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La Terrible Rédaction (4)

dimanche 1er février 2004, par Wenlock

Chronique presque imaginaire de la Rédaction de MJ...

Alors que l’humidité suintait depuis la basse voûte couverte de mousses étranges jusque sur sa belle tenue de livreur notre héros comptait chaque pas, à la lueur chiche d’une piètre bougie que tenait son guide, pour éviter les dalles correspondant à des multiples de sept.
"- Excusez-moi de vous demander pardon Monsieur Sanjuro, mais vous pourriez m’expliquer pourquoi vous piégez vos couloirs ?
- Parce que nous arrivons sur le territoire des Barbares Utiles mais Sanguinaires de la Horde qui sont bien pratiques pour conserver nos articles les plus précieux, mais si on les laisse se répandre à travers la Rédaction ils boivent du Champomy et comme ils n’ont pas l’habitude ils deviennent berserk et foutent le boxon partout, alors on piège certaines dalles autour de leur galerie, ça les tient tranquilles.
- Et les multiples de sept, c’est symbolique ou magique ?
- C’est mathématique : ’savent pas compter jusque là. Maintenant reste là et soit discret, j’entends des chansons paillardes en Cimmérien, donc on se rapproche et faut pas qu’ils voient ta tunique ou faudra que je les massacre : le rouge, ça les excite... "
Et c’est ainsi que notre héros se retrouva accroupi derrière une des racines géantes qui perçaient les murs de pierres, attendant seul et inquiet dans l’obscurité peuplée de maints grattements, chuintements, raclements, frottements et grouillements d’insectes rampants et d’autres créatures qu’il imaginait baveuses, difformes, affamées et vicieuses, ce qui est tout à fait déplacé quand certaines d’entre elles peuvent lire vos pensées et s’avèrent susceptibles.
Quelques lointains bruits de conversation lui parvenaient à travers la galerie et il priait avec plus de ferveur que le soir de la Coupe du Monde pour que la discussion s’abrège et que son protecteur lui revienne.
C’est donc avec soulagement qu’il sentit enfin une grosse main puissante se poser sur son épaule et avec un ahurissement sincère qu’il réalisa que Sanjuro, lui, palabrait encore au bout du tunnel.
"Beuheuaaaaaaaaaaaaarh. Qui t’es toi ? Pourquoi tu te caches, tu nous espionnes ? Viens donc un peu à la lumière qu’on voit ta trogne" lui dit un barbare que notre pauvre coursier devina effectivement sanguinaire à mesure que la lumière lui donnait à voir de plus en plus nettement la masse de muscles, de barbe grisâtre, de cicatrices et d’acier mal forgé qui le traînait sans délicatesse aucune vers une vaste salle où brûlaient des flambeaux.
"- Cheeeeef !!! J’ai choppé un espion ! ajouta son ravisseur.
- Fallait pas t’envoyer la grosse Frida, Golbarg, on t’a déjà dit que...
- Nan, chef, un ES-pion.
- Aah bon......... Quelle couleur ? "
Sanjuro, dans un des réflexes redoutables qui l’ont rendu célèbre aux différentes Conventions des Elfes Noirs (où l’on organise comme chacun sait des tournois meurtriers et traditionnels qui rendent honneur aux dieux sombres et permettent de réduire le nombre des convives quand les organisateurs sont un peu juste sur la bière) et alors même qu’il tentait d’expliquer aux membres de la Horde qu’ils ne pouvaient légitimement attaquer leurs voisins trolls noirs pour leur piquer leur bière aussi grande que fût leur soif, Sanjuro, donc, son sabre à demi dégainé, s’apprêtait à pourfendre le plus proche Barbare pour anticiper la furie qui allait suivre lorsque le dénommé Golbarg répondit :
" Chais pas, l’est tout crade. R’gardez vous-même. "
Et il brandit sa prise à la lueur des flammes dansantes qui le révélèrent dans toute sa roug... heu verd... dans l’espèce de marronnasse indéterminé qu’il arborait, sans gloire mais non sans crainte. Sanjuro, pensant pouvoir encore éviter un bain de sang (qui aurait coulé, rouge, s’amplifiant sans cesse à travers les cavernes de la Horde jusqu’au clan méprisé des barbares daltoniens, et Ego’ sait que c’est cher à remplacer des tribus barbares cavernicoles), rengaina.
" Ah bah oui, il est franchement... brun.
- Plutôt marron, hein les gars, répliqua un rude guerrier en élevant à son tour le prisonnier dans la lueur des torches.
- Je dirais "Terre de Sienne".
- Vous pourriez me poser maintenant ?
- Nan, ça c’est "Tabac" : regarde le nuancier que nous a laissé le décorateur.
- C’est pas "Sépia", plutôt ?
- S’il vous plaît, c’est très inconfortable...
- Voir "brun-roux", même...
- Mais lâchez-moi à la fin !
- Faut dire qu’avec l’éclairage il tire un peu sur le "fauve"...
- Vos gueules ! J’ai dit qu’il était brun !!! Le prochain qui me reprend se ramasse une torgnole !!! Non mais c’est qui le chef ici ? !
- C’est moi " dit Sanjuro, coupant court à ces tergiversations chromatiques qui prouvent s’il en était besoin que le barbare peut faire preuve de nuance dans certains domaines, par exemple la couleur d’un étron casqué et tremblant.
"Et si vous le permettez, je vais récupérer mon compagnon (le malheureux si malmené par les membres de la rédaction et les qualificatifs des auteurs fut enfin lâché et s’écrasa au sol avec un bruit mou et une plainte, genre : "splotch, aïe !") et reprendre la poursuite, parce que c’est pas tout ça mais on a des Voleurs d’Articles à rattraper...
- Sus aux Voleurs d’Articles !!!" s’écrièrent joyeusement les Barbares qui tenaient en grande haine ces viles créatures.
- Oui, oui, bon merci, reprenons : ils sont partis par où ?
- Par-là, chez les Trolls " déclara le chef avec un bon sourire de chien servile en tendant l’index vers une galerie moussue. Le reste de la tribu échangeant des coups de coudes complices et des sourires narquois quoi qu’édentés mis au Shogun la puce à l’oreille, qu’il avait fort fine :
"Dis-moi, Ô Grobrâk le Terrible, chef Incontesté des Barbares de la Horde, Infatigable Cogneur des Cavernes Dont Maintes Majuscules Ornent les Titres Ronflants, n’essaierais-tu pas de te livrer un tantinet aux bassesses de la manipulation en m’envoyant vilement, et sous couvert de loyauté, émincer du troll noir dans le but inavouable de déclencher un incident de frontière frauduleux propre à justifier une intervention militaire inique dont l’objectif réel serait de s’approprier les ressources naturelles trolles, comme par exemple les champignons à bière ?
- Héééé ?!
- TU SERAIS PAS UN PEU EN TRAIN DE TE FOUTRE DE NOTRE GUEULE, GROS TAS ? !!" traduisit intempestivement, mais avec un bel esprit de synthèse, notre coursier que la tension des heures précédentes, les loups, les menaces du géant vert, les coups de griffes, les débats colorimétriques, un atterrissage douloureux et une irréaliste confiance dans l’invulnérabilité de son guide avaient poussé à lâcher, d’un coup, sa ration habituelle de rage pour le semestre.

