Kyo, en donnant un coup de pied dans l’animal. Celui-ci glapit et décampa rapidement se cacher derrière le shugenja alors que le bureau d’Hisojo était envahi par une lumière aveuglante. Lorsque la lumière déclina, le vieil homme et le chien avaient disparus.

"De la téléportation ?" Ricana Kyo. "Moi qui pensais que c’était un tour de Licorne."

Kyo glissa calmement son pistolet dans sa veste tandis que les bruits de hurlements et d’explosions résonnaient dans l’Usine derrière lui. Les kansen étaient arrivés.

"Très bien, vieil homme. C’est assez pour un début."

Tsuruchi Kyo invoqua le pouvoir du Vide et retourna à Otosan Uchi.

A suivre...



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