Cette dernière réplique fut accueillie par un épais silence consterné, qui n’allait pas sans évoquer une forme retenue d’hostilité. De la réponse du chef dépendait désormais une issue qu’on ne pouvait qu’imaginer violente, voir funeste.
Sanjuro, dont le talent guerrier n’avaient d’égal que la lucidité, savait qu’en présence des barbares cavernicoles voir rouge était aussi dangereux que d’en porter et calculait déjà sur sa seule main gauche leurs probabilités de survie.
L’absence même du moindre grognement guttural, du plus petit cliquetis d’armes sur les mailles rouillées des vieux hauberts ou du léger froissement des 437 épais sourcils barbares se fronçant sous l’insulte (Bargrod le Brûlé ayant en effet perdu son sourcil gauche lors d’une altercation avec le dragon Büth-Agaz), le silence donc, donnait à la scène quelque chose d’irréel et de pesant, comme cette sorte de calme qui précède les ouragans et les sonneries de réveil.
Il se produisit alors une chose terrible, rarissime entre toutes, là au fond des cavernes du territoire des Barbares Utiles mais Sanguinaires de la Horde, à près de 64m sous le sol de la réception légendaire de MJ-ezine, la lueur de haine pure dans l’œil de Grobrâk glissa vers le bas et, atteignant la limite supérieure d’une paupière inférieure pour glisser bientôt sur un cil sale et gris comme le long d’une petite stalactite, une petite goutte, une étincelle, une larme coula.

"BOUHOUHOUHOUHOUH, c’est pas de noooooooot’ fauuuuuuute si on a plus de bièèèèèèèèèère, c’est parce qu’on a tout buuhuuuuhuuuuuuu, snirfl, pour oublier que nos femmes elles sont partiiiiiiiiiies, bouhouhouuuuuuu". La Horde tout entière reprit ces lamentations et des fleuves de larmes inondèrent les joues sales et les barbes grises. L’écho des cavernes renvoyait les plaintes et l’on eut dit qu’un chœur de lamies répétaient du Lara Fabian pour passer à la Star Ac’ : l’Horreur.

Comme le Shogun semblait quelque peu décontenancé par la situation, tout à fait inédite il est vrai, ce fut notre vaillant coursier qui pris les choses en main pour enrayer l’enchaînement délirant des pleurs. Il tapota gentiment le coude de Grobrâk, l’épaule du grand barbare étant largement hors de sa portée, et entreprit de consoler la Horde avant que leurs pleurs n’aient détrempé toutes les cavernes alentours, effaçant la piste des Voleurs d’Articles.
Entre deux sanglots, Grobrâk raconta les malheurs de sa tribu : Elch, la vaillante Babesteer Gor militant pour les droits des barbaresses, lors de son dernier passage par les cavernes pour y trouver les souris nécessaires à ses rituels médicaux ("Juste comme ça, y a quelqu’un de normal dans votre rédaction ? - Concentre-toi, eta : l’eau monte !"), avait convaincu les femmes de la Horde de l’avilissement social où elles étaient maintenues, enchaînées aux corvées ménagères et à l’éducation des mouflets.
Après un débat social animé qui s’était soldé à la massue et à la marmite de bataille, les femmes s’étaient tirées chez leur mère à toutes, la Sorcière Tupp Er Ouère, grande prêtresse nourricière de la Conservation, pour laisser les hommes "réfléchir".
Evidemment, ces cons de barbares n’étaient arrivés qu’à se saouler la gueule intensément pour oublier et, une fois les réserves de bière épuisées, à aller en piquer aux voisins trolls.
Il fallut à notre héros bien des heures d’efforts diplomatiques pour, dans l’ordre, endiguer les flots lacrymaux, inculquer à la Horde le concept de parité, obtenir du chef les indications nécessaires à la reprise de la traque et dire au revoir à tous ces grand benêts ("Ils sont sympas au fond, c’est juste leur référent culturel qui est dépassé... - Tu veux dire qu’ils sont très cons, eta ? - Aussi, oui..."), mais il ne fallut que quelques minutes au Shogun, versé qu’il était dans l’art de Nemrod, pour se rendre compte que les traces conduisaient vraiment chez les trolls.
"Par les Cinq Roues Bourbeuses, ça c’est la plaie.
- Pourquoi, ils sont si méchants que ça, les trolls ?
- Pire : ils sont syndiqués..."



